GRAINE DE VAURIEN

France – 2026
Genre : Western
Dessinateur : Miss Prickly
Scénariste : Kid Toussaint
Nombre de pages : 128
Éditeur : Grand Angle
Date de sortie : 1 avril 2026
LE PITCH
À Salina, petite ville de l’ouest des États-Unis, les enfants jouent aux cow-boys pendant que la ville s’apprête à rendre sa justice. Mais ce jour-là, le jeu va trop loin. Ce qui devait rester une farce devient un drame, puis un secret impossible à effacer. Les années passent, l’Ouest se durcit, et les enfants d’hier deviennent des adultes que tout oppose : shérifs ou hors-la-loi, frères ennemis, alliés de circonstance. Pourtant, tous restent prisonniers de ce jour où l’innocence s’est brisée…
Comme des balles perdues
Début d’année chargée pour le scénariste Kid Toussaint qui enchaine les projets comme Woodstock 69 et un nouvel album du Marsupilami avant de signer coup sur coups chez Grand Angle les thrillers historique Mort Blanche et le présent Graine de vaurien. Du récit de guerre au western, la tragédie semble être le nouveau mort d’ordre pour le créateur du mignon Animal Jack.
Et comme les plus grandes tragédies justement, celle-ci débute dans l’enfance alors que les adultes de Salina s’apprêtent à pendre dans la joie et la bonne humeur un célèbre gangster, et que quelques gamins jouent au sheriff et au voleur dans les rues du patelin et vers les rails du chemin de fer. Juste des gosses, trop livrés à eux même sans doute, mais bien innocents qui par un moment d’inattention vont provoquer un drame terrible qui hantera pour toujours la ville et leur vie… D’une certaine façon leur destinée est déjà écrite et les années suivantes, décrites par à coup, par ellipses, via des chapitres qui soulignent bien à chaque fois comment le drame continue de conditionner leur existence et les entraine inévitablement vers la violence et des destins funestes, s’égrènent avec fatalité. Certains disparaitront du paysage, d’autres quitteront la ville pour former un gang de braqueurs de banque, là où leurs anciens meilleurs copains passeront du coté de la loi, mais les tensions restent toujours palpables et leurs âmes blessées. Kid Toussaint ajoute à ces oppositions qui mènent parfois à quelques gunfights mortels, le retour du truand qui avait finalement échappé à la justice et surtout une série de crimes qui semble reproduire le meurtre accidentel inaugural : régulièrement des enfants sont retrouvés étranglés et attachés sur les mêmes rails.
École de la rue
Le western se nourrie aussi de ces éléments de récit policier comme pour appuyer plus encore sur les contours les plus noirs de ces petites guerres fratricides, insinuant que parmi la liste des survivants, qui se réduit de pages en pages, un tueur en série se cache dans l’ombre. Le scénariste prouve encore une fois sont impitoyable efficacité dans la mise en place de son western dramatique, distillant lentement mais surement son venin, en reposant très solidement sur une galerie de personnage bien campés, crédibles et donc d’autant plus tristes et pathétiques. Personne n’est vraiment mauvais dans Graine de vaurien, en particulier du coté de la petite bande principale, mais peu semblent prendre les bonnes décisions, se perdant dans leur culpabilité, leur haine ou leur obsession pour une affaire qui accumule les cadavres. Prenant, l’album est illustré par une dessinatrice que l’on n’imaginait pas forcément dans ce registre. Dessinatrice historique de Mortel Adèle, d’Animal Jack mais aussi de la série humoristique Les cochons dingues, elle poursuit sa mue entamée sur l’anthologie Women of the West en abordant un style beaucoup plus réaliste qu’à l’accoutumé. Les décors sont bien plantés, les visages et expressions bien caractérisés, mais on peut avoir encore quelques réserves sur la patine générale, trop numérique dans ses contours et ses teintes, là où une approche nettement plus rugueuse aurait sans doute mieux convenue.
Un western one shot sombre et violent, triste et sanglant, qui poursuit sa triste épopée américaine jusqu’au bout de l’Histoire avec une ironie des plus cruelles… Prenant.



