EFFET MIROIR

France – 2020
Genre : Thriller
Scénariste : Pierre Makyo
Illustrateur : Laval Ng
Nombre de pages : 88
Éditeur : Delcourt
Date de Sortie : 26 août 2020
LE PITCH
Louis Ferrant dirige l’usine familiale. Aujourd’hui, ce sont ses problèmes de couple qui l’obsèdent. Autant que ce rêve angoissant et récurrent… Le soir venu, il va faire son footing quotidien. Il ne sait pas encore que son cauchemar va le surprendre en pleine réalité. L’épreuve s’annonce pour lui aussi terrible qu’injuste. Et pourtant, elle pourrait s’avérer riche d’enseignements…
Réplique
On dit parfois que la BD franco-belge est bien trop bavarde par rapport à ses cousins américains ou japonais, trop concentrée sur le texte et pas assez sur l’efficacité. Effet Miroir vient à nouveau faire mentir cette idée fausse. Un coureur, un motard, un bois désert… une poursuite.
Auteur de BDs plutôt solides maniant certes les contours des récits de genre (polar, fantastique, SF…) mais toujours avec un accent confirmé vers la complexité des situations et la psychologie des personnages, Makyo (Je suis cathare, Les Deux cœurs de l’Egypte, Obie Koul…) se met manifestement en danger avec Effet miroir, album qui justement repose sur un postulat des plus simples et directs. Avec une pagination légèrement plus agrémentée qu’un album classique, ce dernier ne se concentre en effet que sur le face-à-face forestier entre deux hommes. L’un est héritier d’un empire financier, l’autre le visage masqué par son casque de moto opère comme un prédateur, faisant de sa moto une monture vorace. Peu de dialogues, quelques bribes de contexte (Louis qui tente de renouer avec son ex, quelques cauchemars…) et une situation tendue, un long moment de survie dans une atmosphère étrange qui ne serait pas sans rappeler un épisode d’une série fantastique anthologique (au hasard La Quatrième dimension).
Sur la ligne d’arrivée.
Toute la réussite d’une telle approche repose alors sur les épaules de l’illustrateur Laval Ng, déjà collaborateur avec Makyo sur Balade au bout du monde, qui délaisse lui aussi son trait classique habituel, ses contours bien encrés et les colorisations proprettes. Presque une révélation tant son graphisme emballe par son dynamisme, ses formes fluides et surtout une colorisation personnelle proche de la peinture directe qui offre d’authentiques atmosphères automnales (rouges, marrons, verts ombrés…) glissant vers le crépusculaire ou le cauchemar éveillé par petites touches de pinceau. De très belles planches dont le découpage nerveux, les cadrages audacieux, cinématographiques, entrainent aisément le lecteur dans une course-poursuite tendue, musclée et inquiétante où la moto semble vrombir comme les loups hurlait autrefois, où les arbres écrasants et touffus laissent la civilisation au loin. Efficace et prenant, Effet miroir se lit d’une traite mais s’avère, il faut bien le dire, assez prévisible dans sa dernière partie. Si l’identité du motard peut être devinée dès les premières pages, Makyo tente pourtant de jouer à cache-cache avec le lecteur rendant sa surprise finale un peu vaine. Même la conclusion, étrangement trop explicative, et sa remise en cause d’une vie bien ordonnée, essouffle un thriller jusque-là sans temps mort.
Un exercice de style qui trébuche dans les dernières pages, mais la course décoiffe assez pour que l’on n’y fasse pas trop attention.



