ZATOÏCHI : LES ANNÉES DAEI VOLUME 1

不知火検校, 座頭市物語, 続・座頭市物語, 新・座頭市物語, 座頭市兇状旅 – Japon – 1960 / 1963
Support : Bluray
Genre : Yakuza eiga, Chambara, Drame
Réalisateurs : Kazuo Mori, Kenji Misumi, Tokuzo Tanaka
Acteurs : Shintaro Katsu, Masayo Banri, Toru Abe, Tamao Nakamura, Tomisaburo Wakayama, Mieko Kondo, Shigeru Amachi, Seizaburo Kawazu…
Musique : Ichiro Saito, Akira Ifukube
Durée : 91, 96, 72, 91 et 86 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Roboto Films
Date de sortie : 16 décembre 2025
LE PITCH
Le bandit aveugle : Avant de devenir Zatoïchi, Shintaro Katsu incarne Suginoichi, un bandit aveugle froid et ambitieux, prêt à tout pour s’emparer du pouvoir, au détriment de ceux qui l’entourent…
Le masseur aveugle : Le masseur aveugle Zatoïchi rend visite à un chef yakuza. Bientôt entraîné dans un conflit avec un clan rival, il se lie d’amitié avec un samouraï malade du camp adverse, tandis que la guerre entre les deux factions devient inévitable.
Le secret : Les tensions entre deux gangs rivaux éclatent au grand jour. Chaque chef désigne son champion : un ancien samouraï devenu pêcheur, porteur d’un lourd secret, et Zatoïchi, joueur invétéré et masseur, dont le sabre frappe avec la fulgurance de l’éclair.
Un nouveau voyage : Zatoïchi tente de se retirer dans son village natal, mais la violence le rattrape lorsqu’il se retrouve mêlé à un conflit entre un clan de yakuzas et des villageois opprimés.
Le fugitif : À son arrivée dans la ville de Shimonita, Ichi apprend qu’un chef yakuza local a mis sa tête à prix. Pris au piège, il découvre qu’un ancien amour a été assassiné. Dévoré par la colère, il part affronter les meurtriers : un rōnin mercenaire et son clan.
La lame à l’oeil
Partiellement sortie en DVD chez Wild Side dans les années 2000, la Saga Zatoichi refait son apparition en HD grâce à Roboto Films. Au programme, les quatre premiers volets, dont trois inédits, et Le bandit aveugle, film noir antérieur et œuvre séminale. Du grand spectacle porté par un Shintaru Katsu au sommet de son art.
Créée en 2023, la maison d’éditions Roboto Films est rapidement devenue incontournable pour les amateurs de cinéma japonais en multipliant les sorties de films de genre très différents allant des films de monstres (Gamera), aux films de gangsters (Great jailbreak) en passant par le chambara avec l’icône Zatoichi.
Saga très célèbre au Japon, comptant 26 titres sortis entre 1962 et 1989 et également déclinée en série TV dans les années 1970 avec plus de cent épisodes, Zatoichi avait également eu droit à un remake signé Takeshi Kitano en 2003. Avec ce coffret réunissant trois titres inédits en France (les volets 2,3 et 4), Roboto nous régale ainsi et nous permet de découvrir un modèle de saga populaire, qui se regarde comme une véritable série TV.
Indissociable de son personnage de yakuza aveugle, Shintaro Katsu trouve ici le rôle de sa vie, qu’il tiendra dans tous les épisodes ainsi que pour la télévision, et dont il réalisera un opus, le dernier L’odyssée finale en 1979. Joueur aguerri de shamisen (luth à trois cordes japonais), Katsu s’essaya au cinéma dans les années 1950 avec peu de succès au sein de la société de production Daiei. Cantonné aux seconds rôles et toujours dans l’ombre de la star d’alors Raizo Ichikawa, Katsu va finalement se rendre visible aux yeux de tous grâce à un personnage d’aveugle !
Justice aveugle
Ainsi, en 1960 il crève l’écran avec Le bandit aveugle de Kazuo Mori, œuvre séminale de Zatoichi et en même temps antithèse. Dans ce qui s’apparente à un drame voire un film noir, Katsu incarne un aveugle ambitieux et sombre, n’hésitant pas à jouer du chantage, s’allier à des criminels et éliminer ses rivaux pour atteindre la position de kengyo, maître d’une école d’aveugles et usurier. Une réussite, un film vénéneux où Katsu déploie tous ses talents.
Même si Le bandit aveugle, et son succès, a sans doute inspiré la réalisation de Zatoichi, un autre film de 1961 a également infusé sur le cinéma japonais, et pas seulement, Yojimbo (Le garde du corps) d’Akira Kurosawa. Si on connait son influence décisive sur le Western italien et notamment Pour une poignée de dollars de Sergio Leone, difficile de ne pas faire le lien aussi avec Zatoichi et ce personnage de yakuza errant, ces villages aux proies des appétits de divers clans quasi-mafieux. D’ailleurs Le masseur aveugle aura également droit à une sorte de remake italien avec Blindman de Ferdinando Baldi avec Tony Anthony, qui a également joué dans Le cavalier et le samouraï, western atypique qui rendait hommage au cinéma de chambara.
S’appuyant sur l’éclosion du talent Katsu, la réussite de Yojimbo et une courte nouvelle de Kan Shimozawa, Zatoichi, la légende du masseur aveugle voit donc le jour en 1962 avec Kenji Misumi derrière la caméra. Spécialiste du cinéma de samouraï, il avait entre autres tourné Tange Sazen (le panier de lichen) qui suivait justement le parcours d’un samouraï errant, borgne et manchot… Loin du côté spectaculaire des futures suites avec de nombreux combats (malgré un final impressionnant), ce premier opus du masseur aveugle s’appuie avant tout sur son personnage, Zato, et son « adversaire », un samouraï malade interprété avec brio par Shigeru Amachi. Deux personnalités d’une autre époque, entraînés malgré eux dans une guerre de clans, pour qui la notion d’honneur n’est pas vaine. Sombre et mélancolique (Zato tombe amoureux d’Otane, qu’on retrouvera dans d’autres opus), volontiers contemplatif, ce premier Zatoichi est un chef d’œuvre questionnant la solitude, la marginalité…bien plus qu’un simple film d’action.
La légende s’écrit
Les trois suites, jusqu’alors inédites en France, s’avèrent quelque peu inégales mais restent de très bonne facture. Durant seulement 72 minutes, Le secret (réalisé par Mori qui avait fait Le bandit aveugle) s’apparente ainsi à une simple suite tournée rapidement. Toutefois, les combats gagnent en intensité, le personnage de Zato s’amplifie et sa confrontation avec Tomisaburo Wakayama (le propre frère de Katsu, héros de la série Baby Cart) reste mémorable.
Les deux opus suivants sont signés par Tokuzo Tanaka et permettent à Zatoichi de devenir une véritable légende. L’apparition de la couleur, couplée à la Maestria de Tanaka pour filmer les scènes de combat, donnent un nouveau souffle à la Saga. Les motifs de l’amour impossible, de la fuite obligée et incessante, des conflits de clans deviennent les moteurs de l’intrigue qui se dramatise au fur et à mesure. Véritable phénomène au Japon, la Saga inspira d’autres séquelles (voir Crimson Bat son pendant féminin) et plus généralement remit au goût du jour la thématique du héros handicapé rejoignant encore une fois les thématiques du western italien qui a clairement beaucoup pioché dans le cinéma japonais pour réécrire l’Histoire de l’Ouest…
En somme, ce coffret réunissant les quatre premiers Zatoichi s’avère indispensable pour les amoureux du chambara…mais également pour les néophytes grâce à un Shintaro Katsu tout simplement bluffant en gentleman vagabond au grand cœur maniant le sabre, qu’il tient comme une canne d’aveugle, et la répartie avec bonheur. Nous espérons désormais que l’éditeur continuera d’exhumer les titres de la Saga dans de futures sorties.
Et cerise sur le gâteau, la présence du joyau noir inédit Le bandit aveugle, certes à classer en dehors de la série mais qui méritait bien une sortie tant il s’avère réussi.
Image
La légende du masseur aveugle se présente dans une copie restaurée 4K de très haute qualité (finesse, pureté, définition…) qui avait déjà été édité chez The Jokers en 2023. Sans doute la copie la plus propre techniquement, avec un grain bien préservé et un joli noir et blanc. La copie du Bandit aveugle n’est pas exempte de défauts mais présente une texture argentique et naturelle appréciables. En ce qui concerne les autres films, malgré quelques soucis de contrastes et une image un peu trop « propre », le rendu reste globalement plus que correct.
Son
Les pistes 2.0 mono assurent un rendu sobre et efficace, avec des voix claires et un bon mixage des BO. Les films sont tous présentés en VOST bien entendu.
Interactivité
Cette superbe édition limitée de Roboto se décline dans un coffret rigide embossé (effet « picot ») incluant 5 digipacks. Sur chaque film, Clément Rauger revient sur le contexte, les acteurs…On en apprend ainsi un peu plus sur la légende Katsu qui avait une vie dissolue et fut également producteur du culte Baby cart. Le mini-entretien avec Takashi Miike (qui fit une pièce de théâtre sur le thème de Zatoichi) et le documentaire de Julien Sévéon (Le guerrier handicapé) sont des reprises, bienvenues, des éditions Wild Side de 2004. Courts mais passionnants ! Enfin Fabien Mauro revient sur la Saga en elle-même et en profondeur. Très informatif et documenté.
Liste des bonus
Présentation des films par Clément Rauger (15’, 15’, 11’, 8’, 12’) ; « La Naissance du Mythe » : entretien avec Fabien Mauro (30’) ; Présentation du film « le masseur aveugle » par Takashi Miike (3’) ; « Le Guerrier handicapé : un grand mythe du cinéma martial » (13’) ; Bandes annonces originales ; Bandes annonces Roboto.







