TIR À VUE

France – 1984
Support : Bluray
Genre : Policier
Réalisateur : Marc Angelo
Acteurs : Sandrine Bonnaire, Laurent Malet, Jean Carmet, Michel Jonasz, Michel Stano, Pierre Londiche, Eric Picou, Salah Teskouk…
Musique : Gabriel Yared
Image : 1,85 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Aucun
Durée : 85 minutes
Éditeur : Arcadès Editions
Date de sortie : 17 mars 2026
LE PITCH
Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il rencontre et séduit une jeune femme tout aussi paumée que lui, Marilyn. Tous deux multiplient les cambriolages et les braquages. Mais un jour le jeu tourne mal et ils se retrouvent auteurs d’un meurtre.
Rendez-vous criminel
Les années 80 auront été plus que prolifiques en polars français. Une approche plus réaliste, plus ancrée dans le réel, portée par quelques nouvelles petites gueules (ici Sandrine Bonnaire et Laurent Malet) et de jeunes réalisateurs avides d’expériences qui n’hésitent pas à sortir des sentiers battus comme ce fut le cas avec Tir à vue.
Figure récurrente du drame criminel, le couple de braqueurs, mariant sensations fortes, mises en dangers et étreintes passionnelles est une nouvelle fois mis en avant dans Tir à vue. On pense forcément de manière lointaine aux plus célèbres d’entre eux, Bonnie & Clyde, mais aussi aux Mickey & Mallory d’Oliver Stone, Tueurs nés eux aussi qui n’apparaitront que dix ans plus tard. Sans atteindre les mêmes extrêmes, ni même la même maestria dans leur virée sanguinaire, Richard et Marilyn entretiennent une même fascination pour la violence, cherchant manifestement à prendre une dernière revanche sur une vie aussi triste que dégueulasse. Ce sont aussi deux jeunes totalement paumés, sans barrières morales et manquant de la plupart des codes, comme le rappelle souvent le rire de gamine de l’adolescente cachant derrière son absence de pudeur une tristesse que l’on devine profonde. Une trajectoire désespérée que le jeune réalisateur Marc Angelo ancre dans le vrai Paris, très loin de la photo lumineuse et typée du modèle américain de l’époque, c’est-à-dire gris, délavé et crado. Le premier braquage organisé par Richard se prépare même dans la pissotière d’à coté et c’est cette odeur acide qui mettra les deux flics sur sa piste, dont l’un multiplie les remarques racistes et homophobe et pratique l’humiliation de témoin. Pittoresque. Témoin aussi d’une recherche de modernité et d’originalité dans cette nouvelle illustration de la jeunesse délinquante, la musique de Gabriel Yared (Malevil, 37°2 Le Matin, Gandahar, Nemo…) multiplie les expérimentations entre jazz libre, échappées de rock suave et dissonances électro.
Enfants des rues
L’atmosphère peut être étrange, en tout cas souvent poisseuse, mais elle n’aboutit pas forcément à l’œuvre que le film aurait sans doute souhaité être. Un peu plombé par un scénario franchement bancal qui ne sait jamais vraiment quoi faire de ses deux inspecteurs, pourtant incarnés par Jean Carmet (la mine toujours fatiguée) et Michel Jonasz (éteint), vaguement lancés aux trousses des deux gamins et qui réapparaissent de temps en temps à l’écran pour donner un peu de consistance aux évènements. Les dialogues, trop écrits, trop conscients et démonstratifs, n’aident pas beaucoup non plus, laissant souvent les acteurs sur le carreau, rendant même la petite Sandrine Bonnaire, révélée l’année précédente par le A nos amours de Maurice Pialat, assez maladroite dans son jeu. Jeune espoir aujourd’hui oublié, Laurent Malet que l’on avait vu dans Invitation au voyage ou Querelle, peine à imposer son physique de beau-gosse torturé et un charisme plus magnétique, plus inquiétant aurait mené le métrage vers une plus grande intensité. Pas mal d’ambitions pour un premier long métrage de cinéma, mais Marc Angelo, ancien assistant de Boisset sur Le Prix du danger, de Schoendoerffer sur Le Crabe-Tambour ou Missiaen sur Tir Groupé, n’arrive pas vraiment à trouver le ton juste, marquant le coup dans le sordide et l’amer, mais laissant aussi le film s’effriter dans un érotisme mollasson (excepté un très beau plan pour la première étreinte des amants) et une illustration finalement assez télévisuelle.
L’échec du film en salle et les mauvaises critiques pousseront d’ailleurs le monsieur à se diriger vers le petit écran où il a depuis signé plus d’une dizaine de téléfilm et des épisodes pour des programmes comme B.R.I.G.A.D., Diane femme flic ou Un Homme en colère.
Image
Une édition plutôt sobre qui n’a pas pu malheureusement retourner à la source pellicule pour proposer une restauration d’envergure. Ici il s’agit d’une amélioration soignée mais d’un master déjà connu et vieillissant. Pas de défauts majeurs à l’écran et des cadres plutôt propres, mais une définition qui reste toujours très timide, atténuée par quelques outils de dégrainage et autres lissages. Les quelques scènes extérieures laissent apparaitrent un ciel bleu strié et les couleurs, en dehors de la belle tenue rouge de Bonnaire, semblent bien fades et manquent de contrastes.
Son
Mono sans fioriture, assez propre et stable, la piste originale est proposée avec un DTS HD Master Audio 2.0 qui assure un confort certain.
Interactivité
Le film est proposé sous la forme d’une édition simple avec boitier classique et petit fourreau cartonné. Sur le disque on retrouve une nouvelle fois le travelling efficace sur l’éveil du polar français durant les années 80 (voir le précédent article sur Urgence), ses films incontournables et sa nouvelle génération d’acteurs et de cinéastes. Jérôme Wybon poursuit ensuite avec une évocation plus directe de Tir à vue, rapprochant le sujet du film de la figure de Bonnie & Clyde, appréciant le portrait des deux flics en retrait et revenant sur la carrière du réalisateur Marc Angelo.
Liste des bonus
Le Cinéma français en garde à vue – Le Polar des années 80 (18’), « Un Bonnie & Clyde moderne » (8’).








