GLENGARRY GLEN ROSS

États-Unis – 1992
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : James Foley
Acteurs : Al Pacino, Jack Lemmon, Alec Baldwin, Alan Arkin, Ed Harris, Kevin Spacy, Jonathan Pryce…
Musique : James Newton Howard
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0 et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 100 minutes
Éditeur : Intersections Films
Date de sortie : 1 février 2026
LE PITCH
Par une fin de journée pluvieuse dans une petite agence immobilière de Brooklyn, quatre employés reçoivent un ultimatum : ils doivent vendre plusieurs propriétés en 48h ou ils seront licenciés. Un engrenage infernal se met en place, à base de corruption et de jeux de pouvoir où l’indécence, l’opportunisme et les coups bas sont rois.
« Mort d’un putain de commis voyageur »
Adaptation d’une pièce prémonitoire signée David Mamet (qui officie aussi au scénario), Glengarry Glen Ross transforme un cabinet immobilier de Brooklyn en antichambre du capitalisme autodestructeur. Sept acteurs incroyables et un metteur en scène en état de grâce servent une performance inoubliable.
Le monde de la vente n’est pas forcément le milieu le plus glamour et à priori le plus enthousiasmant en tant qu’espace cinématographique. Ici Glengarry Glen Ross était qui plus est une pièce de théâtre dont les décors se résumait à un bureau austère et un restaurant chinois réduit à sa simple salle de diner. Pourtant le film évite brillamment le fameux piège du théâtre filmé en s’efforçant effectivement de préserver ce fameux verbe de David Mamet (Les Incorruptibles, La prisonnière espagnole, Le verdict…), toujours rapide, agressif et particulièrement ordurier, mais tout en le laissant s’échapper et respirer. Le bureau et le restaurant s’affirment avec plus de réalisme, mais surtout le scénario ajoute des transitions en pleine rue, des appels d’une cabine téléphonique ou une visite (cruellement laborieuse) chez un client potentiel. Glengarry Glen Ross n’est plus simplement une pièce symbolique, mais un récit parfaitement ancré dans le réel, un arrière-plan concret, auquel Mamet ajoute même une scène inédite durant laquelle Alec Baldwin incarne un cadre insultant et masculiniste venu dégraisser la filiale en balançant un ultimatum dans la tête de ses subordonnées : atteindre ses objectifs ou disparaitre. Une scène d’une grande violence dont l’évidence est immédiate et fait monter d’un cran la tension qui restera dès lors sous-jacent à chaque scène. Le grand patron pousse les employés non pas à se dépasser (vu les fameux investissement pourris qu’ils doivent vendre, c’est mission impossible), mais à s’écraser les uns les autres, se pourrir voir se pousser mutuellement à la faute.
Vices de consentement
Comme dans une grande tragédie, le jeu sont déjà faits et le destin se referme sur les protagonistes. Au sommet, trône Ricky Roma (Al Pacino) vendeur star, loup solitaire, adepte convaincu de la vente qui malgré les crocs aiguisés s’avère doté d’un certain sens de l’honneur. A l’opposé Dave Moss (Ed Harris) aigri et colérique qui tente d’embarquer George (Alan Arkin) dans son vol prémédité des fameuse fiches Glengarry, assurance de contrats bien juteux. Au milieu il reste Kevin Spacey idéal en petit chef despotique et impassible que tente d’amadouer désespérément le vétéran Shelly Levene (Jack Lemmon, magnifique à chaque instant) en fin de carrière et au bout du rouleau. Glengarry Glen Ross est un film sur les jeux du pouvoir, verticaux, mais dont surtout les dés sont irrémédiablement pipés. Spécialistes de la manipulation, amenant des pauvres gens à investir leurs économies sur des marchés où ils n’ont rien à faire, ils ne savent finalement que communiquer par la tromperie, la veulerie et l’invective.
Les dialogues de Mamet, incisifs, percutants, mais tout autant éreintants par leur vélocité et leur brutalité, capturent à la fois un système, le capitalisme dans toute sa superbe (la pièce fut écrite en 1984) et une certaine part de la nature humaine, individualiste et destructrice. Des airs de petit jeu de massacre que les distributeurs de la New Live avaient en 1992 tenté de vendre comme un film de casse qu’il n’est pas. Si la tentation du thriller existe bel et bien à l’écran, elle est surtout en l’occurrence apportée par la réalisation noire et élégante de James Foley période Comme un chien enragé et After Dark My Sweet, qui joue généreusement avec les codes du film noir. Le décor baigné par la pluie, la première partie plongée dans la nuit avec la conclusion sous la lumière du jour, les arrières plans d’un rouge vif qui soulignent la violence en jeu, les éclairages écrasants… L’atmosphère peut se révéler aussi suffocante et implacable qu’un bon vieux polar mais le crime n’est pas spectaculaire dans Glengarry Glen Ross, il est systémique et broie ceux qui espéraient y trouver fortune.
Image
Intersections nous fait gracieusement profiter de la toute récente restauration 4K du film, effectuée à partir des négatifs 35mm. Le master est splendide, affirmant une belle précision, des matières finement dessinées et une profondeur inédite. Plus aucun défaut de pellicule n’est visible à l’écran et le grain argentique est admirablement préservé pour un rendu organique des plus agréables. Le film gagne aussi énormément par son traitement des couleurs, qui rend enfin honneur à la superbe photographie, rehaussant les contrastants et réaffirmant l’intensité presque giallesques des rouges et des bleus nuits. Rien à redire.
Son
Pour son passage à la HD, Glengarry Glen Ross se dote d’une toute nouvelle piste anglaise DTS HD Master Audio 5.1. Les dialogues y restent essentiellement centraux, mais aussi toujours clairs et équilibrés, tandis que quelques rares effets de spatialisation (train qui passe en arrière-plan, légers effet d’échos…) s’efforcent d’ajouter un peu de relief. La piste originale DTS HD Master Audio 2.0 semble alors tout à fait adéquate et sans doute aussi plus nette. Le doublage français d’origine, plutôt solide, est lui aussi proposé dans ce format.
Interactivité
Intersections propose une belle édition pour ce film bien trop méconnu par chez nous, en traduisant l’essentiel des bonus produits par Shout ! aux USA. A commencer par une nouvelle interview de James Foley qui revient avec plaisir sur l’expérience du film, sa collaboration avec David Mamet, l’implication d’Al Pacino dans la construction du casting, la pluie qui au départ n’était pas prévue et bien entendu la sortie assez calamiteuse organisée par New Line. Beaucoup d’anecdotes et d’informations (photo, musique…) qui sont aussi présentes dans son commentaire audio bien fourni (et traduit). La galette propose en outre un commentaire audio, ou plutôt une interview, de Jack Lemmon très intéressante sur sa vision du film et de son rôle, mais qui ne recouvre pas l’intégralité du métrage. Coté interview, il est aussi possible d’aborder Glengarry Glen Ross par le biais théâtrale grâce à l’intervention de Joe Montegna qui a créé le rôle de Ricky Roma sur scène.
L’éditeur français a eu en outre eu la bonne idée d’aller chercher la présentation du film signée John Landis (oui le réal des Blues Brothers) pour le site Trailers from Hell de Joe Dante (oui le réalisateur de Gremlins), qui s’amuse du caractère très imagé des dialogues et l’angle très particulier choisi pour une bande annonce très très éloigné du film concerné. Enfin, Guillaume Orgnac offre une excellente présentation critique et analytique du film, revenant sur l’écriture de Mamet, son rythme et son caractère, et soulignant l’excellente adaptation filmique dans ses ajouts et liberté autant que dans la confrontation des acteurs, sa mise en scène de l’espace ou le choix des couleurs.
Liste des bonus
Un livret de 28 pages, Commentaire audio de James Foley (VOST),
Commentaire audio partiel de Jack Lemmon (VOST), Guillaume Orignac à propos de Glengarry Glen Ross (2025, Intersections, 32’), Interview de James Foley (37’), Interview de Joe Mantegna à propos de la pièce de David Mamet (24’), Bande-annonce « Trailers From Hell » avec John Landis (6’), Teaser (1’).






