PARSIFAL

Espagne – 1951
Support : Bluray & DVD
Genre : Aventure
Réalisateur : Daniel Mangrané, Carlos Serrano de Osma
Acteurs : Gustavo Rojo, Ludmilla Tchérina, Félix de Pomès, José Manuel Pinillos…
Musique : Richard Wagner
Image : 1.37 16/9
Son : Espagnol Castillant DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 99 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 3 mars 2026
LE PITCH
Protégé par sa mère durant toute son enfance de tout contact avec le monde afin de demeurer pur et innocent, Parsifal, ayant malgré tout découvert le mal et le péché, parviendra au terme d’un long chemin épique et intérieur, à la découverte du Graal, plénitude de vie et quiétude de l’âme.
Le chevalier naïf
Présenté à Cannes en 1951 et longtemps diffusé au sein des communautés hispaniques dans le monde, cette adaptation espagnole du mythe de Perceval était cependant tombée depuis dans l’oubli. Artus Films nous offre ici une belle résurrection pour ce premier film à utiliser avec ampleur les compositions de l’opéra de Richard Wagner.
C’est d’ailleurs la motivation première du jeune réalisateur Daniel Mangrané, fils d’un grand propriétaire de sociétés de distribution et de production, qui voulait rendre hommage à cet immense opéra de plus de trois heures et considéré par son auteur comme son œuvre la plus aboutie. Aidé par un cinéaste plus expérimenté, Carlos Serrano de Osma (La Sirena negra, Embrujo…) il l’aborde avec une frontalité inédite pour l’époque. En premier lieu en reprenant pour la première fois au cinéma les véritables morceaux musicaux, utilisés autant classiquement comme une bande sonore de fond, que comme des ponctuations épisodes qui, associés avec des cartons explicatifs, viennent constamment rappeler l’ère du cinéma muet. Prévu un temps dans un glorieux « Cinefotocolor », ce Parsifal est finalement tourné dans un noir et blanc délicieusement expressionniste mariant les sublimes paysages de la montagne de Montserrat aux airs de paradis perdus, et des décors de studio créés à Barcelone par le peintre José Caballero tel de grands tableaux bibliques. La séquence la plus célèbre reste celle du Jardin des péchés capitaux (remplaçant le Jardin enchanté initial) traversée fiévreuse de scènes symboliques aux lisières du surréalisme.
« une grande destinée »
Les écoles allemande et russe ne sont jamais loin dans ce métrage qui semble très volontairement issu d’une autre époque, de quelques décennies plus tôt et qui d’ailleurs, bien souvent, préfère délaisser l’exercice fastidieux des dialogues. Si effectivement les spécialistes pourront dénoter de nombreuses prises de liberté avec le livret original (les parents de Parsifal, le caractère de certains personnages…) le spectacle reste cependant très fidèle au mythe même de Parsifal en mélangeant finalement ses multiples origines, ses multiples lectures, d’un bout à l’autre. Produit en pleine Espagne franciste et donc menacé, comme beaucoup d’autres, par la censure, l’objet semble cultiver une foi chrétienne parfois envahissante, voire très naïve dans ses costumes, son discours et son manichéisme symbolique, mais dissémine tout autant quelques élans plus universalistes en particulier dans ses séquences d’ouvertures et fermetures au cadre contemporain et célébrant des valeurs pacifistes et d’espoir. Dans ce contexte là la quête initiatique du héros Parsifal sur les chemins du Graal et donc de l’illumination, revêt aussi celle de la recherche d’une pureté d’âme qui n’est pas forcément uniquement chrétienne mais bien humaine tout simplement.
La piété plastique et la puissance musicale des extraits issus de l’opéra de Wagner offrent une portée indéniable à ce curieux Parsifal, projet à la fois indéniablement ambitieux, grandiloquent et parfois profondément naïf et maladroit. On n’est jamais totalement épargné par le kitch, même pour 1951, mais l’exploration de cette légende parmi la légende arthurienne se teinte aussi régulièrement d’une certaine grâce.
Image
Film rare et longtemps introuvable, ce Parsifal peut difficilement cacher son âge et sans doute aussi une source datée et abimée. On observe bien les nombreux efforts effectués pour atténuer les défauts de la source et redonner au master une certaine tenue. Quelques passages sont assez flous, les variations de luminosité sont régulières et le grain autant que le piqué sont plutôt fluctuants. L’avantage du film c’est qu’il est en noir et blanc et que ses contrastes tendent à dissimuler ces soucis techniques derrière une patine d’objet ancien. Une prestation fragile mais on imagine bien qu’il est peu probable qu’il puisse exister une meilleure copie.
Son
Si le film fut à priori doublé pour sa sortie française dans les années 50, la piste sonore n’a pas pu être retrouvée. Reste donc la version originale espagnole, qui là aussi s’est pris un petit coup derrière la tête avec des dialogues dont le niveau sonore peut varier dans un même échange et où les extraits de l’opéra de Wagner sont parfois tranchés nets par le montage. Quelques saturations et crissements, mais la force musical survie aisément.
Interactivité
Artus propose pour Parsifal son désormais célèbre format Mediabook avec encore une fois un très bel objet, solide et élégant, avec un livret imposant piqué en son centre. Un ouvrage très complet de 80 pages signé François-Xavier Consoli qui traverse le mythe de Perceval, ses origines, ses symboliques, ses différentes représentation littéraires (païennes, chrétiennes…) jusqu’à la naissance du fameux opéra de Wagner et ses différentes apparitions cinématographiques (du muet à Excalibur). Solide et très complet.
Sur les disques Bluray et DVD c’est une nouvelle fois Christian Lucas, spécialiste du cinéma européen et de ses curiosités, qui se penche sur le film espagnol en délivrant quelques informations sur sa production, les prises de liberté avec la trame connue, l’utilisation des musiques de Wagner ainsi que les coutumières filmographies de certains participants. La partie bonus propose la traditionnelle galerie de photos et d’affiches mais aussi, beaucoup plus étonnant, un court métrage inédit, Tearless Knight, tourné en 2022 et qui rend un nouvel hommage au mythe de Perceval mais avec des influences nettement plus modernes.
Liste des bonus
Livret de 80 pages rédigé par François-Xavier Consoli : Perceval, le mythe universel de l’initiation, Présentation du film par Christian Lucas (35’), Diaporama d’affiches et de photos, Tearless Knight (10’).







