URGENCE

France – 1985
Support : Bluray
Genre : Policier, Action
Réalisateur : Gilles Béhat
Acteurs : Richard Berry, Bernard-Pierre Donnadieu, Jean-François Balmer, Fanny Bastien, Nathalie Courval, Catherine Allégret…
Musique : Jean-Hector Drand
Image : 1.85 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 95 minutes
Editeur : Arcadès Éditions
Date de sortie : 17 mars 2026
LE PITCH
Un journaliste est tué car il avait la preuve qu’un grave attentat raciste était en préparation, prémédité par un groupe néo-nazi. Avant de mourir, il confie un étrange message à sa sœur, qui est en danger elle aussi. Elle se réfugie dans une agence de presse ou elle est secourue par Jean-Pierre Mougin.
France barbare
Trop peu évoqué parmi les classiques du polar français des années 80, Urgence est pourtant un vrai petit condensé de ses meilleurs atours : un richard Berry vaguement énervé qui drague de la jolie brindille, des gangs de la street plutôt sympa, de la musique pop qui répète le titre jusqu’à plus soif et un complot nazi qui pue les vieux retours du Reich. Et le tout est emballé par un Gilles Béhat (Les Longs manteaux, Dancing Machine) en pleine possession de ses moyens.
Un réalisateur qui l’année précédente avait marqué au fer rouge un cinéma français toujours un peu trop frileux avec le film de gang bien musclé Rue Barbare. Un trip pas loin d’un certain surréalisme ou du post-apo, qui laisse place ici à un cadre de polar nettement plus défini et concrètement contemporain. On retrouve cependant constamment le regard très particulier du réalisateur sur l’univers des banlieues et des mauvais quartiers faisant apparaitre à l’écran une très sympathique bande de loulou à bécanes, petits truands pas bien méchants, qui protègent la cité. On y croise même quelques punks en guenilles crachant sur les flics et les fachos, mais qui une fois un petit malentendu écarté, finiront par aider à leur tour l’enquête du journaliste Jean-Pierre Mougin, incarné par un Richard Berry star de son époque et décontracté à mort. Un ancien spécialiste des sports qui tombe par hasard donc sur une jeune femme, la Fanny Bastien de Pinot Simple Flic, poursuivie par un flic néo-nazi, simple sommet de l’iceberg d’un groupuscule qui remonte jusqu’aux sommets du pouvoir et qui prépare un attentat spectaculaire qui doit avoir lieu dans les 24h.
Le scoop
« Urgence, Urgence, Urgence… » ne cesse de répéter le générique d’ouverture et effectivement le film ne va certainement pas jouer les pensum et les œuvres contemplatives. Il est construit comme une inlassable course-poursuite à travers la capitale entre le vrais héros et la vérité vaguement dissimulée, le toujours flippant Bernard-Pierre Donnadieu (Le Professionnel, L’indic, L’Homme qui voulait savoir…) et ses proies, et même un policier incorruptible et ses hommes forcément à la traine dans tout ce boxon. Combat à la lame de rasoir, Berry qui joue les cracheurs de feu, remontée des escaliers de Lamarck en 4×4 du Paris-Dakar et baston générale en plein concert du Arthur Simms de Subway, tout en multipliant les dialogues bien typés et fendards (parfois certes un peu trop petit Audiard), Urgence préserve une sacrée énergie, une belle hargne et cette efficacité abrasive qui nous manque tant aujourd’hui.
Adapté au départ du roman nettement plus ample Qui vous parle de mourir ? de Gérard Carré et Didier Cohen, l’action dû cependant être largement élagué et recentré pour des questions évidentes de budget. La lourde charge contre une France ne se méfiant pas assez de la montée de l’extrême droite, n’est parfois pas loin de l’anecdotique à l’écran, mais préserve tout de même un certain pouvoir d’évocation lors de la projection d’un film volé montrant riches bourgeois et vieux politiques se galvaniser lors d’une belle après-midi SS, où lors de petits inserts montrant les tentatives d’étouffements du dossier par un ministre qui restera plus ou moins dans l’ombre et s’en sortira sans doute les mains bien propres.
C’était un temps où le polar frenchy était forcément politique et le plus souvent anti-facho (oui parfois, c’était mieux avant) et où on pouvait croiser au détour d’un plan une Catherine Allégret en chauffeur de Taxi, une Murielle Robin en gardienne d’immeuble, Arthus de Penguern en adjoint expéditif et bien entendu l’incontournable Jean-François Balmer en chef de rédaction un peu mouillé et pathétique mais jamais antipathique. Le film obtiendra un bon petit succès populaire à sa sortie continuant de pousser la carrière de Berry qui jouera la même année dans Lune de miel et Special Police, et de diriger Béhat vers son dernier bon film, Les Longs manteaux, avant qu’il ne se perde dans le purgatoire de la télévision.
Image
Premier passage à la HD pour Urgence après quelques DVD assez mal distribués mais avec un master d’origine qui date toujours un peu. On voit bien les efforts fournis pour redonner un coup de fouet à l’image, creuser les détails, ajouter un soupçon de relief et rééquilibrer les teintes, mais pas de miracle, le piqué est fluctuant et de vieux défauts pellicules sont toujours visibles dont quelques brulures de cigarettes immanquables. Imparfait, mais suffisant en tous cas pour profiter du film dans des conditions honorables.
Son
Le petit mono d’origine est transporté par un DTS HD Master Audio 2.0 plutôt sobre et agréable. Quelques saturations persistent parfois, mais l’ensemble est assez propre et bien balancé.
Interactivité
Directeur de collection chez StudioCanal et réalisateur de divers documentaires sur le cinéma, Jerome Wybon accompagne le film avec deux segments. Le premier plutôt général retrace les grandes lignes du polar français des années 80 de La Guerre des polices à Belmondo / Delon en passant par La Balance ou Garde à vue, son passage des costumes cravates aux vieux jeans et blousons en cuirs, l’arrivée de la nouvelle garde de réalisateurs et d’acteurs, et l’effacement du genre dans les fictions télévisées. Le second se concentre sur le film Urgence, les volontés du réalisateur Gilles Béhat, les succès de Berry à l’époque, le tournage de la scène finale et la belle rencontre avec le public en salles à sa sortie. Sobre et efficace dans les deux cas.
Liste des bonus
« Le Cinéma français en garde à vue : Le polar des années 80 » : Décryptage du film par Jérôme Wybon (18’), « Un thriller politique » : À propos du film (8’).







