TRILOGIE LE PASSAGE DU GRAND BOUDDHA

大菩薩峠 + 大菩薩峠 竜神の巻 + 大菩薩峠 完結篇 – Japon – 1960 / 1961
Support : Bluray
Genre : Chanbara, Drame
Réalisateur : Kenji Misumi, Kazuo Mori
Acteurs : Raizo Ichikawa, Kojiro Hongo, Tamao Nakamura, Fijiko Yamamoto, Kenji Sugawara, Jun Negami…
Musique : Seiichi Suzuki, Ichiro Saito, Tetsuo Tsukahara
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 105, 89 et 98 minutes
Éditeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 10 décembre 2026
LE PITCH
Ryunosuke Tsukue est un samouraï habité par le mal. Après avoir violé Ohama, la fiancée d’un autre samouraï qu’il a tué en duel, il rejoint Edo, d’où il partira vers Kyoto en compagnie d’une bande de mercenaires. Le frère du samouraï assassiné le poursuit pour se venger.
Le sabre aveugle
Premier grand succès populaire et commercial de Kenji Misumi (Zatoichi, Baby Cart, Hanzo The Razor…), la trilogie Le Passage du Grand Bouddha, pour la première fois proposée en intégralité en France, tient moins de la flamboyance du chanbara que de l’exploration dramatique du Jidai-geki. Un grand drame en costume, au bord de la folie d’un homme hanté par la violence.
Roman fleuve rédigé par Kaizan Nakazato de 1913 à 1930, atteignant les trente volumes bien tassés et poussant le vice jusqu’à être une œuvre inachevée, Le Passage du Grand Bouddha est un texte extrêmement célèbre au Japon. Un feuilleton complexe, multipliant les personnages et les épisodes tragiques dans sa description de la vie des plus tourmentées de Ryonosuke Tsukue, samouraï imbu et brutal, devenant rônin traqué, mais inscrivant sa propre légende grâce à une technique unique au sabre, froide et absolument mortelle. On n’est cependant ici pas tout à fait dans le roman purement populaire, puisque son auteur, socialiste activiste, y insufflait directement ses inquiétudes face à un pays dont la jeunesse semblait perdue, sans repaire devant des autorités en roues libres, laissant la voie ouverte à la montée d’un nationalisme inquiétant. Universitaires, philosophes et intellectuels continuent aujourd’hui encore d’étudier ce texte tandis que les adaptations sont restées elles aussi à la postérité. Si en France on a surtout connu l’imposant Le Sabre du mal avec Toshiro Mifune, de 1953 à 1961 ce n’est pas moins de trois trilogies qui se succèdent à l’écran, sous la direction de Kunio Watanabe, celle de Tomu Uchida et enfin celle de la Daiei confiée dans un premier temps à son nouveau poulain méritant Kenji Misumi.
L’art du samouraï
Un cinéaste passionnant, mais qui effectivement s’est toujours inscrit dans une certaine image de l’artisan appliqué, du metteur en scène au service des studios, acceptant les sagas en séries et les projets impersonnels. Pourtant on le sait, ce dernier à toujours légèrement remanié les œuvres à son image, y apposant sa vision du monde, souvent sombre et intense, esthétique et puissante. Des réflexions politiques nette du Passage du grand Bouddha, il n’en fait pas cas, préférant dresser son premier portrait d’un sabreur à la marge, isolé et solitaire compensant ici son amoralité par ses capacités hors-normes de combattant. Tous ses adversaires le disent, il y a quelque chose de presque surnaturel dans sa technique immobile. Impassible, inaccessible, et pourtant agressif et violent, Ryonosuke Tsukue (magnétique Raizô Ichikawa) est l’anti-héros par excellence annonçant déjà le futur Ogami Itto des Baby Cart, et même une fois devenu aveugle, une version ténébreuse du mythique Zatoichi. Au bord d’une folie meurtrière même comme l’annonce brillamment la superbe ouverture, plan splendide et bucolique du mont Fuji, admiré par une petite fille et son grand-père avant que celui-ci ne se fasse assassiner sans raison (jamais expliquée) par le protagoniste. La première exaction, suivie de bien d’autres qui trace une fois sanglante, parfois incompréhensible pour un personnage qui semble vouloir esquiver à chaque fois les possibles rédemptions qui se dressent sur son chemin.
Le sabreur sur les mers du destin
Excellente idée d’ailleurs de confier à l’actrice Tamao Nakamura trois rôles distincts pour trois films, comme le visage d’une même femme qui reviendrait constamment questionner les choix de cet homme, et souligner sa culpabilité. L’idée est plus ou moins la même avec le personnage de Hyoma Utsugi (la jeune star Daiei Kôjirô Hongô) qui ne cesse de le poursuivre à travers les routes, de le manquer, de le croiser pour un duel bien trop bref, embrassant lui le chemin dit plus noble de la justice vengeresse. Le scénario n’est d’ailleurs pas parfois sans lourdeur et sans répétitions, et cette distance constante avec la figure centrale, difficilement aimable, empêche peut-être au film d’être aussi fascinant que d’autres réalisation de Misumi, mais celui-ci semble sublimer tout de même chaque séquence par son sens du cadrage, la puissance de l’éclairage et la création d’un univers sombre, presque ésotérique, où les affrontements aux sabres tant attendus tiennent plus de la cérémonie macabre, du poème métaphysique que du climax spectaculaire. On note d’ailleurs immédiatement la différence avec l’arrivée de Kazuo Mori (signature prolifique lui aussi sur les Zatoichi) à la réalisation du dernier chapitre, afin de laisser Kenji Mizumi signe le blockbuster pharaonique sur la vie de Bouddha. Un faiseur solide mais nettement plus impersonnel qui tout en s’efforçant de conclure, parfois un peu laborieusement, les divers trames évoquées, délivre une imagerie nettement plus lumineuse, classique et proche finalement de l’idée que l’on se fait d’un film de studio.
Son
Le choix a été porté ici sur un maintien du mono original, simplement glissé sur un DTS HD Master Audio 2.0 plus clair et confortable. Là aussi la restauration a permis de gommer les traces des années, de stabiliser l’ensemble et faire disparaitre toutes les petites saturations et perditions d’autrefois. Solide.
Interactivité
Le Chat qui fume a proposé la trilogie sous la forme d’une édition UHD (épuisée) et d’une édition Bluray. C’est cette dernière qui peut être encore commandée sur le site de l’éditeur. Elle propose le même Mediabook, petit format mais tout en élégance, contenant les deux disques HD ainsi qu’un livret piqué au centre. Celui-ci propose quelques photos des films mais aussi un essai, court mais éclairant, sur le cinéaste Kenji Misumi. L’occasion de replacer ses débuts dans l’industrie, les évolutions des grands studios d’alors et sa place très particulière d’artisan mercenaire à la patte pourtant reconnaissable entre mille.
Sur le premier disque en plus du premier film, on peut aussi visionner un sujet enregistré par Clément Rauger, spécialiste du cinéma japonais, qui en plus bien entendu d’insister sur le travail de Misumi, évoque les origines de la saga littéraire, ses diverses adaptations et bien entendu la trilogie en présence. Un long entretien bourré d’informations.
Liste des bonus
Kenji Misumi, l’auteur derrière le faiseur, livret de 40 pages écrit par Fabrice Arduini, « Métaphysique de la violence » par Clément Rauger (44’), Bandes-annonces.







