LE CRI DES TÉNÈBRES

Cries in the Night – Canada – 1980
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : William Fruet
Acteurs : Kay Hawtrey, Lesleh Donaldson, Barry Morse, Stephen E. Miller, Dean Garbett…
Musique : Jerry Fielding
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 92 minutes
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 14 février 2026
LE PITCH
Heather, 18 ans, va passer l’été chez sa grand-mère, qu’elle n’a pas revue depuis longtemps. Celle-ci vient de transformer sa demeure, située près d’un lac, en maison d’hôtes. Les clients commencent à arriver. Certains disparaissent, tandis que d’autres sont assassinés.
Chambres à louer
Invisible en France depuis sa sortie en VHS chez Scherzo, le très confidentiel Le Cri des ténèbres, connu aussi parfois sous le nom de Funeral Home, refait surface avec une copie exhumée et un bluray dans la collection Angoisse de Rimini Editions. Le témoin d’une belle période pour le cinéma de genre canadien et des efforts appréciables de William Fruet pour le faire vivre.
Si le nom de William Fruet n’est connu que des afficionados du cinéma d’exploitation, sa solide filmographie évoque aujourd’hui la petite parenthèse « enchantée » des années 70/80 dans le cinéma canadien qui grâce à quelques aides d’états vit fleurir de nombreuses petites productions de genres. Il y était souvent question de copier le voisin américain, où alors de se faire passer discrètement pour tel. Le Cri des ténèbres s’inscrit parfaitement dans cette logique dépeignant une petite bourgade de l’Ontario comme une ville typique des USA rurales, laissant très volontairement planer le doute (en particulier avec le look des shérifs locaux) et venant directement s’inscrire dans les prémisses d’un genre à peine naissant : le slasher. Halloween a déjà fait son petit effet et le premier Vendredi 13 s’apprête lui aussi à sortir sur les écrans, mais on est encore loin de la mécanique des meurtres métronomiques. Ici donc quelques clients d’une auberge familiale qui par leurs comportements ou leurs impolitesses semblent indisposer un tueur qui finira par les faire disparaitre du tableau avec une redoutable efficacité. Les meurtres ne sont pas particulièrement nombreux ni sanglants, mais toujours marquant à l’image d’un film très modeste dans sa production, et qui préfère une écriture et une réalisation carrées plutôt que des démonstrations d’esbroufes.
Une entreprise familiale
En vieux briscard du marché bis ayant déjà visité le rape and revenge (The House by the Lake) et l’actioner (Search and Destroy) et s’apprêtant à jouer de la redneckxploitation (Trapped) et du film de grosse bestiole (Spasms), Fruet construit solidement son film, travaillant des cadrages inspirés et précis, s’emparant de ses deux décors principaux (la grande demeure étouffante et une ancienne carrière transformée en lac estival) avec pertinence et glissant même quelques ressorts gothiques (le chat noir, l’idiot du village…) qui ne font jamais tache dans le tableau, y ajoutant plutôt une petite pointe de fantastique. Il dispose surtout une ambiance qui monte doucement crescendo et qui d’une apparence plutôt réaliste sait glisser vers un final plus morbide et baroque qui évoque tout autant le modèle Psychose (tout le monde le voit venir) que le Tobe Hooper de Mortuary. Il faut dire que le sous-sol composé d’un ancien funérarium et la présence d’un cimetière accolé à la propriété est immédiatement évocateur. On peut aussi louer un scénario qui, s’il n’est pas des plus original dans ses révélations et son approche du genre, s’efforce d’éviter les clichés et prend vraiment le temps de crédibiliser ses personnages et de les rendre attachants, en particulier la jeune héroïne Heather et sa gentille mais un peu rustre grand-mère. Leasleh Donaldson (Happy Birthday to Me, Curtains…) alors âgées de seulement 16 ans et Kay Hawtrey apportent aussi beaucoup de justesse et de crédibilité à l’ensemble par leurs interprétations.
Si Le Cri des ténèbres n’a rien d’une révolution dans le film d’épouvante, ni d’un marqueur incontournable dans la naissance du slasher, il n’en avait jamais eu l’ambition. C’est une production finalement plutôt modeste, mais qui justement en devient d’autant plus attachante qu’elle est tout à fait soignée et réussit à distiller un sentiment doucement angoissant, voir dérangeant à moindre frais. Du vrai cinéma d’artisan.
Image
C’est l’américain Shout Factory qui a eu la lourde tâche de restaurer Le Cri des ténèbres. Pas une mince affaire à priori puisque le master HD continue d’être marqué par une lumière pulsée dont l’intensité varie d’une scène à l’autre, quelques instabilités et un piqué le plus souvent assez doux. Un comparatif avant / après aurait été bienvenue pour comprendre les difficultés rencontrer. Cependant l’effort est plus que notable avec des cadres souvent très propres, des couleurs ravivées et quelques passages vraiment très réussis. On notera de belles textures de peaux et des décors intérieurs (en particulier la dernière partie) joliment dessinés.
Son
La prestation sonore nous parait plus compliquée encore avec un écho métallique constant, des dialogues écrasés et un effet de distance qui rend certains dialogues difficilement audibles. Là encore l’éditeur a fait ce qu’il pouvait pour homogénéiser le tout mais la source semblait terriblement abimée. Le doublage français, se montre forcément plus clair mais avec des dialogues qui se détachent totalement d’arrière-plans absents.
Interactivité
Le Cri des ténèbres intègre la collection Angoisse de Rimini Editions avec son digipack trois volets et son fourreau cartonné au design désormais plus que reconnaissable. A l’intérieur, le seul bonus est le fameux livret concocté par l’incontournable Marc Toullec. Il s’y concentre essentiellement sur la carrière bis de William Fruet et évoque ses meilleures réalisations quitte à passer un peu plus vite que d’habitude sur le film en question ici et son tournage. Pas de bonus par contre sur les disques Bluray ou DVD.
Liste des bonus
Le livret « William Fruet, d’auteur à horreur » écrit par Marc Toullec (24 pages).







