TRAQUÉ

The Hunted – Etats-Unis – 2003
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller, Actio,
Réalisateur : William Friedkin
Acteurs : Tommy Lee Jones, Benicio Del Toro, Connie Nielsen, Leslie Stefanson, John Finn, José Zuniga…
Musique : Brian Tyler
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 95 minutes
Editeur : L’Atelier d’images
Date de sortie : 21 avril 2026
LE PITCH
L.T Bonham, ancien instructeur des forces spéciales, vit aujourd’hui dans un endroit reculé des forêts de l’Oregon. Lorsque plusieurs meurtres de chasseurs sont commis dans la région, un agent du FBI lui demande conseil et l’invite sur les lieux du crime. Petit à petit, Bonham pense que ces meurtres ont été perpétrés par l’un de ses meilleurs anciens élèves, Aaron Hallam.
The Last Mission
Dernier film de studio signé William Friedkin largement boudé par le public et la presse, Traqué achevait un divorce en latence depuis les années 80 entre le cinéaste et une reconnaissance de ses œuvres au-delà de French Connection et L’Exorciste. Mais comme la plupart de ses œuvres maudites, Traqué vaut bien entendu beaucoup mieux que sa réputation.
Il faut tout de même reconnaitre que le téléfilm Douze hommes en colère et les entrées tout à fait honnête de L’Enfer du devoir (malgré l’inévitable polémique) avaient quelque-peu redoré sa réputation, lui permettant justement de convaincre la Paramount (alors dirigé en partie par son épouse… ça aide) de lui confier les rênes d’un petit scénario aux airs de série B. L’histoire d’une chasse à l’homme entre un ancien soldat spécialisé dans les blacks ops et les assassinats, et son ancien instructeur. Des réminiscences évidentes du premier Rambo travaillant à l’économie, réduisant les personnages secondaires à la partie congrue (limite inutile, dommage pour Connie Nielsen), et se consacrant uniquement à se face-à-face de la forêt touffu du nord-américain à la jungle urbaine transformée en terrain de jeu pour survivalistes post-traumatiques. Simple, direct, un petit actionner couillu, mais que Friedkin va emporter vers des rives nettement plus sombres et ambiguës. Véritablement passionné par la figure de Tom Brown Jr, qui a directement inspiré le personnage joué par Tommy Lee Jones, et ayant envisagé lui-même quelques années plus tôt d’adapter son autobiographie à l’écran, il le fait engager comme conseiller technique et instructeur pour les acteurs.
Deux hommes dans la boue
L’action hollywoodienne fait ainsi désormais place à une approche nettement plus réaliste, où les traques s’étirent en pleine nature, où les personnages s’efforcent de se fondre parmi les arbres, et où les affrontements, rapides et nerveux, ne cherchent jamais la flamboyance et l’extraordinaire, mais plutot la beauté du geste, l’implacable efficacité. Les impacts font mal, les armes sont rudimentaires, les lames transpercent les chairs pour tuer, les regards sont froids et les duels, dès lors inévitablement marquantes, brutales. La violence chez Friedkin n’est jamais embellie, jamais célébrée, mais scrutée avec une honnêteté troublante. D’autant plus ici qu’elle est renvoyée dans la gueule de L.T Bonham, ancien instructeur des forces spéciale, qui avoue n’avoir jamais eu à tuer qui que ce soit lui-même. Tel Frankenstein il est obligé de poursuite sa création, jouée par un Benicio Del Toro habité, définitivement abimé par la guerre (la violence de l’ouverture place la barre assez haute), devenue une machine à tuer et ne quettant finalement plus que sa propre mort entre les mains de celui qu’il considère comme un père. Outre la trajectoire humaine dévorée par la culpabilité, par quelques notes Friedkin réussit même à élever le propos par une allégorie de l’instrumentalisation des fils de la nation pour des causes militaires et politiques obscures.
Une œuvre forte, une œuvre tendue, mais qui effectivement ne révèle pas tous ses atours immédiatement, acceptant de se faire passer pour un film d’hommes bas du front (le parodiste Mozinor s’en est donné à cœur joie). Beaucoup passèrent à coté et Friedkin définitivement grillé et lui-même désabusé se tournera dès lors vers des projets nettement plus modestes mais là, aux qualités absolument indéniables : Bug, Killer Joe (chef d’œuvre !) et L’Affaire de la Mutinerie du Caine.
Image
Uniquement distribué en DVD chez nous, Traqué passe enfin le cap de la HD en France avec au passage une sortie directement en combo 4K. Un nouveau master produit par Kino Lorber, sans véritablement d’informations très complètes sur le sujet, mais qui aboutit en tout cas à une copie d’excellente facture. On pourra regretter, même sur support UHD, quelques plans ou la définition aurait pu être plus poussés encore et d’autres où le piqué semble encore sur sa réserve, mais clairement les cadres sont parfaitement propres, stables et très fins dans leur restitution. Les teintes surtout retrouvent toute leur force avec des noirs particulièrement profonds, et des variations de verts et de dégradés terreux qui ajoutent clairement à l’aspect sauvage du film. Très solide.
Son
Pas de Dolby Atmos, ici comme ailleurs, mais les pistes DTS HD Master Audio 5.1 sont tout à fait généreuses et musclées. Les ambiances guerrières autant que les (faux) longs silences dans la forêt sont parfaitement incarnées et soulignent l’intense tension qui habite le métrage. La préférence va toujours à la version originale, portée par de brillants acteurs et une captation plus naturelle, mais la version française est tout à fait honorable.
Interactivité
L’Atelier d’image reprend une bonne partie des suppléments déjà croisés sur l’ancien DVD collector avec un making of chapitré un peu trop promo mais pas inintéressant, se tournant vers le conseiller en survie du film ou vers un final spectaculaire improvisé par Friedkin, quelques scènes coupées sur la traque dans la forêt ou caractérisant un peu mieux les deux policiers et surtout un commentaire audio passionnant servi par un réalisateur toujours aussi passionnant qui explore la production de son film mais n’hésite jamais non plus à y apposer un vrai regard critique.
Pour cette nouvelle sortie l’éditeur ajoute tout de même une présentation inédite enregistrée par Philippe Guedj qui s’efforce de redorer le blason d’un film boudé à sa sortie, trop souvent comparé à Rambo et qui repose essentiellement sur sa mise en scène.
Liste des bonus
Commentaire audio de William Friedkin (VOST), « Un pur film de mise en scène » : Présentation du film avec Philippe Guedj (26’), « Au coeur de Traqué » : 4 reportages (32’), Scènes coupées (10’), Bande-annonce.







