STALAG 17

Etats-Unis – 1953
Support : Bluray & DVD
Genre : Guerre, Drame
Réalisateur : Billy Wilder
Acteurs : William Holden, Don Taylor, Otto Preminger, Robert Strauss, Harvey Lembeck, Richard Erdman, Peter Graves…
Musique : Franz Waxman
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 120 minutes
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 3 juin 2026
LE PITCH
Durant la seconde guerre mondiale dans le Stalag 17, deux prisonniers tentent de s’évader mais sont abattus. De plus, les Allemands découvrent l’existence du tunnel par lequel les autres prisonniers devaient s’évader. Il y a donc un traître parmi les détenus, Sefton, un officier magouilleur et adepte du marché noir, est soupçonné…
Wilder’s Heroes
Maitre de la comédie (Certains l’aiment chaud, La Garçonnière) et du film noir (Assurance sur la mort, Boulevard du crépuscule), Billy Wilder aura aussi signé le premier film sur les camps de prisonnier durant la Seconde Guerre Mondiale. Pas tout à fait un film de guerre, pas tout à fait une comédie ou un récit d’évasion, Stalag 17 est un film en mouvement constant, comme pour mieux accompagner l’instinct de survie de ses protagonistes.
Protagonistes car il n’y a pas vraiment de héros dans Stalag 17, œuvre chorale où même les seconds rôles les plus anodins, comme le narrateur de l’histoire, jeune homme assez timide et effacé, ont tous une présence, une particularité à l’écran qui les fait exister. Il y a bien entendu les deux trublions du cabanon qui passent leur temps à faire les clowns ou trouver des astuces pour se rendre dans le camps des femmes russes comme dans les futurs college comedy, l’immense Otto Preminger qui vient jouer le chef de camps aux bottes toujours bien brossées, et on reconnait même le débutant Peter Graves (Mission : Impossible), classieux dans son blouson de pilote comme échappé d’un film de propagande US, mais le personnage principal reste le Sergent J.J. Sefton joué par William Holden. Un rôle prévu au départ pour Charlton Heston mais que ce dernier refusa car pas assez positif… Holden lié par contrat à la Paramount n’ut pas ce luxe et ne cacha jamais son regret et ce malgré un prix d’interprétation aux Oscar. Effectivement ce Sefton est un personnage égoïste, petit malin n’hésitant à se livrer au marché noir avec les Allemands, à piquer les cigarettes de ses compagnons en les poussant au jeu ou à afficher un fatalisme pragmatique lorsque les autres espère toujours s’enfuir du camp ou voir les alliés gagner la guerre. Froid, distant, pas toujours sympathique, il reflète à merveille cette figure si chère à Billy Wilder de l’individualiste franc, de l’homme prisonnier d’un monde (ici doublement) qu’il n’a pas choisi mais dont il va s’emparer de toutes les armes pour tracer son chemin.
Passer sous les barbelés
Si la première moitié du métrage, malgré une description ultra réaliste pour l’époque de la vie quotidienne dans les camps d’officiers, reste en grande partie tourné vers une évocation légèrement fantasmée, alternant les divers plans d’évasions et les entourloupes dans le dos des Allemands, avec les moments de pure drôlerie (mention spéciale à la scène où les soldats US tous affublés d’une petite moustache clamant avoir enfin été convaincus par le nazisme), Stalag 17 se fait forcément rattraper par la dure réalité et se teinte par la suite d’accents plus noirs. L’un des leurs se fait capturer et est menacé d’être envoyé à Berlin, tandis qu’une taupe se cache parmi la troupe… et tous les regards se tourne vers Sefton. Wilder montre parfaitement comme ce cadre exiguë et presque unique du baraquement 17 et les diverses manipulations de l’ennemi allemand, poussent rapidement les hommes de bien à trébucher, à glisser dans la paranoïa et une certaine violence, laissant le véritable traitre dans l’ombre. Des petits airs de whodunnnit pour une œuvre à l’élégance constance, à la justesse d’interprétation évidente, maniant une mise en scène discrète mais habile, fine et précise, qui appuie constamment sur le drame humain et vient justement questionner cette notion bien galvaudée de l’héroïsme. Dans Stalag 17, sans doute comme dans la vie aussi, il n’est jamais là où on l’attend et surtout jamais du coté de ce qui le clame. Le grand metteur en scène Billy Wilder qui avait lui-même fuit l’Autriche et l’Allemagne pour échapper au nazisme en savait quelque chose.
Avec une bonne humeur presque constante, un superbe sens du décalage et une ironie qui ne verse jamais dans le cynisme, Stalag 17 parle admirablement de ces moments cathartiques de l’Histoire où les hommes se révèlent. Le film sera le plus gros succès de Wilder à la Paramount et lancera une mode nouvelle de films d’évasion, avec en écho plus lointain une certaine série nommée chez nous Papa Schultz qui bien entendu perdra son procès en plagiat contre les auteurs de la pièce originale.
Image
On retrouve sur support Bluray la plutôt récente copie 4K du métrage (proposée en UHD aux USA), portée par un admirable travail de restauration permettant de redécouvrir le film presque entièrement débarrassé des scories du temps et des anciennes instabilités. Quelques cadres parfois légèrement tremblotants, quelques restes de traces, mais cela reste très léger et discret surtout à coté du soin accordé à la restitution du grain, vibrant et organique, et aux superbes reflets argentiques du noir et blanc. On retrouve véritablement le film tel qu’il était à l’origine, très loin des transferts trop fades et abimés qu’on lui a longtemps connu.
Son
DTS HD Master Audio 2.0 pour tout le monde. Le mono de la version originale est forcément le plus ferme et le plus net avec un certain naturel dans les échos et l’énergie générale. Le doublage français est cependant d’excellente qualité, avec une interprétation solide et un mixage qui n’écrase pas trop les arrière-plans.
Interactivité
L’édition de Rimini reprend comme il se doit les deux segments déjà croisés à l’époque du DVD soit une featurette rétrospective sur la production du film avec de nombreuses informations sur l’adaptation, la direction d’acteurs, la personnalité de Wilder mais aussi de nombreuses anecdotes bien réjouissantes, et un document un peu ronflant, mais important, autour des témoignages de véritables survivant du fameux camp de prisonniers.
A ces archives, l’éditeur français ajoute une nouvelle conversation entre Mathieu Macheret et Frédéric Mercier, déjà présents sur les titres précédents de Wilder chez le même éditeur, qui évoquent l’aspect incontournable, pivot, du métrage, dans l’exploration des thématiques chères au cinéaste, décortiquent son agencement de genre et son intérêt pour les personnages moralement complexe. Une vraie conversation de cinéphiles.
Liste des bonus
Le livret « À la guerre comme à la guerre » rédigé par Marc Toullec (24 pages), Conversation entre Mathieu Macheret, critique cinéma au Monde et Frédéric Mercier, critique cinéma à Positif (32’), « Stalag 17, de la réalité à l’écran » : Témoins et biographes évoquent la réalisation du film (22’), « Les Véritables héros du Stalag XVII B » : Témoignages d’anciens prisonniers du Stalag XVII B (25’).







