LA CRÉATURE

La Criatura – Espagne – 1977
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Eloy de la Iglesia
Acteurs : Ana Belén, Juan Diego, Claidia Gravy, Ramón Repáraz, Manuel Pereiro…
Musique : Victor Manuel
Image : 1.85 16/9
Son : Espagnol LPCM 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 100 minutes
Éditeur : Artus Films
Date de sortie : 16 juin 2026
LE PITCH
Alors que son couple est en crise, Cristina parvient à tomber enceinte après trois années de tentatives. Mais son agression par un berger allemand provoque une fausse couche. Ayant du mal à s’en remettre, elle adopte un chien, de la même race que son agresseur, lui donnant le prénom de l’enfant qu’elle a perdu. Pendant que Marcos, le mari, s’active pour sa carrière, Cristina entame une relation passionnée pour le moins étrange avec son chien.
La bella y la bestia
Toujours attiré à l’écran pour les relations troubles et les sexualités dites déviantes, Eloy de la Iglesia abordait avec La Créature une histoire d’amour hors normes entre une femme et un chien. Un pitch douteux pour un drame politique à la tonalité déstabilisante.
Entre sa célèbre période quinqui (sur les jeunesses délinquantes du pays) et ses débuts en grande partie tournés vers les films d’exploitation comme le fameux Cannibal Man, Eloy de la Iglesia va tourner trois films pivots qui se confrontent directement à l’état politique de son pays : La Créature, Le Député et Le Prêtre. Si les trois partagent de même liens étroits avec une représentation assez crue de la sexualité, ils sont surtout les témoins directs des bouleversements de l’Espagne dans les premières années de l’après Franco, ouvrant la voie à un pays plus libre en apparence mais toujours tiraillé par son lourd passé et par une monstruosité qu’il n’a jamais été totalement digérée. La Créature n’avait d’ailleurs pas vocation au départ à faire échos aux hésitations idéologiques de la nation, le scénario de Enrique Barreiro prenant effectivement la direction exclusive d’un drame moderne du couple, où l’apparition de la fameuse bête venait surtout révéler la gêne et la distance s’installant entre l’homme et la femme.
A la niche Franco !
De la Iglesia y ajouta justement l’appartenance politique de Marcos, présentateur populaire de la nouvelle télévision poubelle (les années 80 ne sont pas loin), de plus en plus attiré, voir partie prenante, au sein d’un mouvements réactionnaire. Un homme de l’ancien temps en sommes, ne percevant les femmes que comme des objets, sexuels ou pas, misant tout sur sa virilité et un besoin de contrôle sur l’ordre familial. L’attirance de plus en plus manifeste de Cristina (la star de la chanson Ana Belén) pour ce chien sortit de nulle part renvoie à cette idée posée récemment à de nombreuses femmes : « en forêt vous préférez être face à un homme ou un ours ? » En l’occurrence, elle préfère largement partir avec un chien plutôt que de rester avec un abrutis facho. Le réalisateur n’a jamais caché ses opinions politiques, ni même ses tendances à l’humour toujours très noir, il scrute avec un certain sadisme la déstabilisation du mâle face à l’invasion progressive de ce concurrent inattendu. Il sait aussi s’appuyer sur les ellipses, les sous-entendus et les métaphores sans équivoque, pour donner corps à une relation forcément très douteuse et discutable sur le papier, mais jamais malsaine à l’écran. De fils de substitution à ami fidèle puis amant, la place et la personnalité de l’animal distille aussi une sensation de fantastique flottant qui se frotte régulièrement à cette notion de monstruosité. Là où le mari continue à s’enfoncer dans le déni de l’histoire, la femme elle accepte pleinement la sienne jusqu’à un happy end à l’ironie mordante, comme un écho lumineux à celui de Rosemary’s Baby.
La Créature bazarde la question de la moralité (toujours établie par l’oppresseur chez de la Iglesia) pour une démonstration jusqu’au-boutiste de l’émancipation féminine et de la libéralisation de l’Espagne. Une fable buñuelienne au surréalisme plein de vérités.
Image
Artus Films a récupéré la copie restaurée il y a deux ans par les talentueuses équipes de Severin Films. D’où sans doute une légère surprise à la découverte d’un master qui a manifestement subi de nombreuses retouches numériques et quelques gommages. Le rendu général peut paraitre sans doute un peu trop lisse, et surtout avec une curieuse absence quasi-totale de grain. Le travail a pourtant été effectué à partir d’un scan 2K des négatifs. Étrange donc, mais il faut reconnaitre aussi à la copie de très belles qualités comme des cadres extrêmement propres et stables, une définition très solide et des couleurs bien vives, contrastées et typiques de cette fin des 70’s.
Son
Le mono espagnol d’origine fait parfaitement le job avec un rendu très propre, clair et bien entendu frontal et direct. Rien à redire.
Interactivité
Artus Films continue son exploration de la filmographie d’Eloy de la Iglesia et propose La Créature dans un nouveau digipack deux volets avec fourreau. Les disques DVD et Bluray y sont bien rangés avec à leur bords deux interventions complémentaires. Le réalisateur Gaspard Noé vient nous dire tout le bien qu’il pense du cinéma du monsieur au gré de ses découvertes en vidéo ou en festival et s’attarde bien entendu plus longuement sur le film en présence, dont le sujet et l’étrangeté en fait à la fois un film à part et sans doute l’un de ses plus réussis. Plus classique, le critique Marcos Uzal explore les origines du métrage, les apports du cinéaste pour l’adaptation à l’écran (et en particulier une teneur politique arrivée sur le tard) et fait un petit détour bien mérité sur la carrière d’Ana Belén.
Liste des bonus
« La Belle et la bête » : Présentation par Marcos Uzal (27’), « Un objet unique du cinéma » : Présentation par Gaspar Noé (20’), Diaporama d’affiches et photos (1’).






