LE VAURIEN : L’INTÉGRALE

無頼より 大幹部 + 大幹部 無頼 + 無頼非情 + 無頼 人斬り五郎 + 無頼 黒匕首 + 無頼・殺せ – Japon – 1968/1969
Support : Bluray
Genre : Action, Drame
Réalisateur : Toshio Masuda, Keiichi Ozawa, Mio Ezaki
Acteurs : Tetsuya Watari, Chieko Matsubara, Mitsuo Hamada, Ryohei Uchida, Chokage Ogi, Kei Sato…
Musique : Naozumi Yamamoto, Harumi Ibe, Koichi Sakata
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 94, 97,92,87,86 et 86 minutes
Editeur : Roboto Films
Date de sortie : 21 mai 2026
LE PITCH
Après avoir passé 3 ans en prison, Goro, jeune yakuza respectueux d’un code d’honneur en désuétude, cherche à prendre un nouveau départ. Sa rencontre avec la belle Yukiko renforcera sa volonté, mais les liens avec la pègre ne se coupent pas si facilement…
Contes cruels de la jeunesse yakuza
Roboto Films présente pour la toute première fois en France l’intégralité de la saga du Vaurien. Un jalon incontournable du cinéma yakuza porté par le charismatique Tetsuya Watari (Le Cimetière de la moral) qui scrutait avec un regard nouveau, moderne et lyrique, un monde criminel de plus en plus éloigné de sa noblesse, figurée, d’antan.
C’est comme souvent en perte de vitesse et en grande difficulté financière que la Nikkatsu imagine renouveler le sacro-saint film de yakuza en l’abordant par le biais de cette jeunesse tumultueuse qui fait de plus en plus parler d’elle. Cela tombe bien, un certain Goro Fujita, yakuza repenti et désormais journaliste, vient de sortir son autobiographie et y décrypte par le menu la véritable brutalité du milieu, les sacrifices absurdes fait sur l’autel de l’honneur et surtout une certaine idée du déterminisme social qui pousse justement les jeunes gens issus de milieux défavorisés dans les bras du gangstérisme. Le premier film s’ouvre sur le lourd passé du protagoniste, fils de prostitué ayant vu sa mère puis sa petite sœur mourir de « pauvreté » devant lui, ne trouvant comme moyen de survie que d’accepter son destin annoncé de délinquant. Cette idée d’un chemin tout tracé, inextricable et qui reviendra toujours se rappeler auprès d’un protagoniste qui s’efforce de mettre de plus en plus de distance entre lui et le milieu, est constamment au cœur de ces six films.
Pris au piège
La notion même de série, dont tous les opus ont été tournés en à peine plus d’un an et utilisant d’un pool d’acteurs récurrents dans différents seconds rôles, appuie justement cette notion de répétition inlassable. Le plus probant, et le plus fascinant, à ce sujet est la présence à chaque fois à l’affiche de la superbe Chieko Matsubara (qui jouera en couple plus de vingt fois avec Watari, à commencer sur Le Vagabond de Tokyo), pour incarner le rôle de la dulcinée du héros, mais en dehors du second Le Retour du Vaurien, toujours avec une identité différente. Goro semble ainsi hanté constamment par cette image d’une histoire d’amour impossible, renvoyant la jeune femme à sa liberté pour l’épargner, ratant le rendez-vous attendu à cause d’une blessure le laissant pour mort ou tout simplement assistant à sa mort à elle accidentelle. Le cinquième long métrage, La Vengeance du vaurien, jouera même consciemment sur cette idée en faisant de la nouvelle Shizuko, jolie infirmière qui déteste les Yakuza, une sorte de sosie d’une Yuri abattue dans la scène d’ouverture. Goro est voué à revivre éternellement les mêmes tragédies, que ce soient les jeunes disciples qui se feront inévitablement exécutés juste avant leur fuite, les anciens « aniki » tiraillés entre sacrifices et trahison et Goro lui-même dont tout passage dans la vie « normale » sera inévitablement sanctionné, anéanti dans un affrontement massifs terminal, couteaux à la main, qui vient à chaque fois clore les films.
Le souffle de la jeunesse
Il est loin le temps où le code yakuza était célébré, dépeint comme le dernier terreau des valeurs chevaleresques, les métrages montrant avec une gradation bien visible d’une cruauté inutile et aveugle de plus en plus prégnante, en particulier envers les innocents. Le point culminant est cependant atteint à ce niveau là dans le plus désespéré Mélodie pour un vaurien (4eme opus) où le terrible viol d’une jeune fille devant son prétendant passé à tabac, leur fuite désespérée et leur suicide restent particulièrement traumatiques. Il faut dire que Le Vaurien s’écarte bien entendu de la mise en scène théâtralisé et ultra codifiée d’autrefois pour s’engouffrer dans une énergie plus moderne, une exploration plus fiévreuse et brute des bas-fonds d’une société japonaise qui s’apprête à embrasser un nouveau boum économique. Goro, héros au grand cœur, toujours honorable, prêts à défendre les plus faibles (les femmes donc) et ainsi prompte à un certain héroïsme n’a pas forcément encore la carrure torturée des futurs sacrifiés de thriller sanglants de Shinji Fukuzaku, mais il leur pave clairement le chemin. En particulier dans l’ultime Tue, Vaurien, Tue ! qui délaisse totalement le récit flashback (autrefois l’action se situait en début de décennie) pour absorber totalement le pouls de la fin des années 60. Entre une mise en scène plus sèche, des cadavres largement inspirés par l’esthétique du western, une virée psychédélique en boite de nuit et une violence plus centrale que jamais, le chant du cygne du Vaurien ne conclue certainement pas le chemin de croix de Goro, mais concrétise la transformation du genre lui-même.
Grand jalon du cinéma yakuza et démonstration de maitrise de la grande maison Nikkatsu, les six films qui composent la série Le Vaurien, signés par les très bons artisans de studios Toshio Masuda (Fin du monde : Nostradamus an 2000, Yamato Le Cuirassé de l’espace), Keiichi Ozawa (quatre des six films à son actif) et Mio Ezaki (la série culte Wild 7), gardent une saveur particulière, jouant de ses répétitions avec une certaine intelligence et capturant véritablement l’âme du époque et de sa jeunesse par le visage de Tetsuya Watari.
Image
Disponibles depuis 2016 sur le marché anglais et américain, les masters des six opus de la série Le Vaurien ont été produit directement par la Nikkatsu à partir de sources vidéo internes, mais un peu datées. Les films n’ont pas été restaurés à la source comme il se doit (pas de scans des négatifs donc) mais bien via un transfert intermédiaire qui, naturellement, comporte son petit lot des points blancs, restes de tâches, légères griffures et autres petites sautes visibles lors de certains changements de plans. Des défauts plus marqués sur le premier film et qui ont tendance à s’effacer légèrement peu à peu, mais qui avec des scènes nocturnes un peu neigeuses et aplaties resteront la norme tout du long. Des copies qui ont un peu vieillies mais qui n’en sont pas déméritantes pour autant, la définition est la plupart du temps bien tendue, les cadres restent assez propres et préservent la suavité de la photographie et de la pellicule avec, entre autres, des couleurs joliment contrastées.
Son
Les pistes sonores laissent elles aussi échapper quelques petits moments de faiblesses, entre les légères saturations et des distorsions notables, mais les mixages DTS HD Master Audio leur offre tout de même une assez belle présence. Les dialogues sont clairs, les bruitages incarnés et les quelques musiques jazzy et mélos typiques de l’époque s’imprègnent efficacement dans l’ambiance générale.
Interactivité
Roboto propose à nouveau un très joli coffret avec un coffret cartonné solide recueillant un digipack trois volets, des reproductions de photos façon cartes postales et un livret plutôt dense regroupant une analyse des films au travers des codes de la culture yakuza et leurs homologues de cinéma, par le biais du duo culte Tetsuya Watari, Chieko Matsubara et enfin un rapprochement du dernier opus avec le néoréalisme italien et la nouvelle jeunesse de la fin des années 60.
Les films sont regroupés par deux sur trois bluray avec pour le dernier une intervention vidéo de de Stéphane du Mesnildot. Ce dernier propose un regard transversal sur les six films, resituant ces derniers dans la petite histoire du genre mais aussi la carrière de l’acteur star, délimitant l’univers machiste et romantique des yakuza.
Liste des bonus
6 reproductions de photos d’exploitation, Le livret avec des essais de Pauline Martyn, Mohamed Bouaouina et Stéphane du Mesnildot et photos d’exploitation (28 pages), « Le Vaurien » par Stéphane du Mesnildot (27’), Bandes-annonces.







