LES ASSOCIÉS

Once a Thief / 縱橫四海 – Hong-Kong – 1991
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Action, Comédie
Réalisateur : John Woo
Acteurs : Chow Yun-Fat, Leslie Cheung, Cherie Chung, Kenneth Tsang, Kong Chu…
Musique : Violet Lam
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonnais et Français DTS Master Audio 1.0 et 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 108 minutes
Editeur : HK Vidéo
Date de sortie : 7 août 2026
LE PITCH
Joe, Jim et Cherie, trois as de la cambriole élevés ensemble à Hong Kong par un père adoptif cruel, sont victimes lors d’un séjour en France d’un coup monte ou Joe perit. Inconsolables, Jim et Cherie retournent à Hong-Kong ou ils deviennent amants. Il se heurtent alors une nouvelle fois à leur père adoptif, plus méchant que jamais.
Vol à la tire
Film de relais entre le nihiliste Une Balle dans la tête et l’apocalyptique A toute épreuve, Les Associés est généralement considéré comme un film mineur dans la carrière du grand John Woo. Ce n’est pas faux, mais ce divertissement léger et charmeur aux airs de virée touristique sur les côtes française ne manque certainement pas de charmes.
Même s’il en signera cinq ans plus tard un remake sous la forme d’un pilote de série (nommée Les Repentis chez nous), John Woo n’a jamais vraiment caché son désintérêt notable pour le film Once a Thief. Un projet de longue haleine cependant là encore, voulu comme un hommage cinéphile au Jules et Jim de François Truffaut et à une certaine école américaine, La Main au collet avec Carry Grant en tête, que le cinéaste dû mettre de côté plus d’une fois avant de le ressortir comme proposition pour compenser l’échec terrible de son personnel, mais anti-commercial, Une Balle dans la tête. Une manière de réviser son image auprès du grand public et de renflouer les caisses de producteurs qui avaient perdus beaucoup avec son opus précédent. Woo accepte alors d’appuyer sur les contours comédies de son scénario, même si justement il pensait avoir définitivement dis au-revoir au genre après sa renaissance stylistique du Syndicat du crime. Tournage express pour assurer une sortie pour le nouvel an chinois, casting de stars bien connues de la maison pour favoriser le succès, tournage partiel en France (Nice plutôt que Paris et le Louvre) pour affirmer l’exotisme de l’entreprise, Les Associés a vraiment tout de la commande où il faut à la fois délivrer des séquences purement comiques, et ici parfois relativement poussives avec un Chow Yun-Fat cabotinant à mort, un soupçon de romantisme désuet bien entendu ménager les attentes des fans par des scènes d’actions, certes plus en retrait, mais bien évidement indispensables.
Le contrat
Le film mélange les genres, semble même passer du coq à l’âne d’une séquence à l’autre, gommant un peu bêtement les éléments les plus mélodramatiques (la fausse-mort de Joe, la perte de ses jambes, le bouleversement du triangle amoureux…), par la pantalonnade avec en particulier un épilogue bien crétin et caricatural. Comme l’avoue John Woo lui-même, Les Associés manque de cohésion, de logique et d’une identité plus ferme. Il reste cependant un divertissement tout à fait sympathique, porté avec énergie par un trio d’acteurs charmeurs au possible, Chow-Yun Fat donc, mais aussi Leslie Cheung (son partenaire dans Le Syndicat du crime) et Cherie Chung (sa partenaire dans An Autumn’s Tale ou Wild Search) et par un réalisateur qui ne prend pas son retour au statut de « mercenaire » à la légère. On le reconnait dans l’exploration récurrente des thèmes de l’amitié / fraternité, dans la double figure paternel (le criminel et le flic attentionné), dans la notion sous-jacente d’un rôle de voleurs imposé par le destin, mais aussi lorsqu’il signe des séquences de cambriolage tout à fait réjouissantes par leur élégance et leur esprit virtuosité à l’ancienne ou livre un joli tango mêlant pickpocket, enjeux amoureux et trame dramatique.
Le grand final du film et son gunfight spectaculaire en diable est peut-être le moment où le film réussit le mieux la synthèse de sa schizophrénie transformant peu à peu ce grand moment de tension en véritable délire ludique où Chow Yun-Fat se met à singer Bruce Lee, assomme les ennemis avec une canne à pêche, où les grenades tombent du ciel, les méchants balancent des cartes comme les Cat’s Eye et où les glissades sur le sol, les flingues bien dresssés, se font sur un skate… Ce n’est pas The Killer pour sûre mais il y a dans cette esprit gamin un certain panache aussi.
Image
Aucune baisse de régime annoncée, les grandes restaurations des classiques perdus de l’âge d’or HK se poursuivent avec un dispositif toujours aussi impressionnant. Les Associés a donc profité comme il se doit d’un nouveau scan 4K des négatifs 35mm, suivi d’une restauration d’envergure faisant disparaitre les moindres traces des années et les nombreuses taches, griffures et autres spots dus à une industrie peu précautionneuse à l’époque. Le rendu est admirable avec une image parfaitement nette, efficacement creusée, finement détaillée, qui certes trébuche légèrement pour un ou deux plans (sans doute zoomés ou retouchés en post-prod) légèrement plus plats et plus floconneux, mais qui vient constamment soutenir le grain d’origine, bien organique et naturel, et surtout une colorimétrie ravivée. On est loin des rendus fadasses d’autrefois, ici le film se pare de bleus électriques, d’intérieurs chauds et de ciels méditerranéens solaires.
Son
La piste mono d’origine assure un confort d’écoute renouvelé avec un nettoyage et un travail de stabilisation évidents qui permet de profiter pleinement d’un mixage sonore peut-être un peu plus sophistiqué que les autres divertissements de ce type de l’époque. Les dialogues sont centraux mais déjà une certaine dynamique était à l’œuvre. Cela parait forcément plus clair avec le DTS HD Master Audio associé, développant assez efficacement les ambiances et les effets de profondeur, sans jamais dénaturer le métrage. Le doublage français, pas toujours très convaincant comme c’est souvent le cas pour les films HK, profite de deux pistes assez équivalentes même si un poil plus écrasées.
Interactivité
Point final temporaire de la phase « John Woo » dans le revival de la collection HK Vidéo avec Les Associés qui comme les autres films du cinéaste est proposé dans un très beau coffret cartonné solide tout de blanc vêtu. A l’intérieur le digipack combo UHD / Bluray est bien rangé au coté des désormais habituelles reproductions de photos, de l’affiche et de l’indispensable livret. Outre un retour sur la restauration du film et quelques photos (dont une issus d’une scène coupée) ce dernier propose une courte interview de John Woo sur sa relation avec le producteur Terrence Chang et un texte analytique, original et intéressant, sur Les Associés essentiellement abordé par son traitement de l’art (peintures, installations, classique vs moderne) à l’écran.
Du coté des disques on ne peut que regretter l’absence des compères de l’ancienne revue HK Video, manifestement peu inspirés par le film en question, mais le défilé d’interview produites par Shout ! est bel et bien là avec un John Woo qui n’hésite pas à décrire un film tourné « pour se refaire » et qui surtout ne l’a jamais vraiment satisfait et un David Wu qui évoque sans détour ses multiples casquettes sur le projet (de monteur à réalisateur de seconde… voire première équipe). De leurs côtés, le producteur Terence Chang, le scénariste Clifton Ko et le directeur photo Poon Hang-sang distillent quelques anecdotes autant sur la gestation du film, le tournage, les variations de ton mais aussi plus généralement leurs collaborations avec Woo et ses méthodes de travail. Les menus contiennent aussi une nouvelle présentation classique mais informative signée Grady Hendrix pour la série « Hong-Kong Confidential » et un détour par la carrière et l’aura de Leslie Cheung par le critique Frank Djeng. Cela reste tout de même assez complet.
Liste des bonus
Le livret, Reproductions de photos d’exploitations, Affiche, Hong-Kong Confidential (8’), Interviews de John Woo (24’), Poon Hang-Sang (27’), Clifton Ko (21’), David Wu (10’), Terence Chang (8’), Frank Djeng (17’).







