DRACULA 3D

Italie, France, Espagne – 2012
Support : Bluray
Genre : Horreur, Fantastique
Réalisateur : Dario Argento
Acteurs : Thomas Kretschmann, Marta Gastini, Asia Argento, Unax Ugalde, Miriam Giovenlli, Rutger Hauer…
Musique : Claudio Simonetti
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 5.1 et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 109 minutes
Éditeur : Extralucid Films
Date de sortie : 19 mai 2026
LE PITCH
Transylvanie, 1893. Une photo de Mina et Jonathan prise le jour de leur mariage déclenche l’irrésistible convoitise du comte Dracula, qui voit en Mina la réincarnation de sa bien-aimée morte quatre cents ans plus tôt. Avec la promesse d’un emploi en qualité de bibliothécaire pour Jonathan, le comte parvient à faire venir le couple dans son château situé dans le village de Passburg.
Demi-mort
Véritable punching-ball des cinéphiles et admirateurs de Dario Argento, Dracula 3D tend le bâton de la médiocrité pour se faire battre. Pourtant, si on écarquille bien les yeux, on peut y déceler quelques éléments démontrant que le cinéaste italien remue encore…
Cette nouvelle adaptation de Dracula par Dario Argento a déjà beaucoup fait parler d’elle. Présenté au Festival de Cannes en 2012, le film encaisse depuis un dédain critique dans la lignée des dernières œuvres de l’auteur de Suspiria. On aura tout entendu de négatif sur le sujet, souvent à juste titre, tant ce nouvel essai de réhabilitation du maître de l’horreur transalpine affiche des défauts assez ahurissants (évacuons d’emblée le manque d’ampleur de la mise en scène, les effets numériques catastrophiques, l’interprétation très limite, le rythme pépère de l’ensemble…). Pour autant, Dracula n’est pas le pire des derniers opus d’Argento, Mother of tears et Giallo étant nettement plus problématiques et embarrassants. Avec beaucoup d’indulgence, on peut même y trouver quelques qualités. Si, si… Alors on met la sulfateuse à la gâchette facile de côté, et on s’efforce de positiver…
Entre présomption et modestie
Premier aspect notable, Argento ne revisite plus sa gloire du passé, et c’est une bonne chose. Pas de trace ici de tueur aux mains gantées, ni de ritournelles obsédantes, pas plus de fantastique lié à la mythologie des trois Mères. Le cinéaste s’attache à revoir l’un des récits gothiques les plus célèbres et les plus transposés au cinéma. Argento fait amende honorable du passé et s’applique à donner sa vision du mythe de Dracula en en respectant tout de même les principaux codes (pas tous, certes, mais quand même…) Mine de rien, ce choix que l’on peut considérer à la fois comme présomptueux mais également humble, c’est selon, peut témoigner d’un possible désir du réalisateur de ne plus se mettre en avant, de mettre de côté l’auto-citation plombante de ses dernières œuvres, afin de se ranger au service de l’histoire qu’il adapte. Un constat automatiquement contrebalancé par la présence du nom du cinéaste accolé au titre du film, mais un choix que l’on attribuera plus volontiers au département marketing du projet. Car sur un plan strictement artistique, on est en droit de relever l’orientation nettement plus modeste de l’entreprise. Un projet qui évoque davantage la précédente adaptation du Fantôme de l’Opéra d’Argento que tout autre œuvre de sa filmographie.
Dario remue encore…
Cette nouvelle version de Dracula s’inscrit également dans une volonté manifeste de rendre hommage au classicisme gothique des productions Hammer. Après l’adaptation magnifique mais très libre de Francis Ford Coppolla en 1992, après les dérivés nawakesques produits par Wes Craven (Dracula 2000 and co) et l’approche lénifiante des Twilight, ce retour aux sources de ce qui a forgé dans l’inconscient collectif la mythologie du vampire et de son plus célèbre représentant sur grand écran, fait tout de même sacrément plaisir. Et c’est là que ce nouveau Dracula trouve probablement ses plus grandes qualités. Bien que limité par un budget que l’on devine riquiqui, l’aspect visuel du film est globalement réussi. Quelques fautes de goûts et une direction artistique parfois hasardeuse viennent de temps en temps gâcher la fête, c’est certain, mais l’imagerie déployée par Argento a du cachet et renvoie à tout un pan du cinéma gothique. Le sens du cadre du maestro est également toujours présent. Il suffit de voir les scènes nocturnes dans les bois, ou encore les séquences à la gare qui sont visuellement très inspirées. Dario n’est pas complètement mort ! Il remue encore le bougre !
Entreprise vaine ???
Après, reste cette question lancinante : pourquoi une nouvelle adaptation de Dracula. Des brouettes de films sur le célèbre comte ont déjà été tournées, et le principal défaut de ce nouvel opus, au-delà de la signature de son auteur déchu et de la montagne de quolibets qu’elle provoque, vient bien de la vacuité de l’entreprise. Vouloir rendre hommage aux classiques de la Hammer est, certes, une ambition plus que louable. Mais cet énième Dracula n’apporte rien de pertinent au mythe, si ce n’est une projection en 3D anecdotique et certaines orientations que l’on passera volontairement sous silence (la mante religieuse…) Mais soyons fous, heureux et optimistes, et songeons au fait que ce projet participe d’une démarche volontaire d’Argento de revenir dans la lumière. De mieux prouver à ses détracteurs qu’il en a encore sous la pédale. Et puis, si Asia Argento trouve là l’une des pires prestations de sa carrière, la charmante et poumonnée Miriam Giovanelli est une raison à elle seule de découvrir ce nouveau film de ce grand cochon de Dario… Si, si…
Image
Sujet à débat lui aussi, comme tous les derniers films d’Argento, Dracula 3D apparait ici au meilleur de sa forme, clairement très loin des diffusions fadasses (en particulier du côté d’Amazon Prime), ne pouvant cacher sa nature purement numérique certes, mais retrouvant une photographie nettement plus fouillée, contrastée et surtout proche de ses ambitions gothiques initiales. Le film est certainement nettement plus travaillé et élégant que dans nos souvenirs et les faiblesses du budget et des effets spéciaux passent (légèrement mieux) grâce à une définition très agréable qui met bien en valeur les costumes et les décors du film. Belle surprise.
Son
Le doublage français, très DTV, n’est proposé qu’en DTS HD Master Audio 2.0 mais au vu des performances c’est franchement suffisant. La version originale anglaise (langue de tournage et officielle) est nettement plus énergique avec un DTS HD Master Audio 5.1 qui n’a bien entendu pas l’amplitude d’un énième blockbuster mais réussit à placer quelques jaillissements efficaces, quelques ambiances pas trop factices et surtout à diffuser avec force les musiques symphoniques à l’ancienne de Claudio Simonetti.
Interactivité
Comme pour les précédents films d’Argento distribués par Extralucid, Dracula 3D est proposé dans un très beau coffret cartonné au visuel bien marquant, avec à l’intérieur le boitier scanava des Bluray et un livret d’une quarantaine de pages comportant là aussi quelques extraits de l’autobiographie du cinéaste où il évoque le film en question, une interview du monsieur sur sa vision du film, des notes de production et quelques critiques (peu chaleureuses) datant de la présentation à Cannes.
Du coté des bonus vidéo, on pourra regretter l’absence du long documentaire d’une heure visible par exemple sur l’édition américaine, mais l’éditeur français poursuit sur sa lancée avec un nouveau retour sur la musique du film par Olivier Desbrosses, qui souligne l’aspect volontairement rétro des compositions de Simonetti mais aussi l’un de ses rares travaux pour un orchestre complet, puis une présentation toujours aussi pointue de Jean-Baptiste Thoret. Ce dernier défend encore et toujours l’œuvre du réalisateur, poétique, référentielle, atemporelle, et tisse des liens attendus avec ses précédents films, discute ses ajouts par rapport au livre de Bram Stocker et souligne le retour de quelques obsessions comme les différentes présences animales du film.
Il est important de préciser que cette édition propose un disque Bluray supplémentaire comprenant le film dans sa version 3D qui justement avait motivé l’attrait d’Argento pour le projet. Un relief assez relatif tout de même, mais avec une motivation relativement naturelle à la Avatar (toutes proportions gardées) se gardant quelques jaillissements dans les profondeurs, mais pas tant que cela. Une vision plutôt sympa pour ceux qui ont encore l’installation 3D à la maison avec une copie toute aussi nette que la version flat mais avec un format légèrement moins large et une lumière un peu plus froide.
Liste des bonus
Blu-ray du film en 3D (1.77), Un livret (48 pages), Analyse du film par Jean-Baptiste Thoret (20′), La musique du film par Olivier Desbrosses (8′), Bande-annonce.







