GUERRE DES GANGS À OKINAWA

博徒外人部隊 – Japon – 1971
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Kinji Fukasaku
Acteurs : Koji Tsuruta, Noboru Ando, Kenji Imai, Tomisaburo Wakayama, Asao Koike, Hideo Murota, Kenji Imai…
Musique : Takeo Yamashita
Durée : 93 minutes
Images : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Roboto Films
Date de sortie : 30 juin 2026
LE PITCH
Gunji Sadao sort de prison après 10 ans de détention. Son clan n’existant plus, il décide de réunir à nouveau ses troupes pour tenter leur chance à Okinawa. Mais la pègre locale est déjà bien implantée, et soutenue par les américains en place. La lutte pour le pouvoir et une seconde chance sera rude …
Les affranchis
Même s’il n’est évidemment pas le seul à avoir abordé le genre et à y avoir laissé sa marque, Kinji Fukasaku demeure pourtant, 23 ans après sa disparition, LE cinéaste emblématique du film de yakuza (yakuza eiga). Enfin disponible en haute-définition grâce à Roboto Films, Guerre des gangs à Okinawa est l’une de ses plus belles réussites, où transpire à chaque photogramme son génie du cadre, du casting et du rythme, son nihilisme cool et radical à la fois, son goût immodéré pour les amitiés viriles et ses influences européennes.
On aurait un peu tendance à l’ignorer mais Guerre des gangs à Okinawa est le neuvième film d’une série de 10, la franchise Bakuto, sorte d’anthologie de films sur le crime organisé au Japon et produits par la Toei où se croisent les stars du studio, de Koji Tsuruta à Ken Takakura, en passant par Noboru Ando et Tomisaburo Wakayama. Kinji Fukasaku a d’ailleurs également signé le sixième volet de la série, Gambler’s Farewell, toujours avec Koji Tsuruta en tête d’affiche. Ce qui distingue Guerre des gangs à Okinawa du reste de la fratrie, c’est sa volonté claire de rompre avec le fond et avec la forme.
Au départ, marqué par la découverte de La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, Fukasaku, artisan déjà prolifique de la Toei (une vingtaine de films en dix ans seulement !), souhaite relocaliser la série des Gambler à l’étranger, et pourquoi pas au Vietnam en plein conflit armé. Ce que fera au passage un certain John Woo, 19 ans plus tard, avec Une Balle dans la Tête, autre histoire d’amitié et de gangsters sur fond de film de guerre tragique. Mais c’est un toute autre sujet. Face aux problèmes de budget et de logistique, Fukasaku est contraint de se limiter dans ses ambitions de dépaysement. Il se résout donc à planter ses caméras sur l’île d’Okinawa, au sud-est des grandes îles du Japon, un choix malin qui lui permet d’aborder l’ingérence américaine et la criminalité qui se développe dans le sillage de son occupation prédatrice mais qui souligne aussi les différences entre les gangsters des villes et les gangsters de province qui luttent contre une « invasion » tels des guerilleros. Par-delà les tropes du yakuza eiga, la caméra sans cesse en mouvement de Kinji Fukasaku documente les déboires d’une poignée de « colons » se frottant à la résistance inconditionnelle des « indigènes », avant une invasion plus redoutable encore.
La bataille d’Okinawa
Entre trahisons, fusillades, coups bas, négociations musclées et alliances improbables, Kinji Fukasaku tisse une tragédie en trois actes aux résonances profondément anticolonialistes et révolutionnaires. Il constate, avec le sourire du désespoir et une amertume qui ronge les intestins, la lutte profondément inégale entre les petits criminels (des salauds paradoxalement portés par une éthique indéboulonnable) et les grands truands (un grand groupe qui dévore le tout et se torche avec l’honneur ou la morale).
Sans jamais en limiter la portée ou la force de frappe, le cinéaste parvient à emballer cette grenade dégoupillée dans un paquet cadeau diablement séduisant. En 90 minutes et des poussières, Fukasaku boucle une authentique fresque criminelle qui déborde de personnages et de morceaux de bravoure. Le premier acte est en effet remarquable dans sa concision et son efficacité, entre un premier plan qui mélange western et chanbara, et entre la présentation des membres du clan de Gunji à grand renfort de surnoms, de signes distinctifs et d’arrêts sur image fulgurants et l’exposition d’enjeux et d’antagonismes clairement définis (à 1 contre 100!). Martin Scorsese et John Woo sauront s’en souvenir pour leurs propres odyssées mafieuses sans pourtant s’approcher ne serait-ce que de près de l’incroyable pouvoir de synthèse de la mise en scène à l’os de Fukasaku.
Autre super pouvoir de Kinji Fukasku : son habileté à jouer avec la moralité de ses protagonistes. Très clairement, Gunji et sa bande ne sont pas des gens bien. Ce ne sont pas des héros romantiques. Ils ne sont là que pour le jeu, l’extorsion, le vol, l’argent, les potes et l’adrénaline. Ils respectent le code et leur clan mais se moquent de la légalité, de la justice, de la famille ou du bon sens. Ils ont choisi leur voie et basta ! Leur grand sacrifice final, hommage furibond à la Horde Sauvage de Sam Peckinpah est aussi sanglant et spectaculaire qu’absurde puisqu’on leur offre de fuir avec une petite compensation, aussi humiliante soit-elle, mais Gunji & Cie préfère se lancer dans un assaut voué à l’échec. Et, normalement, le public devrait pouvoir les détester de toutes ses forces. Mais, premièrement, il y a bien plus haïssable que ces pieds nickelés suicidaires et inflexibles et leur obstination en deviendrait presque attachante et respectable.
Ensuite, comment ne pas tomber sous le charme d’un casting au moins aussi cool et charismatique que celui des Sept Mercenaires de John Sturges ? Koji Tsuruta et ses lunettes de soleil, Noboru Ando et son aura aussi mystérieuse et envoûtante que celle d’un Marlon Brando, Tomisaburo Wakayama et son imposante stature, … comment ne pas aimer à la folie et passionnément cette fabuleuse petite bande de salopards ? Cherchez pas, c’est impossible.
Image
22 ans après le double DVD de Wild Side (on retrouvait le film en bundle avec une autre pépite du cinéaste, Okita le Pourfendeur), il était temps de faire le ménage et de nous proposer une restauration en bonne et due forme. Vraisemblablement, Roboto Films s’est procuré le même master que les anglais de Radiance et le résultat est plus que satisfaisant. Certes, du grain demeure, en abondance, accompagné par du fourmillement et quelques plans accidentés. Mais les couleurs revivent enfin, avec une colorimétrie chaude et moite. La définition a fait un grand bond en avant et on peut même voir les yeux de Koji Tsuruta derrière ses lunettes noires. Gros travail sur le grain de peau et sur l’atmosphère. Du beau boulot.
Son
Une piste, une seule, pour les puristes. Malgré ses limites, notamment lors des fusillades ou des scènes les plus bruyantes, le mono DTS-HD a été nettoyé et la musique ne sature pas trop. Dialogues clairs, ambiances très discrètes.
Interactivité
Wild Side nous avait proposé des présentations des films par Fukasaku en personne ainsi qu’une interview de Quentin Tarantino, grand fan du cinéaste. Oubliez ces deux bonus, Roboto Films a choisi une tout autre approche. Dans un superbe packaging où l’on retrouve un beau livret avec un essai de Malik-Djamel Amazigh Houha, une affiche, des lobby cards et des cartes postales, les bonus vidéo sont peu nombreux mais assez complets et passionnants. L’éditeur a récupéré et sous-titré le commentaire audio de Nathan Stuart de l’édition UK et ce spécialiste du film de yakuza de se révéler en mine d’informations sur les pratiques et les stars du studio Toei ou sur le style de Fukasaku. Réalisé pour cette édition, l’entretien croisé entre Fausto Fasulo et Stéphane du Mesnildot est empreint de bonne humeur et de complicité et nous livre une analyse du film très solide quoiqu’un peu frustrante puisque l’on aurait aimé que ça dure bien plus longtemps.
Liste des bonus
Commentaire audio de Nathan Stuart (VOSTF), Entretien avec Stéphane du Mesnildot et Fausto Fasulo, Bandes-annonces.







