DUST OF ANGELS

少年吔,安啦! – Taïwan – 1992
Support : Bluray
Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Hsu Hsiao-Ming
Acteurs : Jack Kao, Vicky Wei, Yan Chen-guo, Tan Chi-Gang, Chen Sung-Young, Tsai Chen-Nan, Shih Chang…
Musique : Wu Bai, Lim Giong, Baboo
Image : 1.85 16/9
Son : Mandarin DTS Master Audio 1.0 et 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 111 minutes
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 7 juillet 2026
LE PITCH
Adolescents rebelles en perte de repères, Guo et Doa traînent leur rage de vivre dans la petite ville de Peikang. Ils tentent d’échapper à leur existence monotone en consommant des amphétamines et soulagent leur mal-être en s’adonnant à des actes de violence contre des bandes rivales. Les deux petites frappes se sont liées d’amitié avec un homme plus âgé qu’eux, devenu leur mentor. Lorsque celui-ci décide de venger son honneur, bafoué suite à son exclusion d’un groupe de gangsters, Guo et Doa vont être entraînés dans une spirale de violence qui les mènera à la capitale, Taipei…
L’oubli des armes
Film incontournable de l’éveil du cinéma taïwanais au tournant des années 90, Dust of Angels, en plus d’être produit par le célèbre Hou Hsiao-Hsien, partage un même sens de l’espace et du temps, focalisé ici sur le portrait d’une jeunesse explosive en quête de repères.
Après plusieurs décennies de dictature militaire, Taïwan a redécouvert les joies de la démocratie durant la deuxième moitié des années 80. Des libertés nouvelles, une éclosion culturelle inédite, mais encore et toujours des vieux fantômes et un passif qui hante les esprits de la population, et en particulier de cette première génération qui doit découvrir l’adolescence dans un monde où les adultes ne savent plus s’ils doivent sévir, laisser vivre, et où toujours l’ordre des choses repose en grande partie sur une corruption généralisée et une répression incrustée dans les gènes. On ne se souviendra sans doute pas des noms de ces jeunes protagonistes, ados parmi d’autres, qui partagent avec les garçons du monde entier cette régulière fascination pour la transgression, la violence, les armes, la drogue et placent la camaraderie au-dessus de tout. Rien de nouveau donc dans les errances de Guo et Doa (et quelques autres), habitant les rues et la nuit pour mieux s’y perdre, se mesurant virilement à tout ce qui bouge, multipliant les mises en danger devant le désarroi des parents encore présents. Ancien assistant de Hou Hsiao-Hsien (ici producteur) sur Un temps pour vivre, un temps pour mourir, le très rare Hsia-Ming Hsu filme ses petits délinquants en plaçant sa caméra là où il faut, au raz du bitume, et semble constamment tenté par l’énergie et l’imagerie documentaire.
Les anges aux figures sales
Dust of Angels, s’habille des auripeaux d’un cinéma naturaliste, capturant parfaitement l’ère du temps, les bouleversement sociétaux et politiques, mais aussi la culture émergente, n’hésitant pas d’ailleurs à s’attarder sur des performances scéniques de quelques groupes populaires de l’époque. Le film prend le pouls du Taïwan de 1992, capture l’âme d’une génération, et sa perditions déjà larvée, écrasée par le poids des anciens et embarquée par certaines figures charismatiques vers une violence de plus en plus mortifère et fatale. Quelques plans nerveux, quelques mouvements secs, mais Taïwan n’est pas Hong-Kong et si la frénésie et la brutalité noire du voisin sont bel et bien présentes, elles se plient à l’esprit d’un cinéma local nettement plus contemplatif, poétique, voire lyrique dans sa volonté de donner corps au sentiments enfouis, au mal être, plutôt qu’à la rage affleurante. Dans l’entre-deux, Hsu Hsiao-Ming pratique dès lors lui aussi cette fameuse dilatation du temps, capture de parenthèse de vécus, de rencontres et d’attentes, où les décors urbains froid et rugueux se reconstruisent au grès de la poétique filmique. Les jeux de surcadrage, l’abondance constante de mouvements dans les arrière-plans avec des profondeurs loin d’être anodines, donnent naissance à des tableaux au contenu parfois « anecdotique » dans les faits, mais assez fascinant par leur force visuelle et la réalité qui y renait sous nos yeux.
Si le point de départ de Dust of Angels aurait pu le rapprocher d’œuvres frondeuses et désespérées comme L’Enfer des armes ou The Happenings de la nouvelle vague HK, il explore un autre versant de ces récits de la jeunesse perdue et dévoyée : plus aérien, plus méditatif, où la minutie de l’image vient extraire les sujets de l’espace clos pour leur permettre d’accéder à une certaine beauté.
Image
Dust of Angels a profité d’une large opération de restmasterisation de classiques modernes du cinéma taïwanais avec en l’occurrence ici un nouveau scan 4K des négatifs 35mm. Une opération qui a naturellement été suivie par une restauration en bonne et due forme retirant la moindre tache, griffure ou autre instabilité tout en permettant au piqué et au relief de l’image de réapparaitre dans tout leur splendeur. Le résultat est frappant avec une profondeur admirable, des couleurs vives et contrastées et un maintien farouche du grain de pellicule, très prononcé mais organique et vibrant. Le film préserve son aspect sec et rude tout en affirmant une esthétique nettement plus élégante et chaude que lors des premières distributions.
Son
Bizarrement le film n’est pas visible dans sa stéréo d’origine, mais soit dans un mono très clair et stable, soit dans un mixage plus moderne DTS HD Master Audio 5.1. Ce dernier ne dénature cependant jamais l’expérience avec des dialogues toujours clairs et bien posés et surtout des ambiances bien incarnées, urbaines et réalistes, qui viennent ajouter au sentiment d’immersion.
Interactivité
L’édition de Carlotta Films donne la parole à Jean-Michel Frodon, manifestement fin connaisseur du cinéma taïwanais et de sa « nouvelle vague ». Il trace donc le portrait du réalisateur Hsu Hsiao-Ming et de son producteur Hou Hsiao-Hsien, souligne les liens du métrage avec d’autres datant de la décennie précédente, redonne le contexte politique et sociétale du pays avant de s’attarder sur le travail sur les cadres, le rythme et la vision particulière de cette jeunesse. Une bonne introduction.
Liste des bonus
« Les Anges aux figures salles » : Entretien avec Jean-Michel Frodon, journaliste, critique de cinéma et professeur associé à Science Po (24′), Bande-annonce de la restauration.







