TORSO

I corpi presentano trace di violenza carnale – Italie – 1973
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Sergio Martino
Acteurs : Suzy Kendall, Tina Aumont, Luc Merenda, John Richardson, Angela Covello, Carla Brait….
Musique : Guido De Angelis, Maurizio De Angelis
Durée : 94 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Italien et Anglais DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 17 mars 2026
LE PITCH
Jane est une Américaine partie étudier l’art en Italie. La dolce vita cesse brutalement lorsqu’une série de meurtres frappe le campus. La police ne parvient pas à retrouver le coupable. Très inquiètes, Jane et ses amies décident de partir à la campagne pour s’éloigner et être en sécurité. Malheureusement, le meurtrier est lui aussi parti se reposer au même endroit qu’elles…
Love & Pieces
Production mythique de l’âge d’or des Giallo, Torso n’a été présenté officiellement (si ce n’est dans certains festivals) que très tardivement dans son montage original et uncut. Après la révélation permise par The Ecstasy of Films pour une première sortie en Bluray, Carlotta Films poursuit l’effort avec un nouveau coffret 4K, véritable cadeau pour les amoureux du ciné sadique.
Touche-à-tout de talent ayant autant œuvré dans le western spaghetti (Mannaja), les terreurs cannibales (La Montagne du dieu cannibale), les polars violents (Polices parallèles), l’aventure poussive (Le Continent des hommes-poissons), la comédie paillarde (Les Zizis baladeurs) ou les sous Mad Max (2019 après la chute de New York), Sergio Martino est le parfait reflet de la grande frénésie du cinéma populaire italien de la grande époque. Opportuniste comme tous ses collègues, il se présente encore et toujours comme un authentique faiseur entièrement dévoué à la cause du cinéma de genre et du public. Mais ses plus grandes réussites, il les doit certainement à l’ébouriffante vague du giallo auquel il donna entre autres le très hitchcockien L’Etrange vice de madame Wardh (avec la sublime Edwige Fenech), La Queue du scorpion et cet étonnant Torso alias I corpi presentano trace di violenza carnale. Une production Carlo Ponti (Blow Up, Le Docteur Jivago) assez classieuse dans son défilé d’acteurs international, de figurants ou sa photographie léchée de Giancarlo Ferrando, mais qui surtout marque aujourd’hui encore par la démesure totale qui l’habite. Pourtant dans les grandes lignes, le scenario assez classique de l’incontournable Ernesto Gastaldi (Mon Nom est personne, Toutes les couleurs du vice, Le Corps et le fouet…) ne fait rien de mieux que de s’inscrire tranquillement dans les grands jalons disposés par Argento et les autres, avec son whodunit généralisé, son psycho-killer masqué et ganté traumatisé dans l’enfance et ses nombreuses victimes féminines.
Exposed
Mais ici c’est la surenchère qui prime, dans le milieu cosmopolite de l’université de Pérouse, tout le monde devient rapidement suspect, Martino s’amusant à glisser à presque chaque plan des regards curieux et ou inquiets, des détails faussement anodins, des allusions aux motivations intimes de chaque mâle en fonction. Dans Torso, finalement peu importe la véritable identité de l’assassin, ce sont tous les hommes (ou presque) qui sont fustigés par la caméra, prédateurs obsédés, impotents maladifs, gros beaufs campagnards ou tonton voyeur…. Ils sont totalement incapables de prendre la mesure d’une libération des mœurs féminines franche et évidente, à laquelle répond d’ailleurs par opposition la figure récurrente de la poupée. Si les corps des jolies actrices sont constamment livrés sur l’écran, pour une partie de jambe en l’air, une séance de bronzage intégral, une sortie de douche ou une baignade dans le lac d’à coté, c’est autant pour assurer le statut exploitation du film, que pour jouer avec le voyeurisme même du spectateur, constamment repoussé à un champ extérieur, en particulier lorsque les pinups Angela Covello et Carla Brait entreprennent de se satisfaire entre elles. Déstabilisant, cette position du spectateur / voyeur devient d’ailleurs encore plus inconfortable dans la seconde partie du film, où ce dernier, comme la survivante Suzy Kendall (L’Oiseau au plumage de cristal) n’assiste pas au massacre de ses amies, mais devient le témoin dissimulé des charcutages à la scie que subissent leurs corps.
The Last House on the Hill
De plaisir charnel à dégradation post-mortem, Torso illustra à la perfection la relation indéfectible entre érotisme et horreur si cher au Giallo, mais se complet généreusement dans une sensualité explicite et une amorce de gore outrancier. Un angle qui marquera durablement les spectateurs américains, de toute façon cantonnés à une version expurgée des aspects les plus scénarisés du métrage, et dans lequel on peut voir, à l’instar de La Baie sanglante de Mario Bava, un véritable ancêtre des futurs slasher des 80’s. A ce titre, l’une des plus belles séquences de Torso, dans lequel le tueur cagoulé semble hanter les petits bois d’un marais tandis qu’il poursuit une future victime peu vêtue, ressemble étrangement aux futurs méfaits de Jason Vorrhees dans Vendredi 13. Un film presque précurseur, ou qui en tout cas annonce une ère de cinéma d’horreur plus démonstratif, mais qui au-delà de ses outrances, se révèle une œuvre particulièrement soignée dans la réalisation souvent léchée, voir corsée de Sergio Martino, qui se laisse admirablement dirigée par les compositions pop-jazzy de Guido et Maurizio De Angelis (spécialiste des comédies de Terrence Hill et Bud Spencer) jusqu’à un dernier quart en forme de huis clos extrêmement tendu et malsain. Martino un faiseur ? Oui mais qui sait faire.
Image
Edité il y a un peu plus de dix ans par Ecstasy of Films, le précédent Bluray de Torso avait déjà permis une belle redécouverte du film grâce à une restauration 2K supervisée par le réalisateur en personne. Aujourd’hui Carlotta Films nous propose une copie plus puissante encore grâce à un scan 4K des négatifs 35 mm effectué par Arrow Video. On note immédiatement la disparition définitive des dernières petites traces de vieillesse (plus de points blancs ou reste de griffure) et surtout une netteté absolument renversante et inédite. Les plans sont plus creusés que jamais, les matières plus présentes et le travail opéré sur la palette colorimétrique, forcément nettement plus notable en UHD avec l’apport Dolby Vision / HDR10, propose une vision plus chaude et riche que jamais. Les limites de la copie restent alors celles du film lui même avec un grain très présent et marqué mais qui peut alors s’avérer fluctuant voir quelque-peu neigeux lors des séquences en fondus par exemple. Superbe dans tous les cas.
Son
Piste principale et la seule à restituer l’intégralité du métrage, la version italienne mono disposée en DTS HD Master Audio profite d’une très jolie clarté et d’une dynamique sobre et frontale, et a eu la bonne idée de gommer les petits grésillement en arrière plan d’autrefois. Avec ses échos un poil plus prononcés la version américaine ne fait pas franchement dans la sobriété et d’ailleurs s’aligne sur la version coupée du film (les séquences « inédites » reviennent en italien) grignotant les séquences dialoguées et les légères réflexions sur l’art, sans doute jugées trop profondes pour le public US.
Interactivité
Nouvel arrivant dans la collection Edition Prestige limitée (mais aussi en éditions singles 4K et Bluray), Torso propose dans son boitier bien classieux quelques goodies affriolants pour les cinéphiles obsessionnels : reproduction de l’affiche, affichette italienne, photos du film et du réalisateur en plein tournage et même un autocollant.
L’objet contient bien entendu aussi un digipack proposant les deux disques attendus. Sur ceux-ci, les suppléments sont les même avec des interviews inédites en provenance du collègue anglais. Une rencontre avec le réalisateur Sergio Martino qui délivre quelques souvenirs sur les origines et le tournage du film, une autre avec le scénariste Ernesto Gastaldi qui évoque plus largement la grande époque du Giallo et ses ambitions d’écriture, suivis pas l’acteur Luc Merenda qui fait certes une parenthèse sur ce Torso en particulier mais revient surtout plus largement sur sa carrière italienne et ses rencontres les plus notables. On trouve aussi une interview de Federica Martino, fille de et devenue réalisatrice à son tour, qui porte un regard moderne sur le film et le genre et imagine ce à quoi pourrait ressembler un remake actuel de ce dernier.
Carlotta a aussi eu la bonne idée de reprendre de la galette d’Ecstasy of Films l’entretien avec Jean-François Rauger. Le fameux directeur de la programmation de la Cinémathèque français et créateur des Nuits du bis, y évoque avec sa passion communicative quelques aspects du style Martino et triture habilement le rapport à la sexualité et aux tabous de Torso. Dommage cependant de ne pas retrouver ici le commentaire audio du cinéaste qui avait pourtant été sous-titré en français.
Liste des bonus
8 Lobby Cards, 4 Photos de Sergio Martino, Autocollant, Affichette italienne, Affiche, Le Premier slasher (25’), Giallo mon amour (16’), Un français en Italie (34’), Torso 17 (20’), Une violence charnelle entre refoulement et débauche (28’), Séquence alternative de jour (5’), Bandes-annonces.








