FORTUNAT

France, Italie – 1960
Support : Bluray & DVD
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Alex Joffé
Acteurs : Bourvil, Michèle Morgan, Rosy Varte, Teddy Bilis, Gaby Morlay, Frédéric Mitterrand, Patrick Millow…
Musique : Denis Kieffer
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 121 minutes
Editeur : Coin de Mire Cinéma
Date de sortie : 3 mars 2026
LE PITCH
Dans un village au bord de l’Allier, Noël Fortunat, braconnier au grand coeur, aide l’institutrice à faire passer la ligne de démarcation à ceux qui fuient l’Occupation. Un jour, il doit escorter Juliette, une Parisienne élégante, et ses deux enfants traqués par les Allemands. Ce voyage, d’abord imposé, deviendra pour Fortunat l’aventure d’une vie. Entre ces êtres que tout sépare naîtra un attachement pudique et bouleversant, fait de courage, de tendresse et de loyauté…
Zone libre
Dès 1960, soit bien avant la sortie de La Grande Vadrouille, Bourvil aidait déjà avec quelques maladresses la résistance. C’était dans le charmant Fortunat, divertissement plus tendre et chargé d’émotion où il partageait l’écran avec la grande Michelle Morgan.
On est loin ici des pitreries du duo Bourvil / De Funès et des scènes cultes partagées par plusieurs générations, en effet, si Fortunat fut un véritable succès populaire à sa sortie hexagonale, attirant plus de trois millions de spectateurs, il n’a pas forcément eu la postérité associée. Des diffusions télévisées devenue des plus rares, un film coincé dans le catalogue poussiéreux de René Château Vidéo, et effectivement un divertissement qui ne joue pas tant que ça sur la capacité de l’acteur masculin à mêler légères grimaces et airs benêts. L’idée pour Bourvil est d’ailleurs ici de s’extraire de ce personnage qui a déjà fait sa popularité. Après deux grands films de cape et d’épée aux cotés de Jean Marais, Le Bossu et Le Capitan, il veut alors rappeler que son jeu peut aussi aisément pratiquer l’émotion et la justesse. La réussite du film repose d’ailleurs en grande partie sur cette transformation progressive d’un petit monsieur un peu alcoolo et simplet, en figure bien plus sûr d’elle, affirmée et même aux accents romantiques. Son Noël Fortunat est donc un passeur qui après avoir aidé une femme bourgeoise et ses deux enfants à se rendre de l’autre côté de la frontière, loin de la France occupée, s’attache autant à la dame et aux enfants et trouve de nombreux prétextes pour rester à leurs cotés et les aider. Brave type un peu lourd au début, sa bonhommie, sa débrouillardise et son honnêteté profonde font rapidement mouche alors que l’interprète donne à voir une intensité, une douleur et une douceur qu’on ne lui permettait pas assez à l’écran.
Le passeur d’émotions
Improbable, son amitié avec la Juliette jouée par Michèle Morgan est finalement d’autant plus convaincante qu’elle joue sur des dialogues simples mais toujours bien placés et justes, et sur une romance qui malgré tout restera toujours à sens unique. Bien entendu le mélodrame est accentué par le contexte du film, la France en guerre et la menace constante d’être reconnu par la milice où l’occupant allemand. Le danger, même dans les nombreux moments souriants et les petits tracas d’un quotidien presque enchanté, est omniprésent, le film s’ouvrant sur un pauvre homme abattu par les gardes-frontières allemand alors qu’il tentait de s’échapper, puis laissant entendre les émissions en provenance d’Angleterre ou faisant apparaitre le temps de quelques scènes (belle occasion de jalousie) un soldat allié à dissimuler. Mais rien ne prépare cependant le spectateur à cette rafle nocturne de la sympathique famille de voisins juifs, que le film avait pris le temps de nous faire apprécier, terrible résurgence d’horreurs que l’on n’évoquait alors qu’à demi-mot.
Petit artisan du cinéma français à qui ont doit d’autres essais avec Bourvil comme Les Hussards, Les Culottes rouges ou La Grosse Caisse, Alex Joffé est moins un grand cinéaste qu’un scénariste appliqué et très attaché à l’humain. Sa mise en scène est propre à défaut d’être véritablement inspirée, mais elle capture néanmoins la beauté de ces petits personnages s’efforçant de se protéger dans leur petite bulle (littéralement le tournage s’est essentiellement fait en studio) au cœur de cette grande Histoire alors au milieu de l’une de ses heures les plus sombres. La petite humidité aux coins des yeux n’est pas feinte et est même totalement mérité. Un joli petit film.
Image
Autrefois coincé dans le catalogue René Château Vidéo avec le master vieillot habituel, Fortunat a trouvé un éditeur bien plus soigneux avec Coin de Mire qui lui offre une restauration d’envergure à partir d’un scan 4K des négatifs sons et images. L’ensemble a été habilement nettoyé et stabilisé, offrant une image limpide inédite où renaissent littéralement les contrastes noirs et blancs. L’image est superbe, fine et définie, élégamment rehaussé d’un léger grain de pellicule vibrant et organique. Un petit bijou.
Son
La piste sonore française est largement à la hauteur avec une restitution ferme et claire. Pas de dynamique prononcée, mais le mono assure une belle répartition entre les dialogues, les musiques et les quelques bruitages naturels. Aucun scories ou saturation à signaler.
Interactivité
La Maison Coin de mire vous propose à nouveau une belle séance de cinéma à l’ancienne en permettant, en option, de visionner en préambule les actualités cinématographiques de la 46ième semaine de l’année 1960. Il y est question d’une première palme d’or, mais alors attribué au meilleur roman policier (un Coplan), d’un salon des enfants ou d’une intervention du Général De Gaulle se voulant rassurant après les premières tensions en Algérie. Suivent un sujet sur les accidents de travail et les petites astuces pour les éviter, une célébration de l’esprit chemineau (précis comme les aiguilles d’une montre parait-il), un reportage sur le Portugal moderne et un portrait enthousiaste du jeune président Kennedy. Détente avec la bande annonce de Classe tous risques, déjà disponible dans la collection, et une belle sélection des réclames de 1960 allant du fromage Mère Picon (« De la santé en portion ! »), aux établissements Vitasec qui combattent la poussière sur les vêtements, en passant par une campagne contre les dangers de l’alcool en prenant exemple sur le sérieux des hommes à bord d’un sous-marin. Ah oui, et l’élégance parisienne, c’est Dimanche sans couture !
L’éditeur nous propose aussi quelques documents d’archives avec deux reportages cinéma dans les coulisses du tournage, montrant la motivation et la confiance du réalisateur, l’implication de Bourvil et l’envie de Michèle Morgan de s’essayer à de la comédie plus poussée. Originale, l’ensemble s’achève par quelques questions posées au public lors d’une projection du film.
A noter que Fortunat est proposé en deux éditions. Un Bluray simple et un combo Bluray / DVD complété par un fourreau cartonné et une reproduction du livret de presse d’origine.
Liste des bonus
Un livret reproduisant en fac-simile le dossier de presse d’époque (8 pages), La Séance complète (27’), Coulisses du tournage en studio et interviews de Alex Joffé, Michèle Morgan et Bourvil (13’), Autres interviews de Alex Joffé, Michèle Morgan et Bourvil (4’), Interviews du public invité à l’avant-première du film dans le quartier de Marais en présence des acteurs (4’).






