SPRINGSTEEN : DELIVER ME FROM NOWHERE

Etats-Unis – 2025
Support : 4K UHD & Bluray
Genre : Drame, Biopic
Réalisateur : Scott Cooper
Acteurs : Jeremy Allen White, Jeremy Strong, Odessa Young, Paul Walter Hauser, Stephen Graham, David Krumholtz…
Musique : Jeremiah Fraites
Durée : 119 minutes
Image : 2.39 16/9
Son : Dolby Atmos Anglais, Dolby Digital Plus 7.1 Français, Espagnol, Allemand…
Sous-titres : Français, Anglais, Allemand…
Editeur : 20th Century Studios
Date de sortie : 25 février 2026
LE PITCH
1981, à l’issue de la tournée accompagnant l’album « The River », Bruce Springsteen, star du rock en pleine ascension se retire dans une maison du New Jersey et se lance dans la composition et l’enregistrement de ce qui deviendra « Nebraska ». Mais ce processus créatif solitaire le fait plonger dans une dépression bientôt insoutenable…
Jersey Boy
Fraîchement accueilli par la critique et par le public lors de sa sortie en octobre dernier, cet anti-biopic conçu par le réalisateur d’Hostiles et Crazy Heart (avec la bénédiction du Boss en personne) méritait sans doute bien mieux. Introspectif, intimiste, contemplatif, Springsteen : Deliver Me From Nowhere jette un regard exigeant sur une parenthèse désenchantée et un pari artistique dont les accents suicidaires ont bien failli coûter à Bruce Springsteen sa popularité naissante. Jamais là où l’on attend, le film de Scott Cooper renoue avec le grand cinéma naturaliste des années 70, tel que le pratiquaient Terrence Malick, Jerry Schatzberg, Michael Cimino ou encore le Clint Eastwood de Breezy.
Il aura donc fallu attendre plus d’un demi-siècle de carrière et de succès pour que Bruce Springsteen, icône indéboulonnable du rock US, ait enfin droit à son biopic. Sauf que voilà, Springsteen : Deliver From Nowhere ne ressemble en rien (ou presque) aux biopics dont Hollywood nous abreuve depuis plusieurs décennies. Et en particulier à ces produits le plus souvent inodores, au croisement du musée de cire, de la fiche Wikipedia et de la playlist Spotify, tournés à la chaîne depuis le succès de Bohemian Rhapsody en 2018. Adapté du livre « Deliver Me From Nowhere » de Warren Zanes et complété par des éléments issus de l’autobiographie « Born To Run », le film qui nous intéresse ici renonce aux pièges du rise and fall ou de l’hagiographie pour concentrer ses efforts sur la période 1981/1982 et les sessions d’enregistrement pour le moins atypiques de l’album « Nebraska », poème folk et dépressif composé par un artiste confronté à ses propres démons. Soit l’histoire d’un homme prêt à saborder sa carrière et sa propre vie pour ne pas trahir un sentiment, une idée capturée fiévreusement sur bande magnétique dans l’intimité de sa chambre à coucher.
Rejetant totalement le glamour et le mélodrame, Springsteen : Deliver Me From Nowhere alterne entre les moments d’isolements, les silences, les discussions entre le rocker et son producteur/manager Jon Landau, les errements et de brefs flashbacks réduits à des vignettes en noir et blanc. On trouve bien une amourette entre Bruce et une serveuse et mère célibataire à se mettre sous la dent (Odessa Young, lumineuse et juste) mais le réalisateur Scott Cooper n’hésite pas une seconde à sacrifier cette piste narrative très tôt, la tuant dans l’œuf au profit de références cinéphiles et de digressions très pointues sur les questions d’orchestration, d’acoustique et de mixage ou la faisant résonner avec la fuite en avant de son personnage principal.
La Ballade Sauvage
Cinéaste attentif à l’atmosphère, aux non-dits et aux émotions à fleur de peau, comme en attestent des réussites éclatantes telles qu’Hostiles ou le récent Un Oeil Bleu Pâle (pour Netflix), Scott Cooper laisse le vague à l’âme de Bruce Springsteen dicter le rythme de sa narration. Après un flashback en ouverture qui pose la relation compliquée entre le jeune Bruce et un père à la santé mentale vacillante (Stephen Graham, monolithique et un peu sous-employé), véritable colonne vertébrale émotionnelle du film, Cooper enchaîne à toute vitesse sur une fin de concert endiablée (avec la chanson « Born To Run », plus qu’un hymne, une note d’intention !) avant d’écraser la pédale de frein et d’imposer au public une toute autre ambiance, dominée par le doute et la solitude. En quelques minutes seulement, le réalisateur et scénariste prend le contrepied des attentes et refuse – coup sur coup – de s’abandonner à la saga familiale et au film musical et épouse dès lors courageusement la fronde (improvisée) d’un rocker refusant d’enchaîner les hits pour mieux raconter l’histoire qui lui tient à cœur. Cooper enfonce encore un peu plus le clou en répétant la manœuvre lorsqu’il fait succéder à l’enregistrement tout à galvanisant de « Born In The U.S.A » une ellipse aux allures de douche froide. Puisqu’on vous dit qu’on n’est pas là pour éplucher une playlist !
Dans son entreprise d’exploration de la face cachée du mythe Springsteen, Scott Cooper peut compter sur une direction artistique qui a poussé le souci d’authenticité jusqu’au point d’aller piocher dans les archives personnelles et la garde-robe du Boss ainsi que sur l’implication de son casting, et en particulier le duo Jeremy Allen White / Jeremy Strong. Décrivant sa méthode comme un mélange de discipline, de pratique et de ressenti, White, pour son premier grand rôle au cinéma, est parvenu à se fondre dans la peau du Boss, optant pour une incarnation discrète plutôt qu’une tentative d’imitation. Tant et si bien que l’on oublie très vite la « performance » d’acteur pour un sentiment de proximité assez troublant. Jouant à l’exact opposé de son rôle de mentor méphistophélique de Donald Trump dans The Apprentice, Jeremy Strong n’a pas besoin d’en faire des caisses pour restituer la force tranquille de Jon Landau (qu’on ne confondra pas avec son homonyme, feu le producteur et associé de James Cameron), manager historique de Bruce Springsteen et soutien de tous les instants. Loin des clichés des amitiés viriles, la relation entre le musicien et son manager s’inscrit dans un registre inhabituel, entre bienveillance, respect mutuel et compréhension quasi-fraternelle. Sans cet axe d’apaisement et d’équilibre, il y a fort à parier que la quête intérieure du Boss, entre acceptation de soi et réconciliation filiale n’aurait pas tout à fait le même impact.
Film « resserré » et traversé de citations du Badlands de Terrence Malick et de La Nuit du Chasseur de Charles Laughton, moins parcimonieux qu’il n’y paraît dans son utilisation de la musique de Springsteen, la 7ème symphonie de Mr Cooper n’est sans doute pas pour toutes les sensibilités mais on ne peut que saluer sa singularité, sa voix si délicatement dissonante.
Image
Grâce au Dolby Vision, la restitution de la superbe photographie automnale de Masanobu Takayanagi (complice de Scott Cooper depuis son second film) ne souffre d’aucun défaut. Qu’il s’agisse des extérieurs à Atlantic City, avec une lumière très crue, des intérieurs nuit en sous-exposition ou des flashbacks dans un noir et blanc souvent très contrasté, le master est irréprochable.
Son
On peut regretter que le Dolby Atmos ne soit pas proposé sur la version française mais, soyons honnêtes, le doublage ne présente presque aucun intérêt pour un film dont la moitié des dialogues sont en fin de compte les paroles des chansons qui ponctuent la narration. VO obligatoire donc pour un mixage qui fait la part belle aux ambiances, en les laissant se déployer avec douceur, mais qui peut aussi se montrer plus dynamique au détour de quelques scènes plus « spectaculaires », comme le concert d’ouverture ou l’enregistrement de « Born In The USA ». Solide.
Interactivité
C’est avec une certaine déception que l’on s’enfile ce making-of aux accents promotionnels trop marqués pour convaincre totalement. Entre des montagnes de banalité et de compliments, quelques infos précieuses s’engouffrent, notamment des bouts d’entretien avec Bruce Springsteen et Jon Landau, ou avec la costumière. C’est mince mais on prendra ce qui vient.
Liste des bonus
Making-Of en quatre parties (34’).







