PERSONNE N’A ENTENDU CRIER

Nadie oyó gritar – Espagne – 1973
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Eloy de la Iglesia
Acteurs : Carmen Sevilla, Vicente Parra, María Asquerino, Antonio Casas…
Musique : Fernando García Morcillo
Image : 1.85 16/9
Son : Espagnol PCM 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 91 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 3 mars 2026
LE PITCH
Elisa, une jolie escort girl de luxe vit seule dans son appartement d’un immeuble moderne, avec un couple comme seuls voisins. Un matin, elle voit par hasard le mari, Miguel, en train de traîner le corps de sa femme dans la cage d’ascenseur. L’assassin va alors l’obliger à l’aider pour faire disparaître le cadavre, la faisant ainsi passer du statut de témoin à celui de complice. Une relation trouble naît entre eux.
Paseo Romantico
Etalé sur presque quarante ans et un peu plus d’une vingtaine de réalisations, la filmographie d’Eloy de la Iglesia aura plusieurs fois changé de visage. Avant les drames politiques et l’exploration de la culture quinqui, le cinéaste était bien ancré dans le cinéma de genre… et même ici le giallo avec une variation espagnole toujours autant marquée par l’humour grinçant du monsieur.
Progressivement redécouvert en France grâce à Artus Films, l’œuvre d’Eloy de la Iglesia regorge de surprises. Tourné dans l’ombre de l’Espagne franquiste, entre les mémorables Cannibal Man et Le Bal du vaudou, on trouve ainsi ce bien étrange Personne n’a entendu crier directement imaginé pour venir titiller les fantasmes du thriller à l’italienne. De prime abord, tout y est ou presque avec cette musique langoureuse et redondante qui habille un générique d’ouverture presque conçu comme une couverture de roman-photo, et puis la découverte par inadvertance d’un crime qui vient d’être commis : Elisa (Carmen Sevilla vue dans Le Plafond de verre) tombe nez-à-nez avec son voisin (Vicente Parra moins flippant que dans Cannibal Man) tentant de se débarrasser du cadavre de son épouse. Prise en otage et entrainée malgré-elle dans la fuite de ce dernier, tentant de s’éclipser au bord de mer pour faire disparaitre le cadavre, elle semble peu à peu avoir une certaine sympathie pour ce dernier, et se montre de plus en plus enclin à l’aider… et pourquoi pas même aller plus loin.
Un bon alibi
Si l’habillage dans le choix des couleurs, l’étrange érotisme soft qui plane sur de nombreuses scènes et le sentiment de tromperie générale donnant envie au spectateur de voir les masques tomber fait inévitablement penser à ces giallos du complot encore à la mode malgré le succès de L’oiseau au plumage de cristal, la dramaturgie quasiment obsédée par cette présence d’un corps de plus en plus encombrant, se prêterait plus à un héritage hitchcockien. Un quelque chose de Frenzy entre autres, avec d’ailleurs ce même humour noir qui vient souvent épauler le suspens pour lui offrir une ironie plus mordante. Rien de plus stressant en effet, le corps de sa femme planquée dans le coffre, que de devoir aider des policiers à transporter à l’hôpital les corps de pauvres accidentés de la route ! Le McGuffin devient ici alors presque un objet de gag avant de disparaitre définitivement (en êtes-vous bien sûr ?) et que le film puisse bifurquer vers une véritable romance, entre ambiguïté et sensualité, où le doute lié à un possible Syndrome de Stockholm n’est plus possible. Eloy de la Iglesia s’amuse clairement avec les attentes et les habitudes du spectateur et l’entraine l’air badin vers un petit vaudeville final aussi meurtrier qu’intensément cynique. Le scénario est nettement plus malin qu’il n’y parait au premier abord, plaçant habilement ses petits sous-entendus, ses images trompeuses et ses petites manipulations pour ménager son twist final.
Habile, mais sans doute un peu moins intense et frappant que d’autres de ses réalisations, la mise en scène élégante n’approche qu’à de très rares occasions ces fameuses sensations déstabilisantes, voire malsaines, qu’on lui connait et la violence reste limitée à des meurtres visibles uniquement en flashback. Finalement c’est plutôt dans cette illustration symbolique d’une Espagne aux mœurs viciés, à la moralité balancée à la vague ou dans la cage d’ascenseur, via des personnages jamais véritablement sympathiques et semblant toujours avoir quelque chose cacher, qu’on le reconnait le plus.
Image
Annoncé sobrement comme un nouveau master 2K, la copie de Personne n’a entendu crier affiche bien plus que cela. La restauration à la source est évidente et le nettoyage particulièrement soigné. Plus aucun défaut n’est visible à l’écran (ou si peu) et ce tout en respectant les douces matières de pellicule, le grain, les argentiques, les textures en profondeur, avec par-dessus le tout une colorimétrie pimpante, vive et joyeusement contrastée. Impeccable.
Son
Sobre et clair, la piste sonore espagnole reste bien axée dans son mono d’origine avec un rendu clair et équilibré, frontal et ferme. Pas de perdition en vue.
Interactivité
Artus propose le film sous la forme d’un digipack avec fourreau cartonné contenant le disque DVD et le disque Bluray. Sur les deux on retrouve une présentation du film signée Marcos Uzal (Les Cahiers du cinéma) qui recoupe la filmographie de Eloy de la Iglesia en trois grandes parties : le cinéma d’exploitation, le cinéma politique et le cinéma quinqui. Personne n’a entendu crier avec ses accents de thriller se rattache bien entendu à la première. L’intervenant ajoute quelques anecdotes et infos sur le casting ou l’introduction anglaise (imposée par la production) et observe le rapprochement évident avec certaines figures hitchcockiennes.
Liste des bonus
Présentation du film par Marcos Uzal (35’).






