LE SUD

El sur – Espagne, France – 1983
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Victor Erice
Acteurs : Omero Antonutti, Sonsoles Aranguren, Iciar Bollain, Lola Cardona, Rafaela Aparicio, Aurore Clément…
Musique : Enrique Granados
Image : 1.66 16/9
Son : Espagnol DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 94 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 3 décembre 2025
LE PITCH
Dans l’Espagne des années 1950, Estrella, une jeune fille de huit ans, vit avec ses parents au nord du pays, dans une maison appelée « La Mouette ». Son père, Agustín Arenas, médecin taciturne et mystérieux, radiesthésiste à ses heures, est originaire du sud de l’Espagne, région qu’il n’évoque jamais. Intriguée par ses silences, Estrella grandit en essayant de percer le mystère qui entoure la jeunesse et les blessures passées de cet homme qu’elle admire profondément.
Une fille et son père
Remarqué et plus qu’apprécié lors de sa sortie française en 1983, le second film du trop rare Victor Eric avait cependant presque disparu, invisible. Une absence. Un manque que vient combler Le Chat qui fume avec une édition Bluray qui était forcément très attendue.
Cinquante ans de carrière et seulement quatre longs métrages, Victor Eric est un auteur qui a besoin de temps pour accoucher de ses œuvres. Il a besoin aussi de liberté et d’une acceptation de ses exigences que certaines disent maniaques. Intransigeant avec son art, voilà ce qui explique cette rareté. Le Sud faisait donc suite à L’Esprit de la ruche, autre film mêlant regard de l’enfance et histoire du pays, tourné dix ans plus tôt. Le premier évoquait la guerre civile espagnole, le second plus directement les souvenirs de la Seconde Guerre Mondiale et les ténèbres de l’Espagne de Franco, mais une fois encore par le prisme d’une jeune fille. Elle n’a plus besoin de se perdre dans l’imagerie de Frankenstein pour se créer un imaginaire, il lui suffit d’essayer de combler les silences et de s’efforcer de se représenter ce « sud » qu’a fuit son père quelques années plus tôt et dont il ne parle jamais. C’est au départ le portrait d’un homme adulé, vu par ses mystères et ses capacités « magiques » (il peut trouver les puits avec un bâton de sourcier) presque comme un magicien, un mythe pour une petite fille en quête de modèle. Une danse fusionnelle à un bal de communiante, est présenté comme le dernier état de grâce d’une innocence qui ne va dès lors plus que s’échapper.
Nul ne connait vraiment son père
Et peu à peu le portrait va se faire moins lumineux et Estella va découvrir la vraie nature d’un homme hanté par son passé, ses échecs, sa fracture définitive avec son propre propre père et incapable de communiquer avec ceux qu’il aime. Il s’agit une nouvelle fois d’une victime du franquisme, ancien résistant abattu par l’Histoire, mais aussi d’un homme qui a accepté de tout abandonner pour fuir vers le nord du pays… quitte à laisser derrière lui son grand amour, qui deviendra quelques années plus tard une actrice célèbre (le fantasme cinématographique toujours) et définitivement inaccessible. Comme le film s’ouvre sur une très lente ouverture au noir, annonçant une aube quasi mystique, Le Sud est un film qui ne se révèle que par touches, par tableaux, en toute discrétion, explorant le portrait d’une famille bien fragile comme une personnification d’un pays fracturé de l’intérieur, s’efforçant d’imposer une distance avec son passé. La sublime photographie dorée, douce et solaire des premiers temps laissera place à une image beaucoup plus simple et crue, lorsque la jeune fille adolescente, aura dépassé l’adoration pour ce paternel trop lointain et que le dialogue aura été totalement été rompu, achevant de faire de cet homme un fantôme, insaisissable, impalpable, déjà parti et dont il ne reste plus que des fragments.
Adaptant le roman de sa compagne Adelaida Garcia Morales, Erice avait bien prévu de tourner la troisième partie de l’histoire, ce voyage de la protagoniste vers ce Sud en quête d’une reconnexion et d’une réconciliation avec ses racines, mais la production déjà inquiète par un tournage trop long et un budget dépassé mis fin à l’entreprise. Le Sud reste alors une histoire inachevée, en suspens, laissant les dernières image sur un espoir possible pour une futur vie d’adulte apaisée mais aussi une nation capable de résilience. Mais c’est aussi sans doute ce qui le rend plus beau et touchant encore, la fin restant ouverte plutôt qu’explicative, potentielle plutôt que réelle. Le Sud reste jusqu’au bout un rêve cinématographique.
Image
Le Chat qui fume nous offre à nouveau une superbe restauration. Effectuée à partir d’un scan des négatifs 35mm le nettoyage est d’importance mais accompagné d’une stabilisation et d’une homogénéisation délicate de l’image. Tout en préservant comme il se doit la finesse du grain et les contours organiques des cadres, le master dispose une netteté inédite, profonde et souvent particulièrement impressionnante dans sa gestion de la lumière, de la pénombre surtout, et une palette qui frôle très souvent le monochrome. Une toile de maître capturé par des orfèvres.
Son
Sobre et frontale mais tout à fait claire et délicate, la piste sonore espagnole est proposée dans un DTS HD Master Audio 2.0 sans anicroche ou signe de faiblesse.
Interactivité
Pour accompagner cette édition présentée en boitier scanavo fullframe et fourreau cartonné, Le Chat qui fume propose deux interventions vidéo. La première est consacrée essentiellement au film proposé ici et enregistrée par le journaliste cinéma Justin Kwedi qui après avoir fait le portrait du réalisateur s’attache à observer l’esthétique du film, sa narration et ses thèmes (psychologiques, politiques…), revenant aussi, entre autres, sur sa structure inachevée. Spécialiste du cinéma espagnole Pascale Thibaudeau étend la réflexion sur une industrie parsemée de grands cinéastes et de grandes œuvres plutôt qu’une école continue, puis revient sur les autres films d’Erice (longs et courts) pour mieux dessiner les obsessions de celui-ci et des exigences qui ont parfois provoqué quelques difficultés vis-à-vis de ses producteurs.
Liste des bonus
« El Sur » par Justin Kwedi (20’), Victor Erice par Pascale Thibaudeau (26’), Bande-annonce.







