PUPPET MASTER I & II

Etats-Unis – 1989, 1990
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : David Schmoeller, David Allen
Acteurs : Paul Le Mat, William Hickey, Irene Miracle, Jimmie F. Skaggs, Elizabeth Maclellan, Collin Bernsen, Steve Welles, Greg Webb, Charlie Spradling…
Musique : Richard Band
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 85 et 88 minutes
Éditeur : Video Popcorn
Date de sortie : 6 mars 2026
LE PITCH
Puppet Master : 1939, André Toulon a réussi à insuffler la vie à ses marionnettes : les Puppet Master. Découvert par les Nazis, il se suicide afin d’emporter son secret avec lui. 1989, un groupe de jeunes hommes aux pouvoirs extralucides se rend dans l’hôtel particulier de Toulon afin d’y retrouver l’un de leurs proches…
Puppet Master II : Les marionnettes entreprennent de ramener à la vie leur créateur André Toulon. Déterré et devenu mort-vivant, ce dernier permet aux marionnettes de se maintenir en vie. Ayant, pour cela, besoin de cerveaux humains, une nouvelle série de crimes atroces va bientôt déferler.
« Elles sont jolies les mignonnettes »
En grande partie toujours inédite en France (en particulier les derniers chapitres), la série des Puppet Master est pourtant tout aussi riche et productive qu’une saga horrifique de l’ampleur des Vendredi 13 et dépasse pépère les Freddy et autres Halloween. Et oui, déjà quinze films au compteur pour les marionnettes tueuses de Charles Band, dont les deux premières aventures débarquent enfin en HD sous nos latitudes grâce à Vidéo Popcorn.
Sorte de fils spirituel du grand Roger Corman, Charles Band partage la même volonté de faire un cinéma de genre imaginatif, libre, terriblement bis et surtout particulièrement fauché. De la pelloche coûte que coûte qui aura abouti à la révélation du talent de Stuart Gordon (Re-animator, From Beyond) ou permis les premiers pas du bourrin Renny Harlin (Prison). Mais là où Corman célébrait finalement un système reposant sur la confiance et la liberté du réalisateur (ou chef de produit en l’occurrence), Band aurait plutôt la personnalité du mogul à l’égo surdimensionnées tentant de s’arroger la moindre réussite, d’apposer au maximum son nom sur les affiches (souvent comme « sur une idée de »), voire de glisser son très inégal pas parfois très cool frangin, Richard Band à la composition de la bande originale. Beaucoup d’inimitiés et de belles gamelles, mais cela ne l’empêche pas de se relever rapidement après la chute de sa société Empire, créant sur ses cendres la désormais célèbre Full Moon. Une petite boite qui sent le vent tourner, et qui repose autant sur son catalogue faramineux de produits dérivés disponibles dans le catalogue du Fan Club officiel (T-Shirt, affiches, figurines, props…) que sur le marché alors florissant dans les années 80 de la vidéo. Plus question de chercher une projection sur grand écran, lorsqu’il met en marche le premier Puppet Master, Band hésite mais finira par choisir la bonne vieille VHS (souvenez-vous cette grosse boite que l’on mettait dans un magnétoscope).
« Pull the strings ! »
Et bien lui en a pris tant le succès permettra rapidement de faire fructifier la petite maison et surtout de lancer une série des plus productives (mais aussi bordélique et irrégulière) avec pas plus d’une dizaine d’épisodes dont un crossover nimporte-nawak Puppet Master Vs Demonic Toys et quelques spinoff. Ce n’est pourtant pas là le reflet d’un détournement d’un film d’auteur en serial commercial, mais bien la continuité d’une démarche dument pensée dès les premiers pas du film. Ainsi, n’allant jamais chercher très loin dans ses bagages, Charles Band tient clairement à profiter de l’aura du récent Jeu d’enfant (premier épisode des trépidantes aventures de Chucky), mais en se reposant sur son bon savoir-faire en matière de petite être cruels, espiègle et sadique : les deux Ghoulies, le Dolls de Stuart Gordon, voir le pachydermique Troll. L’idée étant ici de bien entendu remplacer ces petites poupées et ces démons crétins en marionnettes bien plus étranges, iconiques et mémorables : Jester l’arlequin aux expressions changeantes, Pinhead au look de gros bras surdimensionné, Leech Woman le succube qui vomie des sangsues, Tunneler et sa tête de Benito Mussolini couronnée d’une vrille incorporée et surtout Blade, hommage éclatant aux tueurs de giallo dont les yeux semblent en érection à chaque assassinat. A ceux-là viendra s’ajouter dès la première suite le superbe Torch à la tête en forme de casque allemand armé de son gentil lance-flamme. Et ce sont bien entendues elles les stars du show, jamais montrées à outrances, surtout pas bavardes, mais portées par des effets spéciaux d’une mise en pratique certes artisanale mais d’une efficacité particulièrement surprenante. Un mélange habile d’effets de cadrages, de stop-motion, de marionnettes à l’ancienne et de trompe l’œil qui affirme l’identité propre de chaque créature et leur insuffle une vie particulière, curieuse, qui fait tout leur charme.
La preuve par trois
Mais dans la réussite de Puppet Master, il ne faudrait surtout pas oublier la présence de David Schmoller à la réalisation du premier film. Cinéaste peu chanceux (aucun grand succès), il porte pourtant une patte admirable, déjà très présente dans son survival glauque Tourist Trap, qui justement détourne le concept horrifique classique du jeu de massacre pour le plonger dans une ambiance délétère, flottante et inquiétante soutenue par la photographie funèbre de l’immense Sergio Salvati (L’enfer des zombies, L’au-delà). Dans Puppet Master premier du nom, les marionnettes ne prennent leur place au premier plan que laborieusement, meurtre après meurtre, laissant au cinéaste le loisir d’insuffler une vaporeuse sorcellerie dans chaque plan, une bizarrerie macabre qui ferait presque penser parfois à du David Lynch ou au Maitre des illusions de Clive Barker. Un rythme lancinant, accompagné du thème mélancolique de Richard Band, où la sexualité (soft) latente et les exécutions aussi expéditives que graphiques (surtout en version uncut), imprègnent ses créatures d’un statut ambivalente (ni bien ni mal) et poétiquement magique. Difficile malheureusement de dire autant de bien du suivant Puppet Master II, sequel hautement commerciale qui se borne à reproduire en version teenage le pitch du modèle (une maison, un groupe de curieux, beaucoup de morts). Pourtant David Allen responsable SFX sur quelques célèbres grosses productions (Willow, Le Secret de la pyramide, SOS Fantôme II…), mais qui fut surtout créateur graphique des marionnettes et réalisateur de seconde équipe sur le premier chapitre se voit catapulté ici metteur en scène. Il y livre de bien plus belles prouesses en termes d’animation et offre un hommage touchant aux productions Universal (André Toulon ressuscité transformé en cousin de L’Homme Invisible dans son labo et caressant les désirs de La Momie), mais la pauvreté des personnages humain, le ridicule de nombreuses situations et surtout la mise en scène impersonnelle et austère empêche le petit film d’exploitation de véritablement décoller. Un second volet plus faible mais qui préserve cet esprit si particulier, frondeur et bricoleurs de ces nombreuses productions d’exploitation en direction du marché émergeant de la vidéo, certes opportuniste parfois, souvent décalquées les unes sur les autres, mais où pointait souvent une petite trace de magie, et certainement un vrai amour du genre.
Image
On retrouve ici les deux masters HD déjà présenté sur les anciens DVD d’Artus. Des remasterisations effectuées par le studio Full Moon en interne, à partir des meilleures sources possibles, mais qui ne sont pas forcément repassées par un scan 2K ou 4K des négatifs ce qui entraine forcément une définition en dessous de ce que l’on pourrait attendre aujourd’hui. C’est particulièrement notable pour le premier métrage toujours un peu trop doux, trop lisse et trop plat. Heureusement en dehors des plans de stop-motion et autres trucages, la prestation est très propre et plutôt agréable. Le second film s’en sort nettement mieux avec un piqué solidement dessiné, une colorimétrie plus forte et contrastée et un grain toujours présent, parfois un poil bruité, mais qui en tout cas redonne des contours argentiques à l’ensemble.
Son
On retrouve ici les bonne vieille vf désincarnée de direct-to-video avec des jeux très aléatoires et un mixage artificiellement boosté mais toujours assez plat. A côté les versions originales sont nettement plus convaincantes dans leurs DTS HD Master Audio 2.0 sobres mais clairs. Le jeu des acteurs n’est pas toujours des plus intenses et les ambiances sonores (musiques, bruitages…) ne cachent pas la modestie des productions, mais les mixages sont tout à fait efficaces.
Interactivité
Après Anthropophagous et The Borrower, Video Popcorn monte d’un cran grâce à son partenariat avec le studio US Full Moon. En attendant donc le Puppet Master III en 4K et les mini-figurines Tiny Terrors et autres T-Shirt en préventes sur leur site, voici donc deux éditions Bluray collector qui témoignent une nouvelle fois de la passion de cette petite maison pour le bon vieux ciné bis.
Pour le premier film par exemple on peut découvrir en exclusivité le director’s cut reconstitué pour les parties manquantes avec une source vidéo recadrée. Quelques minutes inédites avec une scène de sexe légèrement plus explicite et surtout quelques inserts plus gores et célébrant plus généreusement l’inspiration des techniciens des effets spéciaux. Un met de choix complété par le petit making of promotionnel mêlant images du tournage et petits interviews enthousiastes de l’équipe du film, puis suivi par une interview d’archive supplémentaire de David Allen, concepteur des marionnettes et alors réalisateur de seconde équipe, mais qui n’a pas franchement l’air de goutter particulièrement à l’exercice. La discussion récente entre le présentateur de la chaine Croix2Malte et le producteur Charles Band est nettement plus enthousiaste et permet de revenir sur les méthodes de production de Full Moon, les origines de la saga, les musiques de Richard Band et bien entendu les créatures les plus marquantes.
Le second opus n’est pas en reste et c’est une fois encore Charles Band qui mène la danse avec un commentaire audio qui délivre quelques anecdotes sur le tournage, les acteurs et les effets spéciaux, mais qui dévie aussi beaucoup sur d’autres films de son catalogue dont les Ghoulies. Le tout est sous-titré en français cela va de soi. Puppet Master II s’offre même pour ses bonus un second Bluray entièrement dédié. Il faut dire que l’éditeur français a mis la main sur les nombreuses images tournées dans les coulisses du film. Si le segment Full Moon Video Zone proposé autrefois en bonus sur les VHS (et oui, ils étaient précurseurs) affiche une forme de making of relativement classique, promotionnelle mais sympathique, les deux autres item affichent des durées de plus de trois heures et de quatre-vingt-dix minutes. Ils prennent l’apparence de long B-Roll, sans coupure et sans véritable montage, suivant des premiers essais des SFX jusqu’aux scènes avec acteurs, la mise en place des séquences, des trucages, des décors, des lumières et les diverses collaborations d’une production artisanale, détendue, mais tout à fait studieuse.
Liste des bonus
Puppet Master : Montage Uncut (89’), Interview inédite de Charles Band par la chaîne Croix2Malte (34’), Les Coulisses de Puppet Master (9’), Interview de David Allen (7’), Bande-annonce, Pub commerciale.
Puppet Master II : Commentaire audio de Charles Band, « Les Coulisses de Puppet Master 2 » (209’), « Dans les coulisses de Puppet Master 2 » (89’), Full Moon Vidéo Zone : Les coulisses de Puppet Master 2, Bande-annonce du film.







