SISSI : L’INTÉGRALE DE LA SAGA

Mädchenjahre einer Königin, Sissi, Sissi : Die junge Kaiserin, Sissi : Schicksalsjahre einer Kaiserin – Autriche – 1954 / 1957
Support : Bluray
Genre : Drame historique
Réalisateur : Ernst Marischka
Acteurs : Romy Schneider, Karlheinz Böhm, Magda Schneider, Gustav Knuth, Uta Franz, Vilma Degischer…
Musique : Anton Profes
Durée : 100, 101, 105, 103 minutes
Image : 1.78 16/9
Son : Allemand et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 18 novembre 2025
LE PITCH
La jeune Sissi accompagne à la cour impériale d’Autriche sa mère et sa sœur aînée Hélène promise au futur empereur. Comme à son habitude Sissi profite d’un moment en solitaire pour partir en promenade au cours de laquelle elle va rencontrer sans le savoir l’héritier impérial…
Secrets d’Histoire
Il y a des films qui sentent bon les rediffusions de Noël, une madeleine de Proust pour toute une génération. Si on vous parle d’une princesse au grand cœur, d’un empereur à conquérir, d’une belle-mère acariâtre, vous pensez Cendrillon. Mais si l’on vous dit Romy Schneider, le doute n’est plus permis et Sissi s’impose dans vos cœurs.
Si vous croisez un jour Stéphane Bern, engagez la conversation autour de la saga des Sissi, et vous risquez de devoir réviser votre histoire. Car Elisabeth de Wittelsbach (à ne pas confondre avec Elisabeth de Bavière) née en 1837 n’a pas eu la vie aussi conte de fée que celle des films. Si ceux-ci occultent son destin tragique avec la perte de deux de ses enfants et de nombreux membres de sa famille (parallèle troublant avec la vraie vie de Romy Schneider), elle en conserve certains épisodes majeurs. Son mariage avec François-Joseph 1er et son rôle non négligeable dans la paix austro-hongroise qui a ébranlé la plénitude de l’empire. Reconnaissant, elle sera couronnée reine de Hongrie en plus de son titre d’impératrice. Aimée aussi bien pour sa beauté que pour son tact a unifier les peuples, elle n’en fut pas moins assassinée en 1898 par un anarchiste italien.
Histoire de princesse
En dehors de l’intérêt cinématographique dans la culture populaire que représentent ces films, les Sissi sont un élément majeur dans l’industrie allemande. Au lendemain du conflit de la Seconde Guerre Mondiale, il est peu de dire l’image négative qu’a le pays. Premiers films exportés à grande échelle en langue allemande (ils sont tournés alternativement en allemand et français. Les deux versions sont présentes dans le présent coffret édité par Rimini et Arcades éditions), ils ont pour volonté de montrer les valeurs d’antan de la région bavaroise et de sa voisine l’Autriche. A l’instar de son rôle diplomatique d’impératrice, Romy Schneider, à son échelle, réconciliera le public avec son pays. Avec plus de dix millions d’entrées en France pour la trilogie, c’est un véritable triomphe dont l’actrice sera la première bénéficiaire. Elle porte la saga sur ses frêles épaules, âgée de 17 ans et dégage une aura d’innocence et d’espièglerie qui accapare la caméra. Si son jeu reste fragile, on ne peut qu’admirer son parcours d’actrice qui culminera sous le regard de Claude Sautet des décennies plus tard. Mais au-delà de son rôle, les Sissi existent aussi grâce à des seconds couteaux savoureux. La palme revient au teuton Joseph Meinrad, il est la garantie humour dans ce monde monarchique, passant de policier en mode « inspecteur Clouzot» dans Sissi à colonel aide de camps de l’impératrice dans les suites. Il jubile de tant de cocasserie. A ses côtés la maman de Romy, Magda, joue le rôle chaperonne dans la vie comme dans le film. Proche du pouvoir allemand en temps de guerre, elle a côtoyé de prés le hautes sphères du Reich. Vilma Degisher, l’interprète la mère de l’Empereur est quant à elle la véritable grand-mère de l’archiduc Louis Ferdinand d’Autriche. De telles résonances avec le film touche à l’incroyable ! Seul Karlheinz Bohm que l’on reverra dans Le Voyeur de Michael Powell n’a pas de pedigree royal alors qu’il interprète l’Empereur.
Petite histoire, grand destin
Les films se donnent les moyens. Tournés en grande partie dans les décors magnifiques de Bavière, la gestion est laissée à Ernst Marischka, auteur d’une centaine de scénarios. Homme de théâtre, il a grandi dans le faste de son empire et s’évertue à faire oublier les affres du nazisme. Il se trouve ici à la bonne place. Ayant déjà collaboré l’année précédente avec Romy Schneider sur Les jeunes années d’une reine (présent dans le coffret), il sait qu’il a son atout charme. Fausse préquelle aux Sissi, l’actrice y interprète une jeune Victoria qui va aussi tomber sous le charme du prince charmant. Marischka, sous couvert d’histoire à l’eau de rose, n’en oublie pas le sous-texte politique passé et présent de l’impératrice. Ainsi, les tensions austro-hongroises évoquées dans le premier trouvent sa résolution dans Sissi Impératrice, le second volet. Élément scénaristique indispensable pour faire évoluer en symbiose le personnage avec l’histoire de son pays. En filigrane, d’autres atours historiques sont parsemés dans la saga. Ainsi dans Sissi face à son destin, une visite en Italie qui tourne mal évoque le futur assassinat d’Elisabeth «Sissi» de Wittelsbach. La soif d’indépendance du rôle tenu par Romy Schneider renvoi à celui de l’Autriche qui le sera en 1955.
Mais n’oublions pas ce qu’est Sissi. Une romance populaire pour toutes les fleurs bleues qui sommeillent dans le spectateur avec son lot d’intrigues de palais et d’amours contrariées. Ainsi la guerre et la politique évoquées prennent le visage de l’impératrice et de sa belle-mère qui atteint son paroxysme dans le deuxième tome. Conforté par le succès du premier, le réalisateur s’affirme, sa mise en scène devient plus ample, ses mouvements de caméra plus chorégraphiés comme en témoigne la salle de bal où les couleurs des tenues se mélangent dans un tableau pictural. Les seconds rôles également prennent de l’importance, vivant leur autonomie indépendamment des personnages principaux. Et lorsque Sissi est face à son destin, legénérique s’ouvre sur son nom formé par des pigeons sous le ciel de Venise. Une image qui renforce l’assise de l’impératrice qui dans cet ultime volet règle ses comptes avec les méchancetés de l’opposition et se bat contre la maladie. Enfin affranchie des tracas, la saga aurait pu se prolonger si Romy n’avait mis un haut là de peur de s’enfermer dans un rôle. Bien lui en a pris, la trilogie se suffit à elle-même. Elle retrouvera son rôle d’une bien autre façon dans le Ludwig, le crépuscule des Dieux de Luchino Visconti une quinzaine d’années plus tard. L’heure de la maturité a sonné pour elle, mais ça c’est une autre histoire.
Image
Pour leurs 70 ans, les films s’offrent une nouvelle jeunesse. Tournés à l’origine en Agfacolor, les copies ont de quoi surprendre. Passons sur les quelques passages trop doux (particulièrement dans Les jeunes années d’une reine) pour se consacrer à l’excellent transfert des films. Les couleurs des costumes tranchent allégrement avec les décors pour travailler au mieux les nuances. Les scènes de bal jouent sur le mélange des rouges, jaunes et autres couleurs chatoyantes. Les paysages (la plupart du temps) offrent des détails très probants comme l’ouverture avec les pigeons de l’épisode trois où le nom de Sissi apparaît. Seules les surimpressions peuvent manquer de stabilité. Mais ne boudons pas le plaisir, Romy reste extrêmement lumineuse et passe à l’immortalité.
Son
Contrairement à la version outre-Atlantique en VO 5,1 DTS HD, l’éditeur nous propose les versions mono. Le choix est dû à la présence des deux montages des films causant un problème de stockage sur les galettes. Il ne faut pas s’en plaindre. Forcément plus étriqué, il fait tout de même honneur aux films en restituant avec suffisamment de bonheur l’équilibre sonore tout en évitant la saturation de l’âge.
Interactivité
Le coffret intégral de Sissi regroupe à chaque fois les deux montages du film tournés en parallèle. Ceux-ci ne se différencient que de quelques plans et angles de caméra alternatifs. Pour la section bonus proprement dite, il ne tourne que sur la personnalité de son actrice principale, moteur incontournable du film. Dispersé sur les quatre disques, on passe d’un portrait de Romy réalisé en 1966 durant trois jours passés à la montagne avec le journaliste Hans-Jurgen Syberg à un module commenté par l’actrice durant le tournage de Sissi impératrice. Deux autres bonus consacrés à la star par des spécialistes et auteurs d’ouvrages la concernant clôturent l’édition. On aurait aimé plus de détails sur le cinéma autrichien de l’époque d’après-guerre ou un document historique consacré aux tentacules européennes de la monarchie de l’époque souvent évoquées dans les films. Un jeu de photos au format carte postale agrémente l’édition.
Liste des bonus
« Romy, anatomie d’un visage » (1967, 61’), « De Romy à Sissi : Le tournage de Sissi Impératrice » (18’), « Ah, cette Sissi ! : Comment Romy Schneider a appris à dire non » : (9’), « Deux livres pour Romy » (31’).







