DERRIÈRE LA PORTE VERTE

Behind The Green Door – Etats-Unis – 1972
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Erotique
Réalisateur : Artie Mitchell, Jim Mitchell
Acteurs : Marilyn Chambers, George S. McDonald, Johnnie Keyes, Elizabeth Knowles…
Musique : Daniel Le Blanc
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 72 minutes
Editeur : Pulse Vidéo
Date de sortie : 7 janvier 2026
LE PITCH
Gloria, une ravissante américaine sans histoire, est enlevée par des inconnus. Elle l’ignore encore, mais la belle sera cette nuit la vedette d’un spectacle exotique aussi curieux qu’excitant. Derrière une porte verte, amantes et amants l’attendent, ainsi qu’un public de voyeurs masqués triés sur le volet et composé de riches privilégiés.
Un secret bien gardé
Film précurseur et modèle d’une certaine idée du cinéma pornographique, plus soigné, plus esthétique, plus sensoriel, Derrière la porte verte est un des rares incontournable du genre. Une expérience visuelle et sensuelle où a éclos l’une des plus mémorables porno star : la sublime Marilyn Chambers.
Les digues de la censure se craquèlent depuis quelques années, agitées par les revendications sociales et culturelles de la nouvelle génération, par un cinéma d’exploitation de plus en plus démonstratif, et en ce début des années 70, le cinéma porno peut enfin sortir ghetto. Anciens étudiants en école de cinéma devenus spécialistes de ces fameux « loops » que les pornocrates pouvaient visionner dans de petites cabines dédiées, les frères Mitchell (soit Artie et Jim) décident de passer au niveau supérieur en se lançant dans leur premier long métrage. Nous sommes en 1972 précisément, année de sortie d’un autre film fondateur George Profonde, qui lui aussi connaitra les honneurs d’une médiatisation inédite et de projections plébiscitées dans des cinéma traditionnels par toute l’Amérique. Mais Derrière la porte verte est tout de même, cinématographiquement parlant d’un tout autre niveau. A la pantalonnade pseudo-fantastique du premier (rappelons que l’héroine est censée avoir un clitoris au fond de la gorge), le film des Mitchell prend plutôt la forme d’un étonnant happening, d’une expérience totale où musique et images, tous deux lancinantes, deviennent incantatoires même par moments, pour aboutir à l’un des orgasmes les plus célèbres du genre : une éjaculation cyclique dans un ralentis distendu sur fond d’irisations, de superpositions et couleurs psychédéliques. Le film ne s’embarrasse pas vraiment d’histoire (une jeune femme est kidnappée pour être offerte dans un club mais se montre surtout très intéressée par la proposition) mais repose surtout sur le pouvoir d’évocation de son simple cadre : un théâtre pas comme les autres.
Silencio !
Celui d’un club secret où quelques curieux de toutes sexualités et formes confondues, viennent observer un spectacle érotique où la belle Gloria est offerte à quelques femmes pour des carrières saphiques, puis à un homme noir (première scène de sexe interraciale de l’histoire au passage) et enfin à plusieurs harnachée sur une balançoire érotique. Les pulsations de l’expérience scénique, la longue montée du désir et du plaisir, se diffuse peu à peu dans l’audience qui s’adonne à son tour à une orgie réjouissante de différences et de naturel. Une aventure qui semble en définitive n’être qu’une forme de long fantasme, raconté dans un diner par deux hommes dans le secret, dont l’un d’eux s’imaginera s’enfuir avec la demoiselle pour s’adonner dans une voiture à une scène d’amour plus onirique. Tourné en seulement 24h, que l’on imagine particulièrement intenses, Derrière la porte verte affiche forcément quelques défauts de ce type d’entreprise (dans la première partie on observe quelques plans bâclés, des effets de montage à coté…) mais impressionne constamment par ses ambitions cinématographiques et par l’étrangeté qui se dégage du dispositif, pas si loin finalement de cette réalité biaisée qui sera la constituante du cinéma de David Lynch. Si le pitch peut faire penser à une évocation datée d’un fantasme du viol, l’aspect rêvé du film, le refus de la standardisation des corps et la place de LA femme dans le cadre, célébrée et puissante, la gomme rapidement.
Jeune mannequin qui se rêvait actrice, Marilyn Ann Briggs pensait se rendre à une audition tout ce qu’il y a de plus classique lorsqu’elle rencontra les frères Mitchell. Au départ réticence à s’adonner à du sexe non simulé, elle accepta finalement en échange d’un salaire mirobolant pour l’époque (2500 dollars) et surtout un pourcentage sur les recettes du film. Elle n’est pas seulement actrice du film, elle en est la star, le point de mire centrale, celle qui attirent (et pour cause) tous les regards, contrastant déjà avec le tout venant de la pornographie : un charme évident plus qu’une beauté classique, un corps athlétique plus que voluptueux, et une personnalité magnétique, affirmant pleinement la puissance de son corps. Pas si étonnant qu’elle devienne quelques années plus tard une prédatrice sexuelle pour David Cronenberg dans Rage.
Un film absolument important dans l’histoire du X mais aussi du cinéma en général, réussissant à imposer une icône nouvelle, mais aussi une approche profondément cinématographique d’un genre qui a souvent tendance à se contenter de ses scènes gynécologiques. Derrière la porte verte est à la fois un film qui contient tous les codes du cinéma porno à venir, tout en les déviant déjà vers un ailleurs halluciné, inconscient et étrange.
Image
Comme le raconte le documentaire en bonus, Vinegar Syndrome a découvert dans les archives des frères Mitchell une grande partie des copies d’origines de leurs productions et trônant au milieu le fameux Derrière la porte verte. Pas de bidouillage ou de gommage numérique, cette copie UHD a bien été produite à partir d’un scan 4K des négatifs 16mm puis admirablement restaurée par des spécialistes de l’exercice. Quelques restes de ridules ou échos de légères taches ou points blancs persistent parfois à l’écran, mais la propreté générale est tout simplement miraculeuse, soulignant plus que jamais le soin apporté initialement à l’image et à l’esthétique. Le piqué est ultra-solide, les matières admirablement dessinées et le grain, vibrant et organique, préserve son caractère de l’époque. Pas de traitement Dolby Vision mais en tout cas un HDR10 qui assure des noirs profonds mais jamais bouchés, et une palette riche, contrastée et naturelle. Magnifique.
Son
La piste originale américaine préserve bien entendu son mono premier, mais développé avec finesse sur un DTS HD Master Audio 2.0 qui laisse pleinement apprécier là aussi la restauration. Le son est clair, équilibré et a totalement oublié les distorsions d’autrefois. Le film étant peu bavard, le doublage français ne prend pas trop de place mais la piste, elle aussi disposée en DTS HD Master Audio 2.0 est un peu plus écrasée.
Interactivité
L’éditeur français Pulse Vidéo continue son partenariat avec l’américain Vinegar Syndrome et propose donc une édition de Derrière la porte verte tout à fait équivalente à la leur. La première différence se fait sur le packaging (pas de livret et le CD de la bo est proposé séparément sur le site de l’éditeur) mais aussi malheureusement l’absence de sous-titres français sur certains segments comme les deux bonus audio (le commentaire du journaliste spécialiste de Marilyn Chambers et l’interview d’archive de l’acteur masculin), ainsi que le segment consacré à la gestion technique des nombreuses superpositions du film. Heureusement les deux items les plus importants ont bien été traduits, soit une évocation rapide mais assez complète de la biographie et la carrière de Marilyn Chamber par Jared Stearn, et surtout le doc Preserving the Legacy qui sert autant de making of rétrospectif que de travelling sur les exploits des frères Mitchells (leurs débuts dans les loops sexy, leur vision du porno, leurs clubs de strip-tease, le triste fait-divers final…) ou de retour plus concret sur le travail de restauration effectué sur Derrière la porte verte. Très complet et intéressant. Le tout est complété par une collection de bandes annonces très typées de l’époque, une galerie de documents photos (utilisés dans les différents bonus vidéo) et la version largement raccourcie du film qui était proposée à la vente au format Super 8.
Liste des bonus
Commentaire audio de Jared Stearns biographe de Marilyn Chambers (vo), Interview audio de l’acteur George McDonald (vo), Behind The Mitchell Brothers Film Group: Preserving The Legacy (41’), Portrait de Marilyn Chambers par son biographe Jared Stearn (9’), Teasers et Bandes-originales, Version Super 8 (25’), Winding Through : Behind the Green Door (8’, vo), galerie de photos (4’).






