COFFRET CRAZY SHAW

蛇王子 + 油鬼子 + 邪 + 蠱 + 魔 + 種鬼 – Hong-Kong – 1976 / 1983
Support : Bluray
Genre : Fantastique, Arts Martiaux, Horreur
Réalisateurs : Lo Chen, Ho Meng-Hua, Kuei Chih-Hung, Yeung Kuen
Acteurs : Ti Lung, Lin Chen-Chi, Yue Wong, Danny Lee, Chen Ping, Lily Li, Tien, Ni, Wang Jung, Chen Szu-Chia, Fei Ai, Melvin Wong, Fanny Fen-Ni, Phillip Ko, Lin Shao-Yen, Wai Kar-Man, Norman Chu, Maria Jo…
Musique : Chen Yung-Yu, Eddie Wang, Su jen-Hou, Shing Chin-Yung
Image : 2.35 16/9
Son : Mandarin DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 93, 88, 94, 101, 105 et 88 minutes
Editeur : Spectrum Films
Date de sortie : 25 novembre 2025
LE PITCH
The Snake Prince : Le Prince des serpents et ses deux frères sortent de leur montagne pour découvrir la vie chez les humains. Il découvre un village qui prie les dieux de les sauver de la famine et de la sécheresse. Le Prince tombe amoureux de la jeune Hei Qin et promet de les sauver en échange de la main de la jeune fille.
Oily Maniac : Un estropié se venge des criminels en utilisant un sort magique qui le transforme en un super-héros prenant la forme d’un monstre huileux…
Hex : Une femme qui croit avoir assassiné son mari violent le voit revenir comme un fantôme vengeur…
Bewitched : Alors qu’il est possédé par un mauvais esprit, un homme assassine sa fille. Un détective enquêtant sur l’affaire devient à son tour possédé. Un moine va alors aider à combattre le mauvais esprit.
The Boxer’s Omen : Un jeune kickboxer se rend en Thaïlande pour tuer l’assassin de son frère, mais un sorcier aux pouvoirs déroutants déjoue ses plans.
Seeding of a Ghost : Chow, un modeste chauffeur de taxi, heurte accidentellement un homme. Le blessé, adepte de magie noire, prédit à Chow que leur rencontre entraînera pour lui de grands malheurs.
Y a pas que les films de sabre dans la vie !
Le catalogue de la Shaw Brother est vaste et contient de nombreux trésors ou curiosités souvent éclipsés par les grands classiques de la maison ou ses plus grands cinéastes (au hasard Chang Che, Liu Chia-Lang, pour ne citer qu’eux) et Spectrum entend bien en donner un panorama des plus complets. Voici donc réunis en un seul coffret, deux œuvres assez inclassables (The Snake Prince et Oily Maniac) et quatre films d’horreur particulièrement frappés.
La mythique Shaw Brothers sera associée pour l’éternité à l’image d’un studio spécialiste des films d’arts martiaux, kung fu ou wu-xia pian, et d’une certaine vision historique et intemporelle d’une Chine fantasmée, en costumes. Tout au long de ses quarante années les plus productives (du début 50 à fin 80), cette dernière a abordé tous les genres, de la comédie au drame, de la comédie musicale au polar urbain, du film érotique au grand spectacle historique, et a naturellement connu en cours de route quelques rejetons un peu, dirons-nous, particuliers. Comme des anomalies, témoins de tentatives de renouvellement et d’expérimentations incertaines, à l’image de ce The Snake Prince signé par le pourtant solide Lo Chen (l’un des piliers de la Shaw et spécialiste du mélodrame) qui en revisitant le célèbre conte du Serpent blanc en livre une version qui mélange comédie musicale hippie, scènes de combats mollassonnes, érotisme gratuit voire douteux pour un film qui se veut grand public (la belle qui se frotte aux grand boa dans son lit…) et même une certaine dose de cruauté sanglante dans ses derniers instants. Cela pourrait être amusant si les nombreuses scènes chantées n’étant pas aussi disgracieuses et tristement chorégraphiées, mettant manifestement notre brave Ti Leung, l’une des icônes de Chang Che et John Woo, assez mal à l’aise. Il faut cependant reconnaitre à l’objet des beaux restes du savoir-faire technique du cinéaste, des décors luxueux et surtout trois serpents géants certes aux comportements très naïfs, mais dont les effets spéciaux sont plus qu’honorables et assez poétiques.
Les Monstres de la Shaw
Dans le mélange des genres, le Oily Maniac tourné la même année fait preuve lui aussi d’une certaine hardiesse. On y découvre un Danny Lee (oui celui de The Killer) en brave type physiquement handicapé qui va découvrir un moyen de se transformer en créature effrayante composée de pétrole (ou huile de coco, c’est obscur) au départ pour protéger l’amour de sa vie, puis rapidement pour assouvir sa vengeance et plus généralement sa soif de violence. A la fois film de super-héros déviant, film de monstre, film d’action et film de sexe, cette relecture très libre d’une célèbre légende malaisienne porte indéniablement la marque de son réalisateur, le souvent barré Ho Meng-Hua (Black Magic, Le Colosse de Hong Kong…) qui compense souvent la faiblesse de ses œuvres (comme les effets spéciaux) par un joyeux bordel qui bouffe à tous les râteliers. Ici accessoirement à celui des Dents de la mer auquel il pompe allègrement son thème principal. Très maladroit mais très bis, voilà de belles qualités que l’on pourrait aussi attacher au très sympathique Seeding of a Ghost, signé par un Kuen Yeung dont ce sera le seul film pour la Shaw. L’objet démarre tel un mélodrame conjugal avec tromperie honteuse filmée aux ralentis sur le bord de plages et étreintes volées mais passionnées (et caméra qui s’attarde fortement sur le corps de l’actrice) avant de bifurquer lors d’une scène plutôt brutale au rape & revenge. Le mari trompé tente un premier temps de se faire justice lui-même, mais les poings de résolvant pas tout, il finit par faire appel à un sorcier qui va faire revenir le corps de la belle (qui ne l’est plus vraiment) à la vie pour qu’elle s’attaque elle-même à ses agresseurs… mais aussi à son ancien amant et sa compagne. Le film oublie très rapidement son réalisme premier pour s’engouffrer dans la succession de scènes chocs faites de gerbes d’asticots, d’attaques de femmes possédées et enragées, de morts douloureuses et d’envolées d’une zombie décharnée particulièrement flippante. Le tout culmine dans un massacre aussi gore que kitch totalement gratuit dont la naissance d’un rejeton monstrueux aux tentacules voraces ne sera pas sans rappeler quelques images de The Thing… en beaucoup moins classe.
Le Grand Guignol de Kuei Chih-Hung
Mais certainement que le cœur de ce coffret, et son attrait principal, reste la série de trois films concoctée par l’inénarrable Kuei Chih-Hung. Un cinéaste un peu à part au sein de la Shaw puisque malgré quelques gros succès au box-office (dont ces films-là), il sera toujours resté un peu en marge du coté des budgets plus modestes et sans stars. S’il a touché au thriller, au récit social et même au film de sabre avec l’unique, mais très réussi, Killer Constable, il s’est surtout rapidement spécialisé dans le film d’horreur made in Shaw (Ghost Eye, Spirit of the Raped, The Criminals…), et par un attrait thématique et visuel pour la sorcellerie. Le ton reste encore relativement classique dans le superbe Hex réinterprétation locale des Diaboliques de Clouzot, s’inscrivant dans les riches décors et luxueux costumes du studio. Un métrage qui installe savamment son ambiance oppressante de drame conjugal violent qui ne peut que péricliter vers la tragédie, et va constamment jouer de ses twists et de ses doutes pour imprégner l’image d’un surnaturel fantomatique du meilleur effet. Quelques jaillissements plus baroques, quelques notes d’humour douteuses, une ou deux idées piquées au Kwaidan de kobayashi, mais surtout une photographie léchée à la Hammer et une dernière bobine d’exorcisme assez étonnante qui nous permet, entre autres, de profiter très longuement des performances d’une superbe danseuse nue au corps recouverts d’incantations.
Presque un tour de chauffe pour le réalisateur qui avec son diptyque Bewitched / The Boxer’s Omen (un flashback reliant le second au premier) plonge totalement dans les arcanes de la magie noire de l’Asie du Sud-Est tout en l’opposant à des rites bouddhistes lumineux. Un vaste récit célébrant le combat du bien contre le mal, aussi moralisateur que totalement déjanté, où il faut bien l’avouer les scénarios semblent avoir été rapidement balancés par la fenêtre (Bewitched en particulier passe du coq-à-l’âne) pour orchestrer des visions absolument inoubliables faites d’incantations pénétrées, de possessions mortelles, d’attaques mentales à distances, de cadavres en pleines putréfactions, d’actes cannibales, de créatures grotesques (araignées, serpents, chauves-souris, cranes volants, tripes vivantes, crocodiles morts-vivants…) avec effectivement un nouveau palier atteint dans le gore et la tripaille avec un The Boxer’s Omen plus démonstratif et gore encore. Bien entendu le bricolage de certaines scènes peut parfois prêter à sourire, tout comme le manichéisme total du spectacle (non, il ne faut pas tromper son épouse en Thaïlande… trèèès mauvaise idée !), mais l’approche excessivement frontale de Kuei Chih-Hung, pas très loin même parfois d’une vision documentaire des évènements, qui appuie sur le malsain, le poisseux et le dérangeant des scènes, se marie étonnement bien aux aspects totalement Grand Guignol des affrontements fantastiques, entre kitch chinois (beaucoup d’irisation et de dorures) et éclairage baroque à la Mario Bava. Là encore, plus que tout autre, se sont les vrais amoureux de proposition déviantes, improbables et définitivement bisseuses qui prennent leur pied.
Image
Spectrum Films continue sa grande collection Shaw Brothers avec six nouveaux films en HD toujours restaurés par Celestial Pictures. Le rendu est assez équivalent avec tout ce qui a été vu jusque-là. Si les restaurations datent un peu aujourd’hui, on ne peut cependant qu’en apprécier la qualité : cadres propres, images stables, contrastes bien dessinés, couleurs pétantes… Le grain pâti parfois un peu de l’opération et certains plans, souvent les plus sombres, ne peuvent pas totalement cacher leur âge, mais on profite toujours d’une belle définition et d’une prestation solide. On appréciera en particulier sur les trois films les plus récents du programme un piqué plus poussé et une profondeur mieux marquée.
Son
Les six films sont proposés dans leurs pistes chinoises d’origines. Du mandarin donc, en mono mais avec la clarté et la franchise du DTS HD Master Audio 2.0. Pas de vrais soucis à signaler, même si ça peut saturer un peu sur Oily Maniac ou Hex, cela n’est jamais vraiment envahissant.
Interactivité
Nouveau coffret imposant pour Spectrum Films, succédant à ceux consacrés à Liu Chia-Liang et Chu Yuan (en attendant le premier estampillé Chang Che) avec toujours un très sobre mais beau boitier (solide) comportant un livret rempli de photos d’exploitation et un digipack six volet contenant les six Bluray attendus. Sur ces derniers on retrouve à chaque fois, et c’est tant mieux, le spécialiste Arnaud Lanuque toujours aussi pertinent dans ses présentations, éclairant sur le contexte de production des films, les grands noms qui y sont attachés, l’évolution des genres ou la pérennité des œuvres. On y apprend toujours beaucoup de chose, tout comme dans le portrait consacré par Frédéric Ambroisine au réalisateur Kuei Chih-hung qu’il semblerait tout autant intéressant de redécouvrir au-delà de ses films d’horreur. C’est le même journaliste qui nous gratifie aussi de nouvelles rencontres préservées dans ses archives avec le réalisateur Ho Meng-hua, le scénariste Szeto On et l’une des grandes signatures de la revue officielle de la Shaw Brothers, Lee Mer. A chaque fois on y évoque les films en présence, mais on dévie aussi beaucoup sur les carrières de chacun et les grands souvenirs du studio.
Liste des bonus
Un livret, Présentations de Arnaud Lanuque, Entretiens par Frédéric Ambroisine avec Ho Meng-hua (réalisateur), Szeto On (scénariste), Lee Mer (rédactrice à Southern Screen, le magazine de la Shaw Brothers), Portrait de Kuei Chih-hung par Frédéric Ambroisine.










