SEULE CONTRE LA MAFIA

La Moglie più bella – Italie – 1970
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller, drame
Réalisateur : Damiano Damiani
Acteurs : Alessio Orano, Ornella Muti, Tano Cimarosa, Joe Sentieri, Enzo Andronico, Pierluigi Aprà, Salvatore Baccaro, Amerigo Tot…
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Italien et Français PCM 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 108 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 9 septembre 2026
LE PITCH
Sicile, années 60. Don Antonino, le parrain de la mafia locale, devant purger une peine de prison, laisse la gestion de ses affaires au jeune Vito. Mais pour cela, ce dernier doit épouser une jeune femme vertueuse de basse condition. Vito jette son dévolu sur Francesca (Ornella Muti), âgée d’à peine 15 ans. D’abord flattée par la demande, elle se rend compte qu’elle n’est que le jouet de l’ambition de Vito et refuse alors le mariage. Humilié, le truand la séquestre afin de la forcer. Devant la peur des siens face à la mafia, et la corruption de la justice, Francesca devra mener son combat toute seule.
La sicilienne
Dans la continuité de son précédant, et excellent, La Mafia fait la loi, le réalisateur Damiano Damiani confirme en 1970 la pertinence de son regard sur l’Italie de la cosa nostra. Mais plus qu’une charge contre l’organisation criminelle, Seule contre la mafia et son portrait d’une jeune fille prête à tout pour obtenir justice, capture brillamment l’esprit d’une Sicile étouffant dans ses traditions vieillissantes.
Seule contre la mafia commence par une image. Celle de Francesca avançant seule dans une rue de sa ville, récemment ravagée par un tremblement de terre en 68. Une silhouette juvénile, fragile au sein d’un monde tombé en ruine et qui peine (et ce sera le cas longtemps) à se relever. Seule contre la mafia commence surtout par une musique, signée par le Maitre Ennio Morricone, peut-être une de ses plus belle, qui marie les élans symphoniques et mélancoliques avec les échos dissonants d’une guimbarde, instrument plus ou moins sicilien, renvoyant directement à la mécanique entêtante d’un système d’oppression bien installé. Brillant. Tout est déjà dit, tout est déjà presque joué, puisque tout le reste du film montrera comment une adolescente toute mignonne et toute naïve, va se faire séduire par l’un des nouveaux espoirs de la mafia locale, puis sera persécutée, elle et toute sa famille, pour avoir oser prendre ses distances face à sa moralité douteuse et sa violence. Un scénario directement inspiré de la véritable tragédie vécue par Franca Viola qui fut elle aussi kidnappée et violée par son ancien fiancé, et qui reflète le difficile combat de cette dernière pour obtenir justice. Une chose impossible à cette époque dans une Sicile totalement verrouillée, parfaitement ancrée dans la culpabilisation catholique, une vision parfaitement phallocrate, la ségrégation sociale (la famille de la jeune fille est très pauvre), des traditions sordides (le mariage réparateur) et une loi du silence, basée sur la peur, acceptée par tous ou presque.
Femme dans un monde d’hommes
Plutôt qu’un polar ou un thriller comme le seront par exemple les suivants Confession d’un commissaire de police au procureur de la république ou Comment tuer un juge, Seule contre la Mafia triture les mêmes thèmes, la même critique acerbe et imminemment politique, mais par le prisme du drame intense, voir même de la grande tragédie, puissante et spectaculaire dans ses émotions. Avec discrétion mais fermeté, le cinéaste recrée un décor réaliste mais qui tient autant du dispositif théâtrale (les travellings sont comme des traversées de scène) et qui peut dès lors parfaitement mettre en exergue la symbolique revendicatrice de cette très jeune femme. Le seul personnage véritablement animé par le sens de l’intégrité (même sa famille l’abandonne en cours de route), persécuté par ses anciens voisins (les femmes en particulier), moquée par les autres et tout simplement utilisée par une police qui ne cherchait qu’un moyen de mettre le truand Vito en prison. C’est tout le système qu’accuse Damiano Damiani, clairement sans pitié pour la belle Sicile de l’époque, mais aussi plus généralement pour une Italie réactionnaire instrumentalisant encore et toujours une femme réduite au rôle de mère ou d’objet sexuel. Une voie que refuse cette Francesca mémorable, admirablement interprétée par une déjà sublime Ornella Mutti alors seulement âgée de 15 ans, véritable révélation du film, et qui livre avec son regard d’un bleu éclatant, des grands moments de force et d’émotions, profonds et déroutants. Elle sera rapidement considérée, le titre italien l’annonce, comme la plus belle femme du monde.
Avec Seule contre la mafia, Damiano Damiani confirmait que c’était en s’engouffrant dans un cinéma politique, engagé et dénonciateur qu’il était définitivement le plus puissant et le plus juste. Et cet opus en particulier est certainement le plus intense, non pas par ses effets (le film marque vraiment par sa pudeur), mais justement par sa justesse, imparable.
Image
Les éditions Bluray de Seule contre la mafia sont plutôt rares et effectivement n’ont pas pu se vanter d’afficher une copie de très haute qualité. Artus Films est ainsi obligé de faire avec la seule source existante actuellement, soit un master HD manifestement retravaillé à partir d’une source plus ancienne qui laisse encore passer quelques points blancs, poussières, petites décolorations et même lors d’un plan en particulier de superbes griffures verticales. Le grain de pellicule est remplacé au passage par un effet bruité presque constant. Les cadres sont cependant assez stables et s’efforcent constamment de pousser la définition dans ses retranchements redonnant un peu de matière et de profondeur à un film souvent présenté autrefois dans une copie plate et terriblement terne. Les couleurs restent plutôt discrètes, la photo se faisant surtout terreuse.
Son
Les monos d’origines sont disposés sur des pistes PCM 2.0 qui restent un peu dans leur jus. Le doublage français, un peu molasson, assure le rendu le plus clair mais où toutes les ambiances semblent écrasées. La version originale naturelle avec un jeu bien plus convaincant et une meilleure intégration des environnements et des musiques laissent échapper quelques grésillements et saturations. Rien de vraiment gênant cependant.
Interactivité
Après le coffret « trilogie » et Un Homme à genoux, Artus Films continue son exploration de l’œuvre de Damiano Damiani avec un nouveau digipack Bluray / DVD serti dans un digipack cartonné du meilleur effet. Sur les deux disques, on retrouve les mêmes suppléments avec un très intéressant, et très amusant, entretien enregistré avec Antonio Siciliano, qui revient en particulier sur sa première rencontre avec le cinéaste et la mise en place, pas si simple, de la première séquence du film. Le monsieur a une bonne mémoire et beaucoup de sympathie pour son ancien collaborateur. La suite est confiée à Olivier Père, particulièrement inspiré manifestement puisque pendant plus d’une heure il explore les premières années de la carrière du cinéaste jusqu’au film en question, son regard sur les films dits de « Mafia », la découverte d’Ornella Mutti et les liens avec le fait divers authentique. Il souligne cette construction proche de la tragédie, la manière de faire exister la rue et la population sicilienne, la sobriété des scènes les plus difficiles et plus généralement la grande réussite du film.
Liste des bonus
« La Femme la plus belle » : Présentation du film par Olivier Père (65′), « Au service du film » : Entretien avec Antonio Siciliano, monteur (20′), Diaporama d’affiches et photos (4′), Bande-annonce originale (3′).








