SEIZURE !

Canada, États-Unis – 1974
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Oliver Stone
Acteurs : Jonathan Frid, Martine Beswick, Jospeh Sirola, Christina Pickles, Hervé Villechaize…
Musique : Lee Gagnon
Durée : 94 minutes
Image : 1.77 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Extralucid Films
Date de sortie : 19 août 2020
LE PITCH
L’écrivain Edmund Blackstone voit son pire cauchemar prendre vie lorsque les membres de sa famille et ses amis sont tués un à un par la Reine du Mal et ses serviteurs, un nain nommé Spider et un géant à la force surhumaine appelé Jackal. Est-ce un mauvais rêve ou la réalité ?
L’œuvre ingrate
Cinéaste politique et engagé par excellence, adepte des sujets polémiques et des frondes contre l’effondrement du modèle américain, Oliver Stone n’avait pourtant pas fait grande sensation en 1974 avec Seizure, un premier essai en mode série B horrifique qui aujourd’hui, avec la distance et une filmographie plus creusée, peut révéler tout son intérêt.
Malgré ses ambitions, son amitié avec Lloyd Kaufman et les encouragements donnés par son professeur de cinéma, un certain Martin Scorcese, Oliver Stone n’est pas devenu immédiatement la nouvelle star du scénario musclé ou le metteur en scène de films dossiers aux airs de contre-pouvoir. Comme beaucoup d’apprentis cinéma il doit en ce début des années 70 en passer par la mise en boite moins risquée d’une petite péloche horrifique. C’est la grande époque des indépendants, de expérimentations sur la violence et des monstres à visages humains, et clairement dans les grandes largeurs le curieux Seizure s’engouffre dans le mouvement. Presque autofinancé, ou monté avec des intérêts récoltés à droite à gauche (après que les premiers producteurs se soient taillés avec la caisse), le film se dote donc des contours du genre, reprenant le cadre archi-rabattu de la demeure cossue envahie par d’étrange présence venue d’ailleurs, pour mieux ensuite y insuffler des réflexions beaucoup plus personnelles. Particulièrement notable en l’occurrence dans le choix bien marqué des futurs victimes, groupe d’amis bien WASP comme il faut invités par un romancier à succès (« le nouvel Edgar Alan Poe »), qui vont rapidement être présenter comme une allégorie des classes dirigeantes américaines : industriel ne jurant que par le fric et exposant sa femme comme un trophée, bellâtre raté, intellectuel engoncé dans ses conviction, épouses infidèles ou s’asséchant de l’intérieur à force de regrets…
Démons domestiques
Tous vont bien entendu laisser tomber les masques face au danger et laisser place à un individualisme fatal. Le personnage principal (interprété par le Jonathan Frid de la série, alors culte, Dark Shadows) étant le pire de tous puisque sous couvert de protéger sa création, son œuvre, il va s’empresser d’entamer la longue liste de pères indignes que va explorer par la suite le cinéma d’Oliver Stone. Face à eux, extirpés de légendes anciennes autant que de la culpabilité du romancier en mal d’humanité, les trois « monstres du film », la prêtresse noire qui profite du charisme maléfique de Martine Beswick (Dr. Jekyll et Sister Hyde), le colossal bourreau au visage partiellement brulé et le nain sadique joué par le célèbre Hervé Villechaize de L’île Fantastique, n’ont qu’à les titiller un peu pour transformer la soirée en survival collégial. Une belle galerie de figures peu aimables plongée dans un film pas toujours des plus subtiles dans son écriture, pas des plus fouillés dans les contours de ses personnages, et surtout à la structure chaotique, pas franchement maîtrisée, finalement aussi prétentieux que nombre d’œuvres de jeunesse, sorte d’allégorie sérieuse du final du Sens de la vie des Monthy Python. Débutant, Oliver Stone se laisse emporter par des effets de montage pas forcément heureux, des plans en fish-eye agaçants, persuadé que sa construction buñuelienne, sont mélange acrobatique de considérations métaphysiques et de cauchemars gothique poreux en font une œuvre terriblement originale.
Intéressant aujourd’hui pour y décoder l’ADN du cinéaste à venir, mais terriblement bancale le bizarroïde Seizure ne connaîtra pas d’exploitation glorieuse et renverra même le pauvre Stone faire ses gammes. Il devra ainsi attendre sept ans et le succès de son script pour Midnight Express pour retourner derrière la caméra avec La Main du cauchemar, et cinq ans supplémentaire boosté le trio Conan / Scarface / L’Année du dragon (boum!) pour signer ce que l’on considère aujourd’hui comme son « vrai » premier film, l’époustouflant Salvador.
Image
Invisible depuis une lointaine sortie en VHS vite introuvable, Seizure se retrouve auréolé d’un transfert HD plutôt satisfaisant au vu des origines et de l’historique du film. Un vrai travail a été effectué sur la copie et si quelques grosses griffures apparaissent dans les dernières minutes, les cadres sont franchement propres et permettent de laisser affleurer, la plupart du temps, un petit grain très naturel. Le souci principal ici restant le manque de stabilité avec des séquences au piqué bien marqué et d’autres qui ne sont pas loin du flou complet. Cependant rien à redire du côté du nouvel étalonnage qui fait éclater de superbes teintes chaudes loin des quelques souvenirs ternes restants.
Son
Bien nettoyé pour l’occasion, proposant une écoute limpide même si les conditions de captation n’étaient manifestement pas idéales (traces d’écho de la pièce…) la piste anglaise en DTS HD Master Audio 2.0 s’en sort très bien sans saturation ou perdition. La version doublée française est présente aussi mais avec un bon effet d’écrasement supplémentaire et surtout une interprétation bisseuse qui peut avoir un certain charme nostalgique et avec un bon second degré.
Interactivité
Présenté par Extralucid dans un digipack Bluray + DVD avec fourreaux toujours aussi joliment désigné, Seizure n’est accompagné que d’un unique supplément. Un portait du cinéaste Oliver Stone par le prisme du film en présence signé Fathi Beddiar. L’occasion de revenir sur son histoire familiale, l’omniprésence de la figure du père défaillant et le tournage compliqué de son premier long, tout en faisant naturellement de nombreux lien avec sa filmographie plus connue.
Liste des bonus
Oliver Stone par Fathi Beddiar (36’).





