NIGHTFALL

États-Unis – 1957
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Jacques Tourneur
Acteurs: Aldo Ray, Anne Bancroft, Brian Keith, Jocelyn Brando, Rudy Bond
Musique: George Duning
Durée : 79 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 18 août 2020
LE PITCH
La tribu du roc est un groupe d’hommes préhistoriques passant leur temps à se déplacer tant il est impossible de s’installer quelque part définitivement. En effet, dans ce monde, l’environnement est rempli de danger auprès desquels il ne vaut mieux pas s’attarder. Lorsque leur chef meurt, c’est l’un de ses deux fils qui prend sa place et cela attise la jalousie de l’autre frère, résolument tourné vers le mal…
Nuits blanches
Grand mercenaire de l’ère des studios hollywoodiens, ayant transformé quelques séries B en chef d’œuvre du fantastique (Vaudou, La Féline…) Jacques Tourneur restera dans la légende pour sa cristallisation du film noir La Griffe du passé. Plus discret, moins spectaculaire, mais aussi plus subtiles et subversif, Nightfall se veut un film noir… en pleine lumière.
Immense artiste, né en France et naturalisé américain en l’An 1919, le réalisateur fut l’un des très grands maitres du cinéma fantastique. On lui doit quelques joyaux du cinéma d’épouvante : La Féline (1942), Vaudou (1943) et L’Homme Léopard (1943), trio de long-métrages diffusant une angoisse occulte, épidermique, voire expressionniste. Cinéaste des ténèbres, metteur-en-scène protéiforme à la filmographie colossale (sur le petit et grand écran), Tourneur se distingua également dans le western, le film d’aventures et le film noir. Nightfall s’inscrit avec classe et fracas dans cette dernière catégorie. D’entrée de jeu, on y décèle la griffe unique du cinéaste. Bénéficiant d’un script asséché, presque rocailleux, filmé au plus près des comédiens avec une parfaite économie de moyens, ce thriller vif et frénétique l’emporte aux poings. Adapté du livre éponyme de David Goodis, auteur culte de romans policiers fauchés, Nightfall est une vivifiante course contre la montre, une carapate à haut risque, pleine d’impasses, de traquenards narratifs et de comportements limites.
Le prince des ténèbres
L’aventure débute, de nuit, sur Hollywood Boulevard. James Vanning (stupéfiant Aldo Ray, à la puissance contenue mais fragilisée) y erre telle une bête traquée. Le spectateur ne connaît encore rien de son état. Dans un bar alentour, il croise la route de Marie Gardner (Anne Bancroft, la future Mrs Robinson du Lauréat), sculpturale mannequin à la beauté revêche. Très vite, le charme opère, une romance s’annonce. Quand à la trame fictionnelle, elle se déploie et s’ouvre comme une boîte de pandore. Via une série de flashbacks tombant à pic, on en apprend un peu plus sur le sort de James. Pris en chasse par deux truands à la brutalité inquiétante et un agent d’assurances opiniâtre, l’innocent s’est emparé de leur butin. Et le film de nous mener là où tout a débuté : au sommet des montagnes immaculées du Wyoming.
De neige et de sang
C’est donc sous une lumière blanche et aveuglante que se poursuit Nightfall. Subtile pirouette scénaristique. Nous quittons L.A., ses terrains vagues boueux et sa purulence crevassée, pour nous hisser en pleine altitude. Le contrepied est idéal. Oubliés les archétypes du thriller, place à la modernité, au brouillage de pistes. Il y a dans ce film-là, mille idées à la seconde : une succession de courses mouvementées (à pieds, en voiture, en car, en chasse-neige), une rencontre improbable entre deux êtres que tout oppose, une noirceur des comportements humains confrontée à la nature blanche, mystique et virginale… Dix années auparavant, Jacques Tourneur avait signé La Griffe du Passé, film noir parfait. Un psychodrame suicidaire et vénéneux, peuplé de vamps et porté par le charisme menaçant de Robert Mitchum. Nightfall en constitue l’exact opposé. Certes, l’œuvre est sanglante, brute de décoffrage, à l’image des deux malfrats mués par une obstination terrifiante. Bon nombre de séquences flirtent avec la barbarie (le grand final, tranchant comme une lame), la perte de contrôle, le mystère impalpable si cher à Tourneur. Oui, il s’agit d’un cauchemar à ciel ouvert mais une douceur rare nous transperce : cette sentimentalité étrange qui lie James à Marie. Touché par la grâce d’une rencontre amoureuse imprévisible, Nightfall dégage une force de vie optimiste, atypique et lumineuse. Géniale en somme.
Image
Reprenant la restauration déjà présenté chez les Anglais d’Arrow, Rimini propose aux cinéphiles français une copie tout bonnement resplendissante. Les cadres sont d’une propreté surprenante, les contrastes puissants et la remasterisation n’a qui plus est en rien amoindris le grain d’origine et les légers reflets argentiques. Au pire on pourra regretter dans quelques plans une définition un peu moins pêchues, mais que ce soit dans les nuits ténébreuses de Los Angeles ou sous la lumière aveuglante des montagnes enneigées la définition est extrêmement solide.
Son
Rafraichie elle aussi pour l’occasion, la piste mono anglaise se pâme désormais dans un DTS HD Master Audio limpide à souhait. Pas de grande prestation ici bien entendu mais une restitution claire et nette, sans perdition, ou les compositions jazzy s’intègrent avec équilibre à l’ensemble.
Interactivité
Le film était sorti il y a huit ans chez Wild Side Video sous la forme d’un coffret d’un livret / livre très complet et bourré de documents d’archives et d’analyses. Rimini réduit un peu le format avec un digipack Bluray / DVD tout aussi élégant mais dont l’unique supplément est une présentation du film enregistrée par le journaliste Mathieu Macheret (Le Monde) qui ne tarie pas d’éloges sur le film. Il en souligne les concomitances avec le film noir et ses prises de distances, ainsi que la mécanique brillante de la mise en scène de Tourneur. Sobre mais efficace.
Liste des bonus
Entretien avec Mathieu Macheret (28’).






