RUMOURS, NUIT BLANCHE AU SOMMET

Rumours – Canada, Allemagne, Hongrie, Royaume-Unis, Etats-Unis – 2024
Support : Bluray
Genre : Comédie dramatique
Réalisateurs : Guy Maddin, Evan Johnson, Galen Johnson
Acteurs : Cate Blanchett, Roy Dupuis, Nikki Amuka-Bird, Denis Ménochet, Charles Dance, Rolando Ravello, Takehiro Hira, Alicia Vikander…
Musique : Kristian Eidnes Andersen
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 104 minutes
Editeur : Potemkine Films, E.D. Distribution
Date de sortie : 2 septembre 2025
LE PITCH
Réunis dans un château en Allemagne pour leur sommet annuel, les dirigeants des pays du G7 s’installent en bordure d’une forêt pour préparer leur déclaration. A la nuit tombée, le groupe constate que le personnel qui les entourait a disparu. En voulant tenter de les retrouver, les sept politiciens s’enfoncent plus avant dans une forêt qui s’avère pleine de périls et de mystères.
Le discours
Le monde politique ne fait plus rêver depuis longtemps. Rire plutôt, mais jaune, devant son incapacité à prendre en main les véritables problématiques actuelles. Et ce fameux G7, réunion annuelle des grandes puissances occidentales d’être tournée en bourrique par le cinéaste Guy Maddin (The Saddest Music in the World), ancien poète amoureux du cinématographe, devenant ici satiriste désabusé… mais toujours surréaliste.
Même si depuis qu’il s’est mis à collaborer avec les frères Johnson en 2015 et La Chambre interdite, le cinéaste canadien Guy Maddin a délaissé en grande partie ses recherches et réinventions esthétiques reposant énormément sur des racines bien ancrées dans l’époque du muet et du cinéma premier, il a bien entendu préservé une grande part de son identité et en particulier un humour noir et une propension marquée au surréalisme. Une grille appliquée à ce dernier opus, Rumours qui raconte à sa manière les joyeuseté baroques et apocalyptiques d’un G7, grande réunion diplomatique censée démontrer l’entente et la stabilité entre nos dirigeants du monde libre. Mais ce monde là est en fin de course, en fin de règne, se perdant dans la parade et l’inaction et le film prend un malin plaisir à mettre en image la vacuité de ces hommes et femmes, enfermés dans leurs postures, dans leurs besoins de grandeur, véritables personnifications de leurs nations jusque dans leurs rapprochements, prises de becs ou alliances (et plus si affinités) souvent bien temporaires.
Synergie vers le néant
Après les petites photos d’usages, bien sages et proprettes, la tentative de rédaction d’un discours pour faire face à une énième crise tourne à la catastrophe (plus personne pour servir le vin et l’eau !) et à l’aventure, perdue, dans une forêt de conte de fée. La possibilité d’un ré-enchantement mais qui tourne à la longue agonie alors que le président américain (Charles Dance), vieillissant, n’attend plus que la mort, que le président français (Denis Ménochet) se perd en lyrisme et en manspreading mais finit en brouette, que le 1er ministre canadien (Roy Dupuis), aux allures de mannequins se prend pour le man in action, que la leadeuse britannique (Nikki Amuka-Bird) espère un réveil du secteur privé, que les camarades italien (Rolando Ravello) et japonais (Takehiro Hira) se demandent bien ce qu’ils font là… tandis que la Chancelière allemande (Cate Blanchett) s’efforce de maintenir, en vain, l’ordre général. Un jeu de caricatures volontairement poussif entre soap coloré et promenade ridicule, où l’on croise quelques zombies momifiés d’anciens chefs de tribu se masturbant pour éteindre un feu (ça c’est de la métaphore !), une IA tendant des pièges aux prédateurs pédophiles cachés au sein de l’élite et même un cerveau géant sur lequel s’immolera avec le traité de Maastricht la représentante de l’union européenne (Alicia Vikander), s’emportant dans une langue que plus personne ne comprend. C’est une farce féroce, cynique et bordélique, mais qui ne tombe jamais dans la pantalonnade ou dans la comédie grasse, préférant rester sur la ligne ténue de l’allégorie désespérée, de la poétique de l’incompétence rendant cette fin du monde presque légère et salvatrice.
Rumours vise souvent très juste et s’amuse lui-même de ses propres symboliques, mais cela ne l’empêche cependant pas totalement de donner parfois l’impression d’étendre un peu artificiellement en errances, en répétitions et en allers-retours son excellent concept initial. De quoi diluer un peu le propos et la justesse du tableau, mais la proposition, pertinente et irrévérencieuse à souhait, ne manque certainement pas de piquant.
Image
Guy Maddin délaisse son esthétique « muette » pour explorer des terrains beaucoup plus colorés et volontairement artificiels. Très numérique donc mais avec une patine douce, limite floue parfois, entre élans vaporeux et brouillard généralisé qui tend forcément un peu la compression et la définition générale. La HD est malmenée mais tient bon le cap, assurant un très bon niveau de détails, une profondeur bien dessinée et des couleurs élégamment contrastées.
Son
Le film n’est proposé que dans sa version originale. Celle-ci est disposée dans un DTS HD Master Audio 5.1 plutôt sobre qui met bien en valeur les dialogues et leur spatialité, mais délivre tout de même des ambiances nocturnes et parfois cauchemardesques enveloppantes et dissonantes à souhait.
Interactivité
Potemkine propose sur son édition Bluray une rencontre amusante avec les trois réalisateurs. Pendant que Guy Maddin continue ses collages, tous trois reviennent un peu sur l’idée de départ, le changement d’esthétique, le final plus « climax » que prévu et bien entendu en filigrane sur leur vision générale du monde politique. Pas de grandes clefs de compréhension à l’horizon mais la discussion est très agréable. On retrouve d’ailleurs une belle galerie de collages de Maddin utilisés comme recherches ou repères esthétiques pour la production du film.
Belle surprise aussi de (re)découvrir ici deux courts-métrages du trio soit Accidence, vision délirante et expérimentale d’une façade d’immeuble où se multiplie, en miniature, les sketches absurdes, et Stump the Guesser, retour hommage au cinéma muet autour d’un devin qui perd ses pouvoir et tombe amoureux de sa sœur : délirant, forcément.
Liste des bonus
Entretien avec Guy Maddin, Evan Johnson et Galen Johnson (14’), Diaporama de collages réalisés par Guy Maddin autour de « Rumours », « Accidence » (2017, 10’), « Stump the Guesser! » (2020, 19’), Bande-annonce.







