LES RITES SEXUELS DU DIABLE

Los ritos sexuales del diablo – Espagne – 1982
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur, Erotique
Réalisateur : José Ramón Larraz
Acteurs : Helga LinĂ©, Vanessa Hidalgo, Jeffrey Healey, Alfred Lucchetti, Manuel GĂłmez-Ălvarez, Carmen CarriĂłnn Julia Caballero, Tito ValverdeâŠ
Musique : Juan Mariné
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais LPCM 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 84 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 2 septembre 2025
LE PITCH
AprĂšs la mort brutale de son frĂšre, Carol se rend en Angleterre avec son fiancĂ© chez sa belle-soeur. TrĂšs vite, elle dĂ©couvre que cette derniĂšre sâadonne Ă des pratiques de messes noirs, au sein dâune secte dâadorateurs du Diable. Lâaversion de Carol devant ces orgies de sexe et de dĂ©bauche vire au cauchemar lorsque son fiancĂ© est entraĂźnĂ© dans le groupe.
Le charme satanique de la bourgeoisie
Le diables et ses adeptes attendent toujours le bisseux Ă lâorĂ©e du bois⊠Le cinĂ©ma de lâespagnol JosĂ© RamĂłn Larraz tout autant. Touche Ă tout mais cinĂ©aste de genre appliquĂ©, versant gĂ©nĂ©reusement dans le fantastique languissant et lâĂ©rotisme sans fard, il signait avec ces Rites sexuels du diable un retour bucolique et pervers dans une campagne anglaise quâil connaissait bien (et sous toutes les coutures manifestement).
Souffrant dâun oubli gĂ©nĂ©ralisĂ© de quelques dĂ©cennies mais aussi dâune disparition plus ou moins dĂ©finitive de certaines de ses productions, JosĂ© RamĂłn Larraz a aussi brouillĂ© les pistes en cumulant plusieurs carriĂšres dans sa vie. Photographe de mode tout dâabord, puis auteur et dessinateur de BD pour la revue Spirou, signant sous les pseudonymes de Dan Daubeney et Gil des sĂ©ries dâaventure comme Christian Vanel ou Paul Foran. Il y reviendra aussi au cours des annĂ©es 70 avec Les Compagnons du fantastique. Ce nâest finalement quâĂ partir de 1969 et son dĂ©mĂ©nagement Ă Londres quâil trouve lâopportunitĂ© de se lancer dans le cinĂ©ma, Ă©rotique en lâoccurrence, avec le bien nommĂ© LâEnfer de lâĂ©rotisme. Le dĂ©but dâune production trĂšs « exploitation » qui fera le bonheur des salles de quartiers, des adeptes de dĂ©viances diverses et la hantise des diffĂ©rents organismes de censure et qui reste certainement le point culminant de sa filmographie avec des titres comme DĂ©viation sexuelle, Crie et meurs, Les SymptĂŽmes, avec la fille de Donald Pleasance au passage, ou Vampyres, le plus ouvertement gothique. AprĂšs un retour attendu en Espagne suite Ă la chute de Franco, oĂč il verse plutĂŽt du cotĂ© du drame bourgeois (Le Voyeur) et de la comĂ©die sexy (Polvos Magicos), il sâoffre tout de mĂȘme un ultime Ă©cho tardif Ă sa pĂ©riode britannique avec Les Rites sexuels du Diable qui croise allĂ©grement le cadavre encore un peu chaud de Rosemaryâs Baby avec les restes du gothique local et la description toujours appuyĂ©e des mĆurs dĂ©pravĂ©es de lâaristocratie et des communautĂ©s huppĂ©es.
La sacrifiée
Dans une campagne anglaise automnales il imagine ainsi un nouveau culte entiĂšrement dĂ©vouĂ© Ă la gloire de Satan, mais dont les adeptes semblent surtout retenir les notions de frĂ©nĂ©sie sexuelle et lâexploration des fantasmes les plus tabous : échangisme, rapports forcĂ©s, inceste, zoophilie⊠Bonnes ambiance donc mĂȘme si la belle Carol, jeune femme venue sur place aprĂšs le dĂ©cĂšs mystĂ©rieux de son frĂšre (dont elle rĂȘve de maniĂšre peu catholique), commence Ă sâĂ©tonner des insistants regards que tout le monde se lance, du changement de personnalitĂ© de son fiancĂ© et des drĂŽles de bruits quâelle entend derriĂšre les portes. Elle nâapprĂ©ciera pas trop non plus lâidĂ©e dâĂȘtre proposĂ©e en esclave sexuelle pour le malin et sacrifice de chair !
On peut reconnaitre au cinĂ©aste un soin trĂšs apprĂ©ciable dans la confection des cadres, ainsi quâune photographie crĂ©pusculaire du meilleur effet, tout comme sa facultĂ© Ă faire Ă©clore une atmosphĂšre particuliĂšrement moite et sulfureuse. La frĂ©nĂ©sie sexuelle est ici de mise, instinctive, bestiale, et le mĂ©trage sâavĂšre dâailleurs beaucoup plus une proposition purement Ă©rotique quâun vĂ©ritable film dâhorreur. En dehors dâun pauvre bougre sodomisĂ© par une Ă©pĂ©e dans la derniĂšre partie du film, tout repose sur les nombreux Ă©bats qui Ă©maillent ce rĂ©cit pas des plus construits et pas des plus rythmĂ©s. Heureusement ces derniers, gĂ©nĂ©reux et Ă©moustillants ne manquent pas de sels et profitent dâun casting tout en charmes naturels qui nâa manifestement pas de soucis avec la pudeur.  Â
Petite sĂ©rie B vendue avec son affiche dĂ©moniaque comme un parangon du film de sorcellerie, Les Rites sexuels du diable sâavĂšre surtout un petit film Ă©rotique lĂ©gĂšrement dĂ©viant mais trĂšs peu sanglant. JosĂ© RamĂłn Larraz y expose son savoir-faire en ambiances charnelles et troublantes et emballe le tout avec suffisamment de sĂ©rieux pour que cela fasse son (petit) effet.
Image
Film nâayant pas connu une carriĂšre vidĂ©o particuliĂšrement fructueuse et longtemps accessible uniquement dans des conditions trĂšs limitĂ©es (voir limite regardable), il nous revient ici dans un tout nouveau transfert 2K. Une restauration qui semble tout de mĂȘme assez limitĂ©e avec des points blancs et taches qui persistent Ă lâĂ©cran et des plans rĂ©guliers qui montre une image plus abimĂ©e, terne et neigeuse. La majoritĂ© cependant rĂ©ussit Ă installer lâatmosphĂšre sombre et suave attendue avec une dĂ©finition agrĂ©able et un piquĂ© plus ferme.
Son
Artus Films nâa manifestement pas rĂ©ussi Ă remettre la main sur le doublage française dâĂ©poque, et le film nâest disponible alors que dans sa version en langue anglaise, considĂ©rĂ©e comme la version originale. Presque en amĂ©ricain dâailleurs avec un jeu et un mixage bien plat. Quelques saturations et des « pumps » qui se font entendre lors de certains changements de plans rappellent quâil sâagit bien lĂ dâune sĂ©rie B oubliĂ©e.
Interactivité
Artus Films nous propose une jolie Ă©dition digipack Bluray / DVD avec fourreau cartonnĂ©. Les disques contiennent en supplĂ©ment une discussion cinĂ©philique et passionnĂ©e entre SĂ©bastien Gayraud et Emmanuel Le Gagne (deux habituĂ©s de lâĂ©diteur) qui sâefforcent de remettre en avant le rĂ©alisateur JosĂ© RamĂłn Larraz. De ses dĂ©buts dans la BD Ă ses diffĂ©rentes pĂ©riodes de cinĂ©aste (en Angleterre puis en Espagne) tous deux soulignent les motifs rĂ©guliers, lâattachement au fantastique et Ă lâaventure, une production Ă©rotique rĂ©pondant surtout Ă une demande Ă©conomique et Ă©voquent bien entendu ses Ćuvres les plus rĂ©ussies. Un sympathique travail de rĂ©habilitation⊠On attend forcĂ©ment maintenant les Ă©ditions qui vont avec.
Liste des bonus
JosĂ© RamĂłn Larraz par SĂ©bastien Gayraud, Ă©crivain et confĂ©rencier et Emmanuel Le Gagne, rĂ©dacteur cinĂ©ma pour Culturopoing (41â).






