RÉSURRECTION

狂野时代 – Chine, France, États-Unis – 2025
Support : Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : Bi Gan
Acteurs : Jackson Yee, Shu Qi, Mark Chao, Li Gengxi, Huang Jue, Chen Yongzhong, Guo Mucheng, Zhang Zhijian, Chloe Maayan, Yan Nan…
Musique : M83
Image : 2.39 16/9
Son : Mandarin DTS Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 159 minutes
Éditeur : Potemkine Films
Date de sortie : 7 juillet 2026
LE PITCH
Un jeune homme rêveur se réincarne dans cinq époques. Tandis que le XXe siècle défile, une femme suit sa trace…
Les Voyageurs du temps
Nouveau prodige (où consacré comme tel) du cinéma chinois, Bi Gan aborde avec Résurrection son projet le plus ambitieux : une vaste fresque sur l’échappée du temps, la déconstruction du cinéma et l’éphémère de l’existence. Vaste, onirique et déstabilisant.
Le cinéaste poursuit ici les recherches visuelles et thématiques mises en place dans les précédents Kaili Blues et Un grand voyage vers la nuit, mais au sein d’une entreprise nettement plus considérable. Par le budget alloué de prime abord qui permet de repousser encore plus loin ses exigences purement techniques, multiplier les longs mouvements de caméra, les plans composites et l’échelles des décors. Par l’espace même du film ensuite puisque Résurrection est un récit qui se démultiplie au travers de six chapitres qui chacun s’intéresse à une période donnée, à un genre, un type de narration, avec systématiques son propre réseau de symboliques, de références et d’échos à l’un des sens humain. Définitivement complexe, le film de Bi Gan ne s’approche pas comme un film classique avec un point A et un point B mais comme un croisement entre le film à sketchs et le puzzle métaphysique dont le seul vrai éléments commun dans chacun des segments reste la présence de ce Rêvoleur, entité au visage et au rôle changeant (mais toujours interprété par Jackson Yee), qui traverse le film comme un voyageur du temps qui serait perdu lui-même dans un rêve qu’il aurait créé. Qu’elle est alors le but de tout ça ? De transporter le spectateur tout d’abord qui doit constamment accepter de se perdre dans l’image en mouvement, toujours sublime, dans une succession d’histoires plus ou moins construites, plus ou moins contemplatives, qui par un acte de lâchée prise absorbe cet univers protéiforme autant que celui-ci aborde son regard.
L’œil du cyclone
Comme un échange constant, un partage interactif, qui par une surcharge de cadres, des mises en abimes plus ou moins soulignées, vient constamment questionner la place du spectateur et surtout son attrait pour le cinéma en tant qu’art. Pas en tant que divertissement. Ce sera là pour beaucoup la limite du métrage qui effectivement n’essaye pas forcément de simplifier le regard ou attirer le chaland vers lui mais exige une acceptation. Celle de passer de longues minutes auprès d’un ouvrier et un esprit bouddhiste qui devisent sur le sens de la vie comme dans un vieux film de yokai ou de patienter dans un mini-drame, anecdotique en apparence, suivant un père prestidigitateur qui convainc sa fille de participer à une arnaque auprès d’un milliardaire. Les ruptures d’époques et de grammaires filmiques (ici se sont les segment les plus posés et les plus « froids ») crée naturellement une vision en creux et pic, comme des vagues, où l’on restera absolument fasciné par un fantasme de film noir, presque glauque limite angoissant, dans une Chine des années 40 ou part cette longue et poétique ouverture qui fait renaitre sous nos yeux toute la magie du cinématographe et de l’art du muet, citant autant les gags des frères lumières, que les trucages de Méliès et le baroque de l’école allemande… Avec la sublime Shu Qi qui déambule dans ces décors mouvant en prime. Résurrection est parsemé de pures fulgurances, avec en particulier ce gigantesque plan-séquence de près de quarante minutes, et ses changement hallucinant de points de vue, se déroulant dans une fin de millénaire (1999) qui ressemble plus que jamais à une fin du monde où deux jeunes gens en quête de renaissance s’efforcent de s’échapper du chaos ambiant. Impressionnant.
Des performances qui observent directement la matière cinéma, des origines à la révolution numérique, de l’autrefois au futur, multipliant les références, les citations, soulignant autant son appartenance à un passé révolue que sa possible actualité et sa finalité. Résurrection c’est aussi un grand film sur la disparition, l’effacement et l’oublie que chez Bi Gan même le cinéma ne peut définitivement repousser.
Image
Un tel métrage aurait certainement mérité d’être filmé sur pellicule, en particulier certains segments, mais la captation en numérique 4K (ou 6K pour le long plan séquence) permet naturellement d’imposer une très haute qualité technique. Le transfert est admirable sur tous les points, assurant précision, fermeté et richesse des teintes, et réussit allégrement à passer d’une esthétique à l’autre sans faiblir. Des scènes les plus sombres aux virées plongées dans un rouge étouffant jusqu’aux instants presque plus naturalistes, le Bluray dégage une maitrise impressionnante.
Son
Les critiques du film se concentre souvent sur la qualité du travail pictural de Bi Gan, mais son mixage sonore, jouant de l’espace, de silences, de sonorités décalés ou lointaines et de surimpressions est tout aussi marquant. Avec le DTS HD Master Audio 5.1 on en prend parfaitement la mesure, la piste offrant des sensations particulièrement enveloppantes qui appuient la sensation de transport de l’œuvre. L’édition propose aussi une prestation DTS HD Master Audio 2.0 plus sobre mais assez dynamique pour les installations plus modestes.
Interactivité
Au vu de l’ambition du film, de ses nombreuses couches significatives, de ses multiples références et de ses énigmes, on aurait certainement apprécié la présence d’une interview du réalisateur, un making of complet ou une longue analyse par un spécialiste. L’édition reste malheureusement assez succincte de ce côté-là avec uniquement un petit segment de quelques minutes sur les différents éclairages et esthétiques des segments du film avec en particulier le défi du long plan séquence. Assez technique mais plutôt intéressant même très courts. Heureusement les amateurs du cinéaste peuvent se tourner vers le très beau courts métrage A Short Story réalisé par Bi Gan en 2002 et qui avec sa forme de fable planante et sa beauté formelle garde une forte proximité avec Résurrection.
Liste des bonus
La lumière dans Résurrection (4′), Court métrage : « A Short Story » de Bi Gan (2022, 15′).







