LE FANTÔME DE L’OPÉRA

Il fantasma dell’Opera – Italie – 1998
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur, Thriller
Réalisateur : Dario Argento
Acteurs : Julian Sands, Asia Argento, Andrea Di Stefano, Nadia Rinaldi, Coralina Cataldi-Tassoni, Zoltan Barabas, István Bubik, Lucia Guzzardi, Aldo Massasso…
Musique : Ennio Morricone
Image : 1.85 16/9
Son : Italien DTS Master Audio 5.1 et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 103 minutes
Éditeur : Extralucid Films
Date de sortie : 20 mai 2026
LE PITCH
En 1877 à l’Opéra de Paris, plusieurs ouvriers sont dévorés, mutilés et assassinés par une force mystérieuse. Un soir, la jeune soprano Christine Daaé répète sur la scène du théâtre désert. Une ombre l’observe, visiblement subjuguée par le talent et la beauté de cette jeune femme, et décide de l’aborder. La jeune femme, intriguée et troublée, va basculer dans une passion amoureuse aussi irréelle qu’éphémère pour ce fantôme. Pendant ce temps, l’Opéra continue à être le théâtre d’une série de mystérieux accidents…
L’Amour et l’art
Enième ambivalence de la filmographie de Dario Argento, largement boudé à sa sortie et durement accueilli par la critique, l’adaptation longtemps attendu par Argento du fameux Fantôme de l’Opéra est aussi le film qui ouvre la voie à une reconsidération collective de son œuvre. Comme si ce crépuscule baroque, agité de sursauts esthétiques, était déjà l’œuvre testament.
C’est en tout cas un projet autour duquel le cinéaste aura longtemps tourné. Il faillit en réaliser une première version plutôt ambitieuse dès 1977, avec pour cadre la Russie du Bolchoï, mais les extravagances sanglantes du monsieur firent cependant fuir les investisseurs russes. De toute façon, habité par l’une de ces grandes révélations de cinéma qui ne peut naitre que dans l’enfance, la découverte de la version incarnée par Claude Rains pour la Universal, cette figure mythique du monstre et l’Opera en lui même n’ont eu de cesse d’irriguer son cinéma de Suspiria à Inferno en passant, naturellement, par le bordélique Opera. Sur le papier, le film de 1997 apparait alors comme un aboutissement et possiblement une continuité de la renaissance aperçue dans le formidable Le Syndrome de Stendhal, retour au giallo dont l’ADN reposait déjà sur cette fascination obsédante pour l’art. Cette idée est presque aussi omniprésente dans Le Fantôme de l’Opéra rejouant naturellement quelques extraits du Roméo et Juliette de Gounod (en échos évidents à l’amour impossible entre Christine Daaé et Le Fantôme) et s’inscrivant dans un contexte historique, le XIXe siècle dont la très belle reconstitution historique permet au cinéaste de citer des grandes classiques de la peinture classique, dont des reproductions de compositions et de clairs obscures de toiles de Georges de La Tour, tout en revenant aux sources du gothique cinématographique, école studio Hammer.
L’homme-rat
Les séquences recréant le quotidien des coulisses de l’Opéra Garnier (des salons et restaurants aux vieux libidineux qui tente de séduire les petites ballerines), ou les plongées dans les grottes obscures qui en constituent les fondations, restent tout à fait réussies et redonnent à Argento une fibre minutieuse qu’on lui croyait perdu. Mais le film est foncièrement inégal et entre les curieux tableaux numériques baveux et certains plans à peine dignes d’un téléfilm italien, le métrage souffle constamment le chaud et le froid, jusque dans son constant mariage des genres et des affluences qui peuvent passer d’un mélange de gore et de burlesques halluciné (la chute du lustre suivi par la boule qui assomme la cantatrice), à des effusions romantiques aussi maladroites que le traitement érotisant, assez gratuit et plus froid que torride. C’est la réalité de la seconde partie de carrière de Dario Argento où les amateurs doivent apprendre à picorer les grands moments et mettre de coté les idées les plus embarrassantes. Cette revisite relativement fidèle au roman de Gaston Leroux ne manque d’ailleurs pas d’idées intrigantes, comme cette vision d’un fantôme débarrassé de son masque mais dont la genèse, les pouvoirs et la proximité avec les rats le rapproche presque d’un super-héros, ou ces chasses entre giallo et délires carnavalesques (le dératiseur et sa machine aspirateur) qui donnent aux catacombes des airs d’antichambre infernales.
Un film de tout façon totalement baroque et théâtral, jusque dans le surjeu de Julian Sands (Warlock, Chambre avec vue…), Asia Argento et le reste de la troupe, dont les plus grands élans de noblesses sont à aller chercher du coté de la sublime partition signée Ennio Morricone. Si on ne peut s’empêcher d’y reconnaitre d’anciens grands thèmes du maestro (The Mission, The Untouchables…) les grands élans orchestraux excessivement romantiques et lyriques élèvent régulièrement la mesure du film.
Image
Extralucid nous propose gracieusement ici de redécouvrir le film avec la meilleure copie existante soit une restauration de haute volée effectuée à partir d’un nouveau scan 4K des négatifs 35mm. Nettoyage d’envergure, stabilisation exemplaire, rendu inédit de la profondeur et des détails, le film n’a jamais été aussi beau et les couleurs, en particulier les noirs et rouges, sont d’une impressionnante intensité. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si Argento n’avait pas versé en 98 pour quelques scènes dans de petits bidouillages numériques particulièrement disgracieux qui sautent plus que jamais aux yeux ici.
Son
La version italienne en DTS HD Master Audio 5.1 est une plutôt bonne surprise dans sa manière de manier des dialogues bien avant, et de déployer une dynamique enveloppante plutôt soutenue reposant essentiellement sur les grandes scènes d’opéra, les envolées lyriques de Morricone et quelques saillies purement horrifiques. Une belle ambiance un peu moins présente dans la version française, plus sobre et écrasée, avec des interprétations très inégales. A noter que d’ailleurs une séquence entière (la visite dans un bordel) avait entièrement été coupée pour la distribution française et n’est donc visible ici qu’avec un passage en vost.
Interactivité
Extralucid poursuite admirablement sa collection dédiée à Dario Argento avec Le Fantôme de l’opéra qui comme les précédents (Trauma, Lunettes noires…) profite d’un très beau coffret en carton solide contenant un boitier scanavo classique (mais avec jaquette réversible) et un livret bien fourni. A l’intérieur quelques archives critiques de l’époque de la sortie en salles dont deux interviews du réalisateur et des extraits de son autobiographie.
Sur le disque Bluray on retrouve la bande promo d’époque, mais aussi une intervention assez globale sur la musique du film et les collaborations, pas toujours faciles, entre Argento et Morricone par Olivier Desbrosses, et une présentation signée Jean-Baptiste Thoret. Un grand spécialiste du cinéma du bonhomme qui revient sur les différentes versions au cinéma du classique de Gaston Leroux puis qui explore l’imagerie du film, ses références et surtout ses thématiques et visions purement argentesque avec la science qu’on lui connait.
Liste des bonus
Un livret (48 pages), Analyse du film par Jean-Baptiste Thoret (34′), La musique du film par Olivier Desbrosses (10′), Making of (5′).







