ON L’APPELLE TRINITA & ON CONTINUE À L’APPELER TRINITA

Lo Chiamavano Trinita, … Continuavano A Chiamarlo Trinita – Italie – 1970, 1971
Support : Bluray & DVD
Genre : Western
Réalisateur : Enzo Barboni
Acteurs : Terence Hill, Bud Spencer, Steffen Zacharias, Dan Sturkie, Farley Granger, Yanti Somer, Harry Carrey Jr. …
Musique : Franco Micalizzi, Guido & Maurizio De Angelis
Durée : 110 et 111 minutes
Image : 2.35:1 & 2.39:1 16/9
Son : Français et Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 12 mars 2026
LE PITCH
Trinita, tireur émérite et hors-la loi décontracté, retrouve par hasard son frère Bambino qui a usurpé l’identité du shérif local. Bon gré mal gré, le duo protège des mormons menacés par un homme d’affaires véreux.
Trinita et Bambino jurent à leur père mourant de respecter sa dernière volonté : devenir de vrais bandits et que leurs têtes respectives soient mises à prix généreusement. Mais la tâche va s’avérer plus difficile que prévue…
Quand faut y aller, faut y aller !
Des baffes et des fayots, c’est en ces termes on ne peut plus réducteurs que certains se sont amusés à résumer le diptyque Trinita, emmené par les imperturbables Terence Hill et Bud Spencer et devant la caméra d’Enzo Barboni. Marquant le basculement du western à l’italienne vers la comédie pure et dure, On l’appelle Trinita et sa suite accueillent le spectateur dans une version particulièrement détendue de l’Ouest Américain où le slapstick, les arnaques et les bons sentiments viennent perturber la routine des duels au pistolet, des chevauchées et des pauses au saloon du coin. Deux films en forme de divertissements gentiment anarchistes, où les gags prennent le pas sur à peu près tout le reste.
Quatre ans, c’est le temps qu’il aura fallu à Enzo Barboni, réalisateur et scénariste de On l’appelle Trinita, pour porter à l’écran son histoire de pistolero sale et mal élevé (mais pas bien méchant), une histoire qu’il imagine sur le tournage du Django de Sergio Corbucci dont il est le directeur de la photographie et qu’il destine alors à Franco Nero. Quatre ans, autant dire une éternité à une époque où l’on n’attend même pas que l’encre de la dernière page d’un script soit sèche pour que les caméras se mettent à tourner. Même s’il ne déroge pas au quota de violence et de sadisme du western italien de la seconde moitié des années 60, le scénario de Trinita penche davantage vers la comédie et déroute les producteurs. L’alignement des planètes s’opère finalement après les refus successifs de Franco Nero et duo Peter Martell / George Eastman et alors que le genre décline peu à peu, victime de la lassitude du public. Sous l’impulsion du producteur Italo Zingarelli qui lui donne le feu vert tant attendu, Enzo Barboni évacue la violence et se lance franchement dans l’humour, capitalisant sur les bonnes vibes émanant du duo formé par Terence Hill et Bud Spencer, rescapés du joli succès public de la trilogie formé par Dieu pardonne … moi pas !, Les Quatre de l’Ave Maria et La Colline des Bottes réalisé par Giuseppe Colizzi.
Cul et chemise
Dès son ouverture au son d’une géniale ballade composée par Franco Micalizzi (et que Tarantino, en homme de goût, incorporera dans la bande-son de son Django Unchained, 42 ans plus tard) et où l’on suit Terence Hill somnolant sur un brancard que tire son cheval à travers un paysage poussiéreux, une drôle de magie opère qui laisse dériver On l’appelle Trinita vers des saveurs alors inédites. La première scène, pastiche assumé et jouissif du cinéma de Sergio Leone où notre anti-héros engloutit tout un plat de fayots dans un relais mexicain crasseux et à la stupeur générale, est un sommet d’humour cool et régressif.
S’il doit ses débuts dans le western à sa vague ressemblance avec Franco Nero, Mario Girotti alias Terence Hill calque ici son jeu sur le Steve McQueen des Sept Mercenaires et pousse la nonchalance de ce dernier dans ses ultimes retranchements. Trinita est à la fois un prodige de la gâchette et un feignant absolu, un petit malin redoutable et une dilettante incorrigible. Imaginez un croisement d’Indiana Jones, de Denis la Malice et de Jeffrey « The Dude » Lebowski et vous aurez une idée de ce drôle de gugusse. Jouant de son physique de gros nounours, Carlo Pedersoli, alias Bud Spencer, lui oppose une sorte de non-jeu, multipliant les mines râleuses et se déplaçant dans le cadre avec la grâce d’un tronc d’arbre. Et il n’en faut pas plus pour que ce numéro à la Laurel et Hardy, revu et corrigé à l’italienne, vampirise le film dans son ensemble. L’intrigue ? On s’en fiche, tout sera résolu en quelques coups de poings. Le méchant ? Farley Granger fait le service minimum et encaisse son chèque. Le gang mexicain ? Si ce n’est qu’il ferait passer le gang d’Eli Wallach dans Les Sept Mercenaires (encore !) pour un modèle de sobriété, ils ne sont là que pour transpirer et encaisser des baffes. Les deux sœurs mormones sous la cascade ? Le quota sexy du film. Le faire-valoir campé par Steffen Zacharias ? La meilleure imitation du Stumpy (Walter Brennan) de Rio Bravo.
Le renoncement sans appel d’Enzo Barboni à produire autre chose qu’un véhicule pour ses duettistes colle ainsi parfaitement à la décontraction générale d’une péloche qui largue les amarres avec le genre dont il est le dernier rejeton (ingrat). Délicieux mais routinier, drôle mais inconséquent, On l’appelle Trinita récolte un succès tel qu’une suite est immédiatement mise en chantier.
Pair et impair
Si la poudre parlait encore par intermittence dans le premier volet, On continue à l’appeler Trinita s’assume en comédie tous publics et range les colts au grenier. Entre ce bref moment où Bud Spencer fait remarquer à un Terence Hill qui tire en l’air la stupidité de son geste et LA scène culte du film où ce dernier humilie un pistolero en lui collant une baffe à chaque fois qu’il dégaine, le message est clair : Guignol et les Trois Stooges se sont emparés du western italien !!!
Quant à l’argument de départ, il est là encore on ne peut plus mince : réunis sous le toit de leur génitrice, une prostituée (probablement) à la retraite, et d’une figure paternelle incarnée par Harry Carrey Jr. (pour l’hommage à John Ford et à John Wayne), Trinita et Bambino prennent un bain, se toisent du regard et s’empiffrent avant de reprendre la route avec pour mission de devenir de vrais hors la loi. Une mission qu’ils vont évidemment foirer dans les grandes largeurs puisque des rencontres régulières avec une famille de pionniers sans le sou et qui ne savent comment guérir leur nourrisson atteint d’aérophagie (un bébé qui pète, quoi!) vont à chaque fois les placer en face de leurs responsabilités. Trinita se faisant passer pour un agent fédéral pour les beaux yeux de la fille aînée des pionniers, les méchants vont forcément trinquer. Anges gardiens malgré eux, Trinita et Bambino enchaînent les bagarres et finissent sans le sou … mais avec le sourire et le ventre plein !
Bien qu’il double les recettes du premier film au box-office, On continue à l’appeler Trinita use et abuse des ficelles de la formule imaginée par Enzo Barboni et son producteur Italo Zingarelli. On sourit souvent mais on se demande aussi un peu pourquoi tant le film ne repose que sur du vent. Simple redite, la bagarre finale s’essouffle littéralement et on sent alors Barboni pressé d’en finir pour emmener son duo vers de nouveaux genres et de nouveaux horizons. Le réalisateur tentera bien un troisième volet tardif et malavisé en 1995 (mais sans Bud Spencer ni Terence Hill) mais le cœur n’y était vraiment plus. Mélanger les baffes et les fayots, ce n’est pas une recette aussi simple qu’il y paraît.
Image
Les deux films ont fait l’objet d’une restauration plus que probantes même si on pourra leur reprocher les retouches très artificielles sur les cartons-titres des génériques d’ouverture et de fin avec un typographie très cheap. Reste donc les copies, respectueuses du grain original, globalement très propres et bien définies avec des contrastes soignés. La restitution de la lumière, de la poussière et de la sueur sur les vêtements et la peau des acteurs rivalise avec les plus belles restaurations du genre. Du très beau travail, à ranger sans hésitation auprès du Django de Carlotta Films, du Keoma d’Ecstasy of Films et du transfert HD d’Il Était une Fois dans l’Ouest de Paramount.
Son
L’absence des mixages transalpins d’origine est une vraie déception mais le doublage français de 1982, assuré par feu Patrick Poivey et Claude Bertrand et proposé dans un mono HD débarrassé du moindre souffle, clair, équilibré et dynamique, ravira les nostalgiques. Le doublage anglais, un peu moins probant, est lui aussi de la partie. Il est à noter que la galette d’On continue à l’appeler Trinita, contrairement à son prédécesseur, propose aussi le doublage français de 1972 avec les voix de Pierre Arditti et de Victor Lanoux avec un montage du film différent (quelques minutes en plus et un prologue qui met en scène le personnage de Bambino) mais pour une qualité sonore moins évidente.
Interactivité
Comme nous vous le disons juste au-dessus, On continue à l’appeler Trinita se distingue en proposant un montage alternatif accessible par le choix des langues. Et pour préserver la qualité de l’encodage, les bonus de cette suite ont été rassemblés sur un DVD à part. Un choix qui peut interroger mais qui n’entache en rien la qualité de l’interactivité proposé. D’un côté le critique Philippe Lombard revient brièvement sur le succès des films et la « Trinitasploitation » qui s’en suivit. De l’autre, on retrouve une interview de Bud Spencer d’un peu plus d’une demi-heure, enregistrée en 2014, deux ans avant la mort de l’acteur. Celui-ci se livre sur les débuts de sa carrière cinéma avec un sourire en coin et moult anecdotes. Philippe Lombard toujours, sur les bonus d’On l’appelle Trinita, analyse plus longuement la genèse du diptyque en s’attardant sur l’écriture du film et sa production. Des propos passionnants enrichis d’un second entretien, cette fois-ci avec Stéphane Lacombe, grand manitou de Frenezy Editions, lequel développe les raisons du succès du film. Un contenu éditorial assez riche donc, et sans la moindre redite. Cerise sur le gâteau, le packaging inclut des jaquettes réversibles et des cartes postales. Les rigolos de Rimini méritent bien un plat de fayots à la sauce tomate en guise remerciements !
Liste des bonus
On l’appelle Trinita : « Aux origines de Trinita » par Philippe Lombard (25’), « Les raisons d’un succès » par Stéphane Lacombe (27’)
On continue à l’appeler Trinita : Montage avec doublage français de 1972 (111’) « Le phénomène Trinita » par Philippe Lombard (14’), Interview inédite de Bud Spencer (32’), Galerie photo animée (4’).







