LA CRÉATURE DU CIMETIERRE

Graveyard Shift – Etats-Unis, Japon – 1990
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Ralph S. Singleton
Acteurs : David Andrews, Kelly Wolf, Stephen Macht, Andrew Divoff, Vic Polizos, Brad Dourif, Robert Alan Beuth, Ilona Margolis…
Musique : Brian Banks et Anthony Marinelli
Image : 1.85 16/9
Son : DTS-HD Master Audio 2.0 Anglais et Français
Sous-titres : Français
Durée : 86 minutes
Éditeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 14 février 2026
LE PITCH
Dans une vieille usine textile du Maine envahie par les rats, des ouvriers sont envoyés dans les sous-sols pour nettoyer les lieux. L’intervention tourne au cauchemar lorsqu’un accident mortel survient, rapidement suivi de plusieurs incidents inexpliqués. Pour faire face à la situation, un dératiseur atypique, Tucker Cleveland, est appelé en renfort afin de tenter de contenir une menace tapie dans les profondeurs de l’usine.
Maine Attraction
Il y a dans La Créature du cimetière (Graveyard Shift, 1990) une promesse simple : descendre sous un vieux moulin textile du Maine et y réveiller quelque chose qui n’aurait jamais dû voir la lumière. L’idée est directe, presque primitive, et s’inscrit dans une veine typique des adaptations de Stephen King. Un décor industriel poisseux, des ouvriers au bout du rouleau, un patron sans scrupule, et au fond, une présence animale devenue monstrueuse. Enfin, ça, c’est sur le papier !
Réalisateur de seconde équipe sur des films majeurs comme Taxi Driver (1976), Les Trois Jours du Condor (1975) ou encore Un justicier dans la ville (1974), Ralph S. Singleton est aussi l’un des producteurs de l’excellent Simetierre (1989) de Mary Lambert. Dans le sillage du succès de cette adaptation de Stephen King, produite par Paramount, le studio semble avoir voulu capitaliser sur la dynamique en lançant La Créature du cimetière. L’hypothèse tient la route, mais elle laisse surtout perplexe quant au choix de Singleton à la mise en scène : il n’avait alors réalisé que deux épisodes de la série Cagney & Lacey, sans aucune expérience du long métrage (il ne réalisera plus rien par la suite). Le réalisateur filme comme on déroule une obligation. La mise en scène manque d’ampleur et se contente d’un découpage fonctionnel, souvent très proche d’une esthétique télévisuelle. Les scènes s’enchaînent sans tension réelle, comme si le film refusait de prendre le temps de construire un climat.
Les seuls moments où quelque chose émerge relèvent du fragment. La créature apparaît par touches, par morceaux, dès les premières scènes. Ces révélations partielles, ces angles coupés, ces éclats visuels constituent presque la seule idée de mise en scène identifiable. Le reste s’abandonne à une narration linéaire, sans véritable montée en pression. Le film s’appuie aussi sur un décor industriel qui pourrait être fort, mais qui reste sous-exploité. Le sous-sol du moulin devient rapidement un simple couloir narratif. On attend une descente progressive vers un espace mental et physique oppressant, mais le récit préfère l’allongement et la répétition. La première heure donne le sentiment d’un remplissage constant, où l’exploration des bas-fonds remplace toute dynamique de survie ou d’horreur construite. Même la promesse d’un survival à la Alien ou Predator n’est jamais tenue. Tout reste à distance, comme neutralisé.
Marche ou crève
Les personnages s’inscrivent dans un système de figures typiques héritées de Stephen King, où chaque rôle semble conçu pour remplir une fonction précise plutôt que pour exister pleinement. Le drifter, le patron sadique, l’ouvrière solide, l’exterminateur marqué par la guerre : tout est en place, mais rien ne déborde vraiment du cadre attendu. C’est le cas de David Andrews, plutôt connu pour son profil de second couteau familier du cinéma américain de ces quarante dernières années. Il avait déjà tenu un rôle principal dans le sympathique Cherry 2000 (1987) de Steve De Jarnatt, sans pour autant accéder à une véritable reconnaissance de premier plan. Ici, il traverse le film avec une neutralité presque automatique, sans véritable relief, comme s’il se contentait d’occuper la place assignée.
Face à lui, Brad Dourif (qui venait de tourner les deux premiers Chucky) s’impose comme la seule présence réellement expressive du film. Il vient cachetonner dans une séquence de monologue surjoué autour de la guerre du Vietnam, directement dans la veine de récits à la Rambo. Ce type de scène relève d’un code très identifiable du cinéma d’horreur : l’invitation de visages connus, parfois presque iconiques, censés apporter une densité immédiate à l’ensemble. Cette présence donne effectivement un minimum de relief et de prestige au film, en contraste net avec le jeu désincarné du reste du casting, Stephen Macht mis à part, qui pousse au contraire son personnage de patron jusqu’à une caricature assumée. Kelly Wolf ne dépasse pas le cliché du rôle féminin fonctionnel et le reste du casting demeure enfermé dans une interprétation monotone, voire absente.
La Créature du cimetière aurait pu fonctionner comme un épisode d’anthologie horrifique efficace, centré sur un lieu unique et une descente progressive dans un espace hostile. Mais sur un format d’une heure et demie, le film reste au stade de l’exercice maladroit. La créature elle-même, à la fois visible et indéfinie, illustre bien ce flottement général. Une curiosité pour amateurs de bis horrifique, mais un objet filmique qui peine à dépasser sa propre inertie.
Image
Jamais édité sur support numérique en France jusqu’à présent, La Créature du cimetière bénéficie d’un très élégant un combo Blu-ray + DVD en édition limitée chez Sidonis Calysta. Le master de cette édition repose sur une source HD récente, issue de la restauration 4K réalisée par Paramount. Dans l’ensemble, le transfert est propre et stable, avec un grain présent mais parfois inégal selon les séquences. Le film gagne en impact dans ses scènes les plus éclairées : les visages ruisselants de sueur émergent avec une belle précision, soutenus par un travail de lumière qui accentue la texture des peaux et renforce l’atmosphère moite et industrielle. Les gros plans sur les rats produisent un effet immédiat sur les musophobes, même si le film exploite finalement assez peu ce registre. En revanche, dès que l’action bascule dans les sous-sols, l’image devient plus irrégulière. Le rendu se fait plus plat, avec une définition fluctuante et des noirs parfois trop denses. Le traitement du grain varie selon les plans, créant une légère hétérogénéité. La colorimétrie reste cohérente, dominée par des tons ternes mais maîtrisés. La stabilité générale est solide, sans défauts majeurs d’encodage. Au final, cette édition propose une restitution propre et globalement convaincante, capable de magnifier certains aspects de la photographie, sans masquer les limites d’un master inégal.
Son
Deux pistes sont proposées, en anglais comme en français, toutes deux en DTS-HD Master Audio 2.0. Le rendu privilégie une bonne lisibilité de l’ensemble, en mettant en avant l’ambiance sonore du film, entre machines grondantes et présence diffuse des rats. La restitution des voix est particulièrement soignée : les dialogues restent parfaitement intelligibles du début à la fin. La musique accompagne sans marquer durablement, tandis que ce sont surtout les effets sonores, plus abrupts et ponctuels, qui apportent du relief et participent à créer une tension discrète. La piste française, propre et bien équilibrée, constitue une alternative tout à fait satisfaisante.
Interactivité
Côté suppléments, l’édition propose un unique bonus vidéo, mais solide : une intervention de 39 minutes de Olivier Père, claire et bien documentée. Il replace le film dans les adaptations de Stephen King, revient sur la nouvelle Poste de nuit et sa genèse (liée à la jeunesse de l’auteur, comme tant d’autres de ses récits), puis aborde la production du film dans le sillage de Simetierre, le casting, la carrière de Ralph S. Singleton et l’accueil du long métrage. Un ensemble complété par un livret instructif de 24 pages signé Marc Toullec.
Liste des bonus
Présentation du film par Olivier Père, directeur cinéma ARTE France (39’), Bande-annonce d’époque (2’), un livret écrit par Marc Toullec (24 pages).







