MOTHER OF TEARS

La terza madre – Italie – 2007
Support : Bluray
Genre : Horreur, Fantastique
Réalisateur : Dario Argento
Acteurs : Asia Argento, Christian Solimeno, Adam James, Moran Atias, Daria Nicolodi, Udo Kier, Valeria Cavalli, Jun Ichikawa…
Musique : Claudio Simonetti
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 5.1 et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 100 minutes
Editeur : Extralucid Films
Date de sortie : 20 mai 2026
LE PITCH
Sarah, jeune américaine étudiant l’art à Rome, ouvre malencontreusement une urne maléfique, d’où s’échappe la pire sorcière de tous les temps. Les sorcières du monde entier se rendent alors à Rome pour rendre hommage à leur cheffe, tandis que Sarah use de son pouvoir psychique pour tenter de contrecarrer les plans de la sorcière…
Lacrymal
Pour beaucoup le très (trop ?) attendu Mother of Tears est surtout lié au souvenir d’une projection douloureuse, d’un choc presque nerveux hésitant entre le rire et les larmes. Loin des Suspiria et Inferno fantasmatique, le troisième volume de la trilogie tombait dans le kitch et le bis fauchée ?! Les années aidant et la sagesse sans doute aussi un peu, permettent de revoir ce métrage bien fragile avec plus de bienveillance.
Même si les fans le réclamaient à cors et à cris depuis des lustres, il paraissait effectivement assez vain et dangereux de finalement donner naissance à ce terza madre conclusif, régulièrement annoncé mais toujours repoussé. Entre le premier et phénoménal Suspiria et sa suite plus expérimentale encore Inferno, le cinéma de Dario Argento et le cinéma italien dans son ensemble ont presque totalement changé de visage. La fracture 30 ans après est frappante, là où les deux films références avaient été presque entièrement tournés en studios, en vase-clos, profitant de moyens confortable et de visions esthétiques hors du temps, Dario Argento plonge leur suite dans les rues véritables de la Rome moderne voulant à la fois étendre largement la portée de la menace des fameuses sorcières sur le monde (on parle ici directement d’apocalypse) mais aussi composer avec une économie très très loin des ambitions même du projet. Quelques disputes de figurants en arrière-plans, de lointains échos télévisés, une scène réussie d’une femme jetant son enfant dans le Tibre, Mother of Tears rappelle souvent beaucoup moins Suspiria et Inferno que la transformation du cinéma de genre italien et la succession de séries B voire Z sans le sou qui deviendront la triste norme à partir de la fin des années 80.
Dieux anciens
Ici les tableaux baroques et les inspirations arts nouveaux du formidable directeur photo Luciano Tovoli manquent cruellement tandis que Frederic Fasano (Giallo, Vous aimez Hitchcock ?) peine à s’extraire du réalisme plat des derniers opus du cinéaste. La liste des déceptions de ce type est malheureusement assez longue avec des idées tristement kitchs (Daria Nicolodi en jedi fantôme), des images de synthèses craignos et une interprétation générale assez catastrophique. Mention spéciale à Asia Argento, absolument à l’ouest de bout en bout. Pourtant, pourtant, une fois passé ce mur de l’incompréhension, le film ne manque pas de beaux restes, s’efforçant de creuser une mythologie alchimiste qui avait surtout servi de canevas lointain jusque-là, et de lui trouver une corporalité nouvelle. La prise de risque est louable, et Mother of Tears ressemblerait presque bien souvent à un film testament où Argento, et ses deux scénaristes américains Adam Gierasch et Jace Anderson (Spiders, Crocodile, Mortuary pour Tobe Hooper, autre grand déchu) tissent constamment des liens évidents avec la grande œuvre d’autrefois. Reprises de plans, de références picturales, d’éléments incongrus (le singe qui descend en rappel), d’acteur (Udo Kier déjà dans Suspiria), Mother of Tears ne touche finalement une certaine grâce que lorsqu’il se heurte frontalement à la mémoire du metteur en scène rejouant l’incontournable arrivée dans l’autre monde dans un taxi anonyme (avec les voix fébriles de Claudio Simonetti en fond sonore) ou la découverte de la demeure infernale comme une errance digne de celle des Frissons de l’angoisse.
Dans les silences imposés et l’utilisation de décors décharnés et hors du temps, Argento retrouve sa verve et si on exclut une « mère » trop sculpturale et soft-porn pour convaincre, la descente de Sarah dans cet autre monde décadent et orgiaque et son échappée à travers une rivière de cadavres en putréfaction (façon Phenomena) ne manque pas d’une certaine poésie macabre. Et comment résister aux nombreuses saillies absolument gores et Grand Guignol qui parsèment le film ? Des délires grotesques et barbares poussant jusqu’à une scène de cannibalisme sur le corps d’un enfant, et qui ici ravivent les souvenirs de la grande époque de l’horreur italienne fin de règne, décomplexée, gratuite et définitivement excessive. Mother of Tears tente de redonner vie à des fantômes. On sait qu’il faut laisser les morts reposer, mais ces quelques instants volés font forcément leur petit effet.
Image
Extralucid propose un nouveau master pour Mother of Tears, restauré, et qui effectivement vient améliorer sur beaucoup de points l’ancienne copie HD (visible en bonus pour la version uncut) avec des contrastes nettement plus marqués, une définition plus poussée et surtout une colorimétrie plus convaincante avec des ombres plus présentes et des teintes mieux campés. Le film s’échappe, un peu de son image de téléfilm fauché et ça fait du bien. Dommage cependant que seule la version légèrement plus soft ait eu les honneurs de ce travail.
Son
La version doublée reste égale à elle-même avec un résultat plutôt conventionnel, frontal mais relativement efficace, du moins autant qu’un DTV. La version originale anglaise, malgré les accents latins très présents, est nettement plus convaincante dans sa dynamique DTS HD Master Audio 5.1 avec quelques ambiances plus enveloppantes et quelques envolées horrifiques plutôt sympas.
Interactivité
A nouveau une très belle édition pour un film d’Argento chez Extralucid Films. Le coffret cartonné profite d’un visuel particulièrement réussi et classieux et contient le boiter scanavo Bluray ainsi qu’un nouveau livret bien chargé reprenant tout d’abord un extrait de l’auto-biographie du cinéaste puis des éléments du numéro spécial que lui avait consacré l’équipe de Mad Movie en 2022 avec une longue interview du maitre sur presque l’ensemble de sa carrière et une exploration de l’évolution de ses bandes originales.
Sur le disque, on retrouve une composition équivalente à celle du précédent Le Fantôme de l’opéra avec une étude musicale de la prestation de Claudio Simonetti et un retour sur ses autres collaborations avec Argento puis une longue et, toujours passionnante, présentation du film par Jean-Baptiste Thoret. Les origines du film, ses références picturales et personnelles, sa construction interne, les obsessions habituelles du réalisateur, les retrouvailles familiales, les réussites et les échecs… tout est passé en revue avec un regard de fin connaisseur.
On remerciera aussi bien entendu l’éditeur d’avoir préservé le montage le plus corsé du film (quelques secondes méchamment gores de-ci de-là qui font la différence) même si c’est dans une copie moins marquante et uniquement visible en vf.
Liste des bonus
Un livret de 48 pages, Version uncut non-restaurée (vf), Analyse du film par Jean-Baptiste Thoret (35’), La musique du film par Olivier Desbrosses (10’).







