MORT UN DIMANCHE DE PLUIE

France, Suisse – 1986
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Joël Santoni
Acteurs : Nicole Garcia, Jean-Pierre Bacri, Dominique Lavanant, Jean-Pierre Bisson, Etienne Chicot, Cerise Leclerc…
Musique : Vladimir Cosma
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 109 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 15 octobre 2025
LE PITCH
David Briand, un architecte, vit dans une grande maison avec sa femme et leur fille. A la suite de l’éboulement d’un immeuble dessiné par David, un homme, Cappy Bronsky se retrouve handicapé. David se sent obligé de l’engager comme jardinier et son épouse comme babysitter. Mais la vie des Briand va vite devenir un enfer.
Parasites
Souvenir presque traumatisant d’une découverte hasardeuse lors de l’une des rares diffusions télévisées, Mort un dimanche de pluie est, comme souvent, une authentique anomalie dans la toute petite histoire du thriller français. Un Home Invasion cauchemardesque sur fond de conte social très noir qui marque aujourd’hui encore par sa redoutable efficacité.
Une maison ultra design, de béton et de verre, continuellement frappée par une pluie battante, entourée d’un jardin terreux, et en friche. Un travelling, une silhouette inquiétante. Le décor est posé, l’opposition entre la modernité et un vieux cauchemar comme échappé d’un conte pour enfants (pas trop impressionnables de préférence), va persister tout au long du métrage, et venir continuellement nourrir cet étonnant thriller domestique, devançant de quelques coudées la petite mode qui naitra aux Etats-Unis à peine un an plus tard avec des films comme Liaison Fatale ou un peu plus loin le fameux La Main sur le berceau. Il s’agit ici aussi d’une réappropriation, lié à un souvenir honteux de la carrière de David Brian qui va dès lors dans un premier temps accepter par culpabilité l’omniprésence des Bronsky (Jean-Pierre Bisson et Dominique Lavanant, monstrueux de cruauté et de perversion) avant de réaliser que ce pied dans la porte est déjà fatal. Le couple Brian semble parfois tout droit sorti d’un drame conjugal à la française (la présence de Nicole Garcia et Jean-Pierre Bacri creuse ce sentiment), empêtré dans cette maison trop grande et trop vide, dans une vie ennuyeuse et trop matérialiste, alors que leurs opposants, soudés dans leur folie, semblent échappés d’un authentique film d’horreur, voir d’un slasher pour une dernière partie presque bis.
Péril en la demeure
La friction entre ces deux univers est admirablement orchestrée par le scénariste Philippe Setbon, futur réalisateur de Mister Frost avec Jeff Goldblum, et le réalisateur Joël Santoni (La Course en tête, Ils sont grands ces petits). Celui-ci signait là son cinquième et dernier long métrage de cinéma avant d’être relégué au petit monde de la télévision (avec l’énorme succès d’Une Famille formidable). Bien dommage tant il fait preuve de sacrées ambitions stylistiques, d’une admirable prise en main du décor et de ses environnements et d’une direction d’acteur redoutable. On lui pardonnera quelques tics bien trop années 80 (les interminables séances en studio d’enregistrement, très clichés) devant justement cette volonté très noire et parfois franchement dure de pousser la logique de ce remplacement improbable et les multiples mauvais traitements subis par la pauvre petite Cric jusqu’à son paroxysme. La fameuse image, rapidement retirée du montage tv, de la gamine nue et attachée aux toilettes fait son retour ici, véritable point d’orgue du basculement total du film dans l’horreur la plus viscérale.
Doté d’une ambiance étouffante et délétère, plongeant progressivement dans une forme de fantastique atmosphérique presque baroque (l’ogre et la sorcière sont parfaitement identifiables), Mort un dimanche de pluie est aussi une approche poussive, mais jubilatoire, du retour de bâton de l’oppression sociale. Pas si loin du Parasite de Bong Joon Ho finalement, il fait de cette propriété, trop luxueuse, trop impersonnelle, le symbole d’une injustice qui ne peut dès lors qu’attiser les convoitises, l’avidité, et transformer l’autre, celui d’un niveau sociale inférieur, en véritable monstre. Un excellent thriller, viscéral et dérangeant, enfin réhabilité.
Image
Confectionnée avec amour par Le Chat, cette copie 4K produite à partir d’un scan des négatifs 35mm est une belle prouesse. Sans jamais dénaturer les matières, le grain et les argentiques, la restauration donne un sacré coup de fouet à l’image, assurant une propreté poussée, révélant à nouveau les profondeurs et les détails grâce à un piqué rigoureux. Les teintes essentiellement froides (merci le béton et la pluie), et les imposantes zones de noirs sont restituées avec finesse et naturel. En dehors des premiers plans génériques, chahutés, le reste est plus qu’admirable, offrant véritablement une seconde jeunesse au film.
Son
La piste DTS HD Master Audio 2.0 permet de retrouver avec simplicité et clarté les intentions sonores initiales, sobres mais efficaces. Le nouveau DTS HD Master Audio 5.1 entend bien élargir légèrement le spectre des sensations. L’essentiel de la spatialisation tient surtout dans quelques effets d’ambiances (échos, la pluie…) qui viennent discrètement consolider le suspens.
Interactivité
Le film est présenté dans un boitier scanavo avec fourreau toujours aussi élégant, et sur les disques une rencontre en deux parties avec le scénariste Philippe Setbon. Dans un premier temps il revient sur sa jeunesse, ses amours de cinéma et son cheminement dans le métier, soulignant au passage son attrait pour le cinéma de genre, puis se concentre dans un second temps sur ses souvenirs de Mort un dimanche de pluie : Son travail avec le réalisateur Joël Santoni, les petites évolutions de l’écriture, certains choix étonnant pour l’époque et une sortie pas si évidente que cela en salles. Un monsieur plutôt intéressant en effet.
Liste des bonus
« Profession scénariste » avec Philippe Setbon (25’), « Terreur sous la pluie » avec Philippe Setbon (7’).






