L’HOMME SANS MÉMOIRE

L’Uomo senza memoria – Italie – 1974
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Duccio Tessari
Acteurs : Senta Berger, Luc Merenda, Umberto Orsini, Anita Strindberg, Bruno Corazzari, Rosario Borelli…
Musique : Gianni Ferrio
Image : 2.35 16/9
Son : Italien et Français LPCM 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 92 minutes
Éditeur : Artus Films
Date de sortie : 17 février 2026
LE PITCH
À la suite d’un accident, Edward est devenu amnésique. Après un long séjour en clinique, il retourne en Italie retrouver son épouse, Sara. Mais celle-ci a refait sa vie, le croyant mort. Petit à petit, elle est victime d’incidents étranges sans réelle explication, tandis que le passé trouble de voyou remonte à la surface dans la vie d’Edward. C’est alors que George intervient auprès de Sara, la menaçant de mort si son mari ne restitue pas une somme d’argent qu’il aurait gardée pour lui seul…
Face-à-face avec moi-même
Déjà auteur d’un plutôt surprenant Un Papillon aux ailes ensanglantées, l’artisan Duccio Tessari revient au genre à la mode qu’est le Giallo avec L’Homme sans mémoire qui de la même manière fait tout pour s’en écarter. Un petit pas de dance chaloupé pas forcément totalement maitrisé mais pas inintéressant.
Bien connu des amateurs de cinéma populaire italien, Duccio Tessari a indéniablement apposé sa marque sur l’histoire du péplum avec le très décontracté Les Titans, mais aussi du western avec l’énergique diptyque consacré au héros Ringo (Un Pistolet pour Ringo & Le Retour de Ringo) toujours avec la jeune star Giuliano Gemma. Comme ses confrères, Tessari est un touche-à-tout qui passera donc aussi du coté de la comédie, du polar, de l’action et même de quelques coproductions glorieuses comme Big Guns et Zorro avec Alain Delon ou Les Durs et son très improbable casting (Lino Ventura, Fred Williamson, Isaac Hayes, William Berger…). Au milieu d’une carrière assez bien remplie, on trouve donc cet Homme sans mémoire, giallo concocté à 8 mains mais surtout cosigné par le spécialiste du genre Ernesto Gastaldi (La Queue du scorpion, Toutes les couleurs du vice, Torso…) qui dissémine quelques ritournelles bien connues allant du tueur mystérieux (et sa caméra subjective), à ses détectives amateurs, en passant par le twist dont la clef se cache dans une photo à la vue de tous depuis le début.
De vagues souvenirs
D’autres auraient sans doute appuyé sur ces figures incontournables, accentuant les effusions de sang, les scènes de tensions, l’étrangeté flottante, les flashbacks nébuleux, l’érotisme sulfureux… Mais sans doute plus encore que pour Un Papillon aux ailes ensanglantées, le réalisateur choisit surtout de les aborder comme les ingrédients d’un polar nettement plus terre-à-terre, réaliste, aux lisières même parfois du mélodrame de roman-photo. Véhiculé par la nonchalance du français Luc Meranda (Polices parallèles, Salut les pourris…), le rythme du film se laisse finalement porté par la sobre enquête de cet homme en quête de sa propre mémoire, pressé par quelques anciens associés mal intentionnés, et qui au contact de cette épouse qu’il ne connait plus va découvrir son ancienne nature (un salopard) et s’en détacher progressivement. Un sujet plutôt intéressant qui était déjà plus ou moins celui du Diaboliquement votre de Julien Duvivier avec Delon et la talentueuse Senta Berger déjà dans le rôle de la femme retrouvée. Hasard ? Quoi qu’il en soit le casting est plutôt solide (Anita Strindberg nous offre une nouvelle garce de son cru) et le complot est plutôt bien ficelé, même si pas forcément des plus imprévisibles, mais effectivement la mise en scène manque souvent d’un peu de nervosité et de tension pour véritablement s’imposer autrement que comme un petit thriller divertissant.
Avare en véritable meurtre (le plus cruel est celui du chien), L’Homme sans mémoire se réveille cependant pour 10 ultimes minutes nettement plus spectaculaires avec un combat à la tronçonneuse qui finit mal (ou bien, ça dépend du point de vue) et qui lui valu un temps le titre français de La Trancheuse infernale. C’est ce qu’on appelle soigner sa sortie.
Image
20 ans (20 ans !) après la sortie du DVD chez Neo Publishing, L’Homme sans mémoire revient en vidéo avec cette fois-ci un Bluray proposant une copie HD inédite. L’image est toujours aussi propre et dotée de teintes très agréables, vives et contrastées, et l’essentiel du film, baigné par une lumière toute italienne, fait largement illusion. Le bât blesse dès que les zones sombres prennent de l’importance ou lors des quelques scènes nocturnes avec des amas de noirs et de gris qui paquettent, voir carrément un segment entier qui pixelise de manière particulièrement disgracieuse. Vraiment dommage.
Son
Bien ancré dans leurs mono d’origine, les pistes italienne et française déployées en PCM 2.0 restent clairs et restituent fermement l’ambiance frontale et un peu rustre d’autrefois. On notera une distorsion dans l’ouverture de la version française (sur la chanson titre) mais ensuite le visionnage se fait sans heurts.
Interactivité
Nouveau digipack avec fourreau cartonné pour un Giallo chez Artus Films. Le visuel est toujours aussi réussi et les disques Bluray et DVD offrent une petite poignée de suppléments non négligeables. On y retrouve l’interview que l’acteur Luc Merenda avait enregistré pour Neo Publishing avec quelques évocations de L’Homme sans mémoire (et surtout de sa partenaire Senta Berger) mais aussi de son attrait pour la culture et le cinéma italien.
Outre les habituelles galeries de photos et d’affiches et la bande originale toujours fournies par l’éditeur, on découvre aussi deux nouvelles présentations, l’une signée par le critique italien Fabio Melelli, l’autre par le spécialiste français Olivier Père. Le premier se consacre à retracer l’ensemble de la carrière de Duccio Tessari avec une volonté de réhabilitation et de réévaluation intéressante. Le second joue un temps la même partition, mais étend ensuite le propos sur les codes du giallo, les particularités du film en présence ici et fait bien entendu quelques détours par les filmographies des acteurs principaux. Classique mais très complet.
Liste des bonus
Présentation du film par Olivier Père (42’), Entretien avec Luc Merenda (20’), Portrait de Duccio Tessari par Fabio Melelli (21’), Diaporama d’affiches et de photos, Bande-annonce originale.







