MARCHE OU CRÈVE

The Long Walk – Etats-Unis – 2025
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Anticipation, Drame
Réalisateur : Francis Lawrence
Acteurs : Cooper Hoffman, David Jonsson, Garrett Wareing, Tut Nyuot, Charlie Plummer, Ben Wang, Jordan Gonzalez, Joshua Odjick, Mark Hammill, Roman Griffin Davis, Judy Greer…
Musique : Jeremiah Fraites
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français Dolby Atmos
Sous-titres : Français
Durée : 108 minutes
Editeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 14 février 2026
LE PITCH
Le jeune Garraty va concourir pour « La Longue Marche », une compétition qui compte cent participants. Cet événement sera retransmis à la télévision, suivi par des milliers de personnes. Mais ce n’est pas une marche comme les autres, plutôt un jeu sans foi ni loi…
Un pas après l’autre
Considéré par de nombreux lecteur comme l’un des meilleurs romans de Stephen King, Marche ou crève, rejoint (enfin ?) à son tour la longue liste d’adaptations au cinéma du bonhomme. Un essai signé par un Francis Lawrence (Je suis une légende, Constantine) déjà bien échauffé par pas moins de quatre opus de la saga Hunger Games.
Deux évocations dystopiques d’une Amérique qui a sombré dans le totalitarisme et utilise sa jeunesse comme agneau sacrificiel pour la propagande et le spectacle. Mais si les romans de Suzanne Collins jouent la carte d’une fresque spectaculaire, le texte de Stephen King s’avère nettement plus modeste et resserré. Publié en 1979 sous le nom de plume Richard Bachman, ce dernier avait cependant été rédigé pas loin de dix ans plus tôt et peut même être vu comme le premier roman du King. Un cauchemar imaginé en échos à la violence qui entourait alors la jeunesse américaine, entre la Guerre du Vietnam et les manifestations réprimées brutalement, montrant comment une dictature propose à des adolescents de participer à une course de fond interminable dans l’espoir de gagner une somme mirobolante et de faire la gloire de la nation. Un seul gagnant, les autres s’ils ralentissent ou s’arrêtent, seront sommairement exécutés. Tout comme ceux qui tenteront de s’enfuir. Une marche interminable, sans fin dont l’implacable noirceur n’est compensée que par la fibre d’humanité qui donne une belle présence à cette poignée de protagonistes et aux amitiés qui vont naitre… de manière bien éphémère. Si Francis Lawrence n’a pas toujours été un réalisateur des plus subtiles, il a cependant parfaitement compris cette donnée et, aidé par un casting de jeunes acteurs formidables, réussit en quelques scènes à installer la personnalité de chacun, à donner corps aux futures tensions, aux premiers rapprochements.
La route de briques rouges
Si Garraty (Cooper Hoffman vu dans Licorice Pizza) et McVries (David Jonsson, l’androïde d’Alien Romulus) sont placés comme le cœur du film, le moteur de la dynamique générale, ceux qui les entourent, respirent et existent avec tout autant de conviction. Ce qui rend les exécutions, sèches, terribles et injustes d’autant plus marquantes et atroces. Un réalisme poussé plus que de la cruauté qui en ne détournant pas les yeux du sang versé sur le bitume, d’un crane explosé ou d’une cheville brisée préserve le ton du roman et surtout son imagerie sacrificielle et viscérale. Un long et éprouvant voyage où la justesse des dialogues (très bon scénario signé par le JT Mollner de Strange Darling) et la finesse d’interprétation rattrape bien souvent les limites d’une mise en scène qui ne réussit pas toujours à donner véritablement corps à l’épuisement et qui se montre, un peu trop chiche lorsqu’il faut s’éloigner légèrement de la simple route pour donner un peu d’étoffe à cette Amérique perdue entre la Crise de 29 et la marche militaire fasciste. Trop lointain, le Général Dictateur incarné par Mark Hamill, ne va malheureusement pas plus loin que la simple silhouette beuglante et détestée par tous. Quelques petites faiblesses, dans un survival qui maintient tout de même efficacement la tension jusqu’au bout du chemin et qui réussit même à modifier quelques éléments, à se détourner légèrement du final étrange du roman, pour mieux en accentuer l’aspect cynique, fataliste… et politique.
Si King parlait en son temps du Vietnam, les évènements décrits dans le film font nettement plus échos aux basculements dans l’Amérique de Trump. Sommes-nous même surpris que ce dernier ait annoncé vouloir organiser des compétitions sportives nationales portant le nom de Patriot Games ?
Image
Capturé sur Arri Alexa 35 et produit directement en 4K, le film n’a vraiment pas beaucoup de difficultés à se plier aux attentes du support UHD. Les cadres sont d’une propreté immuable, la profondeur (importante ici) toujours parfaitement dessinée, tandis que les matières et différents reliefs préservent une texture tout à fait réaliste. Image parfaite donc, ou tout comme, mais où il est amusant de noter que les traitements Dolby Vision et HDR10 peinent à trouver où s’accrocher tant l’image reste volontairement assez terne et désaturée… Jusqu’à la dernière scène plongée dans des teintes plus chaudes, voire dorées, de néons nocturnes.
Son
Excellente performance pour les deux pistes Dolby Atmos qui appuient constamment sur l’espace particulier de l’action du film : une route à perte de vue. Certains dialogues sont effectivement assez frontaux, mais utilisent tout autant la profondeur du dispositif et viennent révéler, tout comme les bruits d’exécutions loin en avant ou loin en arrière, les distances mises en place. Les ambiances sont simples, réalistes, mais constamment enveloppantes et donc oppressantes.
Interactivité
Proposée dans un steelbook l’édition UHD / Bluray propose deux bonus plutôt intéressants. Le premier est une fin alternative, bien plus positive que celle choisie finalement, mais on aurait bien aimé une présentation du réalisateur afin d’expliquer dans qu’elle optique elle avait été tournée. Le second est un très long making of de plus d’une heure qui retrace toute la production du film, de l’adaptation à la composition de la musique en passant forcément par un tournage très physique pour les jeunes acteurs. Tous le monde se pose devant la caméra pour répondre aux questions, les images des coulisses s’enchainent, et si rien de véritablement révolutionnaire sera évoqué, l’ensemble est particulièrement complet et tout à fait agréable à suivre. En digestif, on trouve aussi une petite évocation par tout le monde (avec plus ou moins de sincérité) de leur admiration pour Stephen King, une lecture filmée en visio d’un segment du scénario et bien entendu la sélection de bandes annonces.
Liste des bonus
« Toujours plus loin » : Making of en 5 parties (76’), Bandes-annonces, Fin alternative (8’), Cooper et David lisent une scène (5’), À propos de Stephen King (3’).







