TOMIE

富江 – Japon- 1998
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Ataru Oikawa
Acteurs : Miho Kanno, Mami Nakamura, Yoriko Doguchi, Tomoro Taguchi, Kota Kusano…
Musique : Hiroshi Futami, Toshihiro Kimura
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais DTS Master Audio 5.1 et 2.0 4
Sous-titres : Français
Durée : 95 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 3 décembre 2026
LE PITCH
Tsukiko Izumisawa, étudiante en art, est en proie à d’horribles cauchemars après avoir été victime d’un accident de voiture. Lors d’une séance d’hypnose, la jeune femme évoque le nom de Tomie. Il s’avère que quelques mois auparavant, une étudiante portant ce prénom avait été assassinée par ses camarades. Le détective Harada, menant sa propre enquête, découvre bientôt que, depuis plus d’un siècle, des jeunes femmes portant le même prénom ont été assassinées et décapitées.
A l’ombre de la jeune fille en fleur
Première adaptation notable d’une œuvre du maitre du manga d’horreur Junji Ito, ce Tomie premier du nom (huit autres suivront) s’empare de l’œuvre inaugurale du monsieur, et l’une de ses plus célèbres, pour l’emmener vers des rives inattendues. Plus atmosphérique que graphique, plus sobre que démonstratif, mais l’esprit si inquiétant de cette jeune fille « parfaite » persiste.
Si aujourd’hui le nom de Junji Ito est largement célébré aussi bien du coté des lecteurs de manga que des adorateurs d’épouvantes sous toutes ses formes, l’artiste n’est pas forcément encore une référence absolue à la fin des années 90. Spirale vient à peine de débuter, ses nouvelles font peu à peu leur trou dans les magazines spécialisés, et c’est véritablement Tomie, longue série de courtes nouvelles plus ou moins interconnectés, qui fait le plus sensation. Une jeune adolescente si belle et si inaccessible que tous les garçons tombent en pâmoison, comme possédés, et que bien entendu les filles se mettent à jalouser et à haïr. Une tension et une chute vers la folie généralisée qui mène en général à son exécution, brutale et violente, puis à sa résurrection et sa vengeance. Un sujet en or pour cette décennie justement habitée par l’explosion de la fameuse J-Horror marquée par les silhouettes aux cheveux longs des créatures de The Grudge et Ring. Des références qu’Ataru Oikawa (Appartement 1303) garde manifestement en tête lorsqu’il aborde son propre film, rejetant finalement toute la démesure gore et boddy horror du manga, au profit d’un décor nettement plus réaliste, quotidien, où le surnaturel semble recouvrir lentement, mais surement, les esprits.
Premier visage
Le scénario cache d’ailleurs assez longuement les origines des évènements qui se découlent devant nos yeux, le crime inaugural restant coincé à la fois dans la mémoire de l’étudiante Tsukiko, hantée par quelques cauchemars nocturnes, et dans les dossiers d’un flic convaincu que la victime de plusieurs de ses enquêtes sont bel et bien liés. Un nom revient sans cesse, Tomie, tandis que le montage montre en parallèle de la trajectoire de ces deux personnages, un voisin de Tsukiko qui semble élever une étrange enfant, à la croissance exponentielle à l’éclosion de sa cruauté. Trois trajectoires, qui ne se percuteront que dans une dernière demi-heure, légèrement plus démonstrative, où la monstruosité de la fameuse Tomie saute enfin aux yeux et à l’écran. Sans doute aussi pour des questions de moyens, Oikawa joue nettement plus volontier sur l’éclosion d’une horreur diffuse, psychologique, que sur les effets chocs, poussant même le vice jusqu’à laisser le visage de Tomie, dans l’ombre jusqu’aux derniers instants. Et pourtant même là, seuls les yeux et le rictus peuvent témoigner du mal qui l’habite. Si les bribes de la première nouvelle dessinée sont reconnaissables, le film Tomie reste une adaptation très libre, curieuse, et qui prend systématiquement les lecteurs de Junji Ito à contre-pied en l’inscrivant sans doute de manière plus évidente dans les codes de la J-Horror que dans le véritable univers de l’auteur original.
Passé la déception première, Tomie avec sa vision urbaine contrastée, sa musique bizarroïde, son mélange de rêverie et de psychanalyse flottante, et cette mise en avant constante de personnages victimes déjà habités par la culpabilité et un certain désespoir, se dote d’une certaine mélancolie existentielle qui n’est pas sans rappeler les premiers essais de Kiyoshi Kurosawa (Cure). La mise en scène, un peu trop fonctionnelle et plate ici, n’est pas du même acabit, mais l’ambiance générale fait l’essentiel du travail.
Image
Copie HD fournie par Kurokawa et aux origines non connues, elle n’atteint certainement pas les hauteurs connues récemment par les restaurations 4K de Ring ou The Grudge. Le nettoyage semble avoir été effectué sur une source plus ancienne, mais avec tout de même une stabilité et une propreté des plus appréciables. Les contrastes sont la plupart du temps bien marqués et les variations de couleurs, très marquées sur certaines scènes, sont bien amenés. C’est plutôt du coté de la définition générale que l’on sent la copie sur la retenue avec des séquences lumineuses et plutôt naturelles au piqué bien marqué et dessiné, et d’autres nettement plus douces, voir légèrement floues parfois, où la profondeur perd en intensité. Pas parfait, mais plus que convenable et sans défaut majeur.
Son
Le film retrouve sa petite stéréo d’origine rappelant les moyens finalement toujours modestes de ces productions J-Horror. Celle-ci est désormais accompagnée d’un DTS HD Master Audio 5.1 qui s’efforce de faire au mieux avec une source limitée. Pas de gros jaillissements ou d’effets spectaculaires là encore, mais un travail plutôt efficace sur quelques atmosphères sonores plus enveloppantes et quelques bruitages curieux, doucement envahissants, qui ajoutent à l’étrangeté du film.
Interactivité
Les amateurs vont forcément regretter un peu l’absence ici des interviews récentes du réalisateur, du producteur et de l’actrice principale enregistrés par les voisins de Arrow Video. On préserve tout de même le très sympathique making of d’époque, offrant de nombreuses images du tournage, quelques interventions des acteurs, du réalisateur mais aussi de Junji Ito (qui fait un cameo dans le film avec son assistante). Le Chat a aussi invité l’éditeur Jérôme Lacasse (Mangetsu) et le journaliste Sullivan Rouaud à venir présenter dans une longue vidéo l’univers du mangaka, son style si particulier, son univers horrifique, ses œuvres marquantes et sa personnalité, si affable et « normale ».
Là où l’éditeur français fait surtout très fort c’est dans son superbe visuel du fourreau, commande inédite réalisé par Junji Ito en personne et en exclusivité. Un trésor pour les fans.
Liste des bonus
Junji Ito par Jérôme Lachasse et Sullivan Rouaud (41’), Making of avec interviews de Ataru Oikawa et Junji Ito (28’), Bande-annonce.







