MORT DE RIRE

Muertos de risa – Espagne – 1999
Support : Bluray
Genre : Comédie
Réalisateur : Alex de la Iglesia
Acteurs : Santiago Segura, El Gran Wyoming, Álex Angulo, Carla Hidalgo, Eduardo Gómez, Jesús Bonilla, José María Íñigo, Uri Geller…
Musique : Roque Baños
Image : 1.85 16/9
Son : Espagnol DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 111 minutes
Editeur : Extralucid Films
Date de sortie : 24 juin 2026
LE PITCH
Malgré une ascension fulgurante, Ino et Bruno, deux comiques, ont un gros problème : ils se détestent profondément. Pour enrayer une chute inéluctable et sauver la carrière de ses deux poulains, leur manager doit lutter contre la haine et la jalousie…
« Tu me tiens, je te tiens par la barbichette… »
Alex de la Iglesia (Le Jour de la bête, Mes chers voisins, 800 balles…) aime à construire ses films autour de concepts simples. Malins, originaux, accrocheurs, mais simples. Ici donc deux comiques troupiers au succès fulgurant dans une Espagne en voie de libéralisation, dont les gags et les rires cachent une haine et une cruauté terrible qui va les auto-détruire jusqu’au bout.
Deux ratés, deux loosers, deux mecs paumés, se croisent par hasard dans un bar chantant et finissent par être découvert par un impresario enthousiaste. Le début d’une évocation enchanté des belles heures de l’entertainment renaissant dans l’Espagne post-Franco, d’une comédie nostalgique des belles heures de la télévision à paillettes ? L’inverse bien entendu. Même si le réalisateur s’inspire ici directement de ses propres souvenirs de jeunesse et des programmes télévisés populaires qui se déversaient dans toutes les maisons, il prend un malin plaisir à détruire de l’intérieur, comme il le fera à nouveau dix ans plus tard avec le magnifique Ballade triste, la figure du clown. Elle est ici apparentée à un bouffon pour des masses laborieuses qui n’en voient que la joyeuse vitrine et célèbrent dans le cas de Bruno et Nino un duo qui ne fonctionne que sur l’humiliation de l’un par l’autre. Comme des Laurel et Hardy mais dont la logique cruelle serait poussée à bout, le gag ne reposant que sur les gifles de plus en plus violentes qu’assènent Bruno sur un Nino constamment figé devant la caméra.
Les deux font la paire
Des révélateurs de la méchanceté et des petits jeux de massacre qui animent les coulisses de la télévision et du monde du divertissement, mais qui fait aussi écho par cette tension constante entre les deux bonhommes à une Espagne qui n’arrive par à échapper à sa vieille tradition bipartisane. Ce n’est pas un hasard si les deux protagonistes s’allient une première fois pour échapper à des militaires pro Franco qui n’apprécient que peu une chanson célébrant la liberté retrouvée, ni que Mort de rire est régulièrement traversé d’échos à d’authentiques épisodes historiques dont une tentative de coup d’état raté qui fut alors entièrement diffusée en directe. L’image est omniprésente, l’image est un outil, mais l’image n’est que rarement une vérité, constamment déviée par la société du spectacle. Dans ce décors, les pauvres bougres interprétés par Santiago Segura et El Gran Wyoming, deux grands entertainer toujours aussi populaires en territoire ibérique, sont alors rapidement de tristes symptômes, s’enfonçant progressivement dans les rancunes, les jalousies, la paranoïa et une violence de plus en plus maladive où les fameuses baffes vont laisser place à des sévices nettement plus brutaux. Comme des personnages de la comédie néoréaliste italienne, des bougres « affreux, sales et méchants » qui découvriraient le luxe et la gloire, mais ne pourrait jamais échapper à leur médiocrité naturelle, pantins du rire qui ne peuvent jamais échapper l’un à l’autre.
Vicelard et animé d’un regard terriblement noir, le cinquième film d’Alex de la Iglesia enchaîne les scènes d’anthologies, entre humour vachard et drame humain, pour un résultat détonnant et méchamment pertinent. Une comédie incisive hautement recommandable.
Image
20 ans après la sortie DVD française, Mort de rire est enfin de retour en HD par chez nous. Forcément, même si manifestement la source vidéo est à l’origine la même, la copie est nettement plus belle et solide ici avec une définition bien tenue, des contrastes appliqués et des noirs assez profonds. La photographie qui vient titiller la nostalgie 70’s (beaucoup de marrons et d’oranges) puis s’engouffre dans la froideur de la décennie suivante, gagne ici en netteté.
Son
Seule la version espagnole est disponible (le film ne fut jamais doublé) avec un DTS HD Master Audio 2.0 sobre, frontal, équilibré, mais toujours porté par une certaine dynamique, aussi vive que les paires de baffes. Aucun souci à noter tout est clair.
Interactivité
Les éditions de Mort de rire ne courent pas les rues, en particulier en dehors de l’Espagne, où d’ailleurs la seule édition Bluray doit se contenter en bonus vidéo d’une simple bande annonce. Extralucid fait donc beaucoup mieux avec une présentation du film par le journaliste Laurent Duroche qui revient sur l’allégorie double du film renvoyant à la culture télévisuelle espagnole autant qu’aux transformation politiques du pays durant les années 70/80, tout en soulignant l’importance du film dans la carrière du cinéaste. Une intervention bien complète qui sert parfaitement d’introduction à l’interview inédite (en visio) du réalisateur en personne, se remémorant la naissance du concept initial, sa collaboration avec les trois acteurs principaux, les références culturelles et la reconstitution de certains plateaux télé, tout en refusant finalement de se reconnaitre dans des thématiques récurrentes ou une « manière » Iglesia. Très intéressant. Dommage cependant pour le petit making of promo disponible à l’époque sur l’édition de XIII Bis Records. Le disque est au passage serti dans un joli digipack fin avec fourreau cartonné.
Liste des bonus
Entretien inédit avec Álex de la Iglesia (30′), Présentation du film par Laurent Duroche (18′), Clip : Nino et Bruno dans « Ça va pas, mon vieux ? » (3′).







