ODDITY

Irlande – 2024
Support : 4K UHD
Genre : Horreur
Réalisateur : Damian Mc Carthy
Acteurs : Carolyn Bracken, Gwylm Lee, Tadhg Murphy, Caroline Menton, Steve Wall, Jonathan French…
Musique : Richard G. Mitchell
Durée : 98 minutes
Image : 2.39 16/9ème
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 & 5.1
Sous-titres : Français
Editeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 26 mai 2026
LE PITCH
Un an après le meurtre sauvage de sa sœur jumelle, Darcy Odello, une médium aveugle, s’invite sur les lieux du crime, cette grande maison où, auprès de sa nouvelle compagne, vit toujours son ancien beau-frère, un éminent psychiatre. En dépit de son handicap, Darcy ne poursuit qu’un objectif : faire toute la lumière sur cette nuit tragique où sa moitié lui a été arrachée. Pour mettre toutes les chances de son côté, elle recourt à un inquiétant mannequin en bois à taille humaine. Issu d’une collection d’objets maudits, le mannequin lui permettrait de mieux communiquer avec l’au-delà…
Le cabinet des curiosités
Pas facile de résumer Oddity, le second long-métrage de Damian McCarthy, en une seule phrase. Film d’horreur en huis clos ? Thriller surnaturel et son cortège de fantômes et autres babioles folkloriques ? Puzzle criminel à reconstituer ? Le cinéaste irlandais brouille les pistes avec savoir-faire, mélange le tout avec goût et laisse percer une ironie savoureuse. Tout à son art, il passe hélas un peu à côté du cœur de son film : le lien intangible et sacré existant entre deux sœurs jumelles.
Une femme (Carolyn Bracken, toute en maîtrise et en sérénité dans un double rôle complexe) s’apprête à passer la nuit toute seule dans sa grande maison en travaux à la campagne tandis que son mari (Gwilym Lee, ambivalent à souhait) dirige un hôpital psychiatrique en ville. Un patient de son mari vient alors frapper à sa porte pour l’avertir qu’un homme s’est introduit chez elle avec des intentions mauvaises. L’étranger insiste et supplie la jeune femme d’ouvrir, sans parvenir à la convaincre. Coupe franche au pic de la tension. Changement de décor, changement de temporalité, changement d’ambiance (pas plus rassurante pour autant, bien au contraire).
Pendant presque une heure, Damian McCarthy en bon manipulateur et maître des horloges, ne cesse de balader le spectateur d’une scène à l’autre pour construire les enjeux de son récit par petits bouts. On se demande même si les pièces vont bien ensemble et si l’on ne se foutrait pas un peu de notre gueule. Mais non, cette mise en bouche fait bien sens. Il s’agit de découvrir l’identité d’un meurtrier, ses méthodes et ses motivations. Qui, comment, pourquoi. On ne va pas se mentir, le scénariste et réalisateur sait s’y prendre pour nous mener par le bout du pif, empruntant à Alfred Hitchcock son sens du cadre et du découpage, à Boileau-Narcejac leur appétit pour les machinations tordues et à Clive Barker son talent pour un folklore aussi bizarre qu’inquiétant. McCarthy apporte à ce mélange déjà copieux une ironie sèche et un humour noir discret mais bienvenu. Oddity fonctionne en fin de compte comme un exercice de style tout à fait brillant qui rappelle l’éclosion d’un talent comme celui de M. Night Shyamalan en son temps. Pour un second essai, c’est assez bluffant.
Deux Sœurs
Revers de la médaille, Damian McCarthy néglige immanquablement l’aspect humain de son histoire. En dépit de tous les efforts de Carolyn Bracken, la belle mécanique d’Oddity est une mécanique trop froide. Et la caractérisation de Darcy, trop distante et dépendante des coups de théâtre que le récit distille au compte-goutte, n’y est pas pour rien.
Une fois la lumière faite sur les zones d’ombres, une fois les artifices de l’horreur et du paranormal disparus, une fois les pièces du puzzle remises dans le bon ordre, Oddity raconte en creux l’histoire d’une jeune femme plongée dans les ténèbres et les secrets inavouables de ses semblables et à qui l’on a brutalement retiré son seul lien avec le présent et la lumière : sa sœur jumelle. Darcy est à la fois en quête de vérité et de justice, sans crainte de perdre la vie pour arriver à ses fins. Malheureusement, Damian McCarthy enfouit la colère et la tristesse du personnage sous sa bizarrerie et un ton abrasif. (ATTENTION ! SPOILERS!) Une série de gros plan avant que Darcy ne rende l’âme après avoir affronté l’assassin, satisfaite d’avoir obtenue victoire et de pouvoir retrouver sa sœur dans l’au-delà, tant il lui est impossible de poursuivre son existence parmi les vivants, cherchent à rattraper le retard sur le plan émotionnel. Mais il est alors un peu tard et cet éclair d’humanité échoue à s’équilibrer avec la violence et le fantastique qui se déchaîne à cet instant. La catharsis fait pschiitt. (FIN DES SPOILERS)
Le cœur crie sans doute famine mais Oddity réserve de beaux moments de cinoche horrifique pour les amateurs et les autres. Un intrigant golem en bois figé dans une expression de rage sourde et dont le crâne est farcie d’objets personnels, des fantômes bien décidés à tourmenter les vivants, un masque d’assassin dont le sourire glauque vous filera à coups sûr des cauchemars carabinés ou une façon bien particulière (et tout à fait littérale) de faire « disparaître » les preuves sont des moment qui témoignent, chacun à sa façon, de l’amour sincère que Damian McCarthy porte au cinéma de genre et de sa capacité à créer une imagerie à la fois familière et baroque et inédite. N’hésitez donc pas à croquer à pleines dents dans cette série B aussi énigmatique que hargneuse.
Image
BQHL peut être fier de cette galette 4K qui fait honneur à la vision du réalisateur. Les zones sombres ne manquent pas mais les contrastes maintiennent un niveau de détail très surprenant. La définition effectue des miracles dans le rendu des textures (le golem en bois semble parfois surgir du cadre) tandis que la palette colorimétrique accentue les environnements et l’atmosphère.
Son
Pas de piste française malheureusement mais le choix entre un mixage en 2.0 brut mais efficace et un mixage 5.1 infiniment plus détaillé et subtil vers lequel va notre préférence. Plus de détail, plus de profondeur de champ sonore (la superficie assez vaste du décor principal est parfaitement restituée) et plus d’effets sonores inquiétants sont au menu et c’est tant mieux. Le 2.0 est en revanche taillé pour un visionnage dans une petite pièce avec une simple barre de son.
Interactivité
Réalisateur de plusieurs documentaires consacrés aux magiciens du cinéma fantastique, auteur d’un livre biographique passionnant sur Steven Spielberg, le critique Gilles Penso dissèque le film de Damian McCarthy en mettant en évidence le style et les influences de l’irlandais, la richesse culturelle du cinéma fantastique produit sur l’île d’Émeraude. Un entretien érudit et très agréable mais le seul bonus d’une édition qui aurait pu reprendre les suppléments produits pour la galette US de Shudder, des vignettes courtes mais néanmoins informatives.
Liste des bonus
Présentation du film par le journaliste Gilles Penso (26 minutes).






