L’ESPRIT DE LA RUCHE

El espíritu de la colmena– Espagne – 1973
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : Victor Erice
Acteurs : Fernando Fernan Gomez, Teresa Gimpera, Ana Torrent, Isabel Telleria…
Musique : Luis de Pablo
Durée : 98 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Espagnol DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Tamasa Distribution
Date de sortie : 12 mai 2026
LE PITCH
Espagne, 1940, peu après la fin de la guerre civile. Un cinéma itinérant projette Frankenstein dans un petit village perdu du plateau castillan. Les enfants sont fascinés par le monstre et, parmi eux, la petite Ana, 8 ans, se pose mille et une questions sur ce personnage terrifiant. Sa grande sœur, Isabel, a beau lui expliquer que ce n’est qu’un « truc » de cinéma, elle prétend pourtant avoir rencontré l’esprit de Frankenstein rôdant non loin du village…
Le Bourdon
Considéré comme l’un des fleurons du cinéma espagnol, L’Esprit de la ruche de Victor Erice fait de son auteur, à l’instar de son compatriote Carlos Saura, un sculpteur de la pensée officieuse de son pays.
L’année 1973, date de réalisation du film, correspond à la fin d’un règne marquant pour l’Espagne : celui du nationaliste Francisco Franco. Cet ancien militaire, dirigeant fasciste depuis la fin de la guerre civile espagnole, a érigé un État dictatorial à sa démesure, rappelant certaines actualités contemporaines. Comme dans bon nombre de productions de cinéastes engagés, les films sont des métaphores des combats qu’ils ne peuvent mener sur le terrain. Des mondes où la parole ne se libère que par le poids de l’image. Si ce constat est aujourd’hui courant, il était bien plus risqué par le passé. Les moyens de communication n’étaient pas les mêmes et les régimes pouvaient plus facilement étouffer les opposants. C’est sur les hauteurs du plateau castillan de 1940 que se situe Les Lieues de L’Esprit de la ruche, à une époque où les franquistes célèbrent leur victoire sur la Seconde République espagnole. Ce petit village délabré a la joie de voir projeté Frankenstein de James Whale, un événement dont une petite fille ne sortira pas indemne. Persuadée de l’existence de la créature, elle n’aura de cesse de la retrouver.
En utilisant le monstre comme métaphore d’un pays perdu entre la vie et la mort, Victor Erice multiplie les parallèles. Au-delà de la bourgade, il se concentre sur l’intime, celui d’une famille. Si ses membres apparaissent bien à l’image, le réalisateur prend soin de ne jamais les réunir dans les mêmes plans. La cellule familiale existe bel et bien, mais elle n’en reste pas moins éclatée. Autant d’éléments qui rendront les censeurs réfractaires. Ceux-ci, vont trouver le film profondément ennuyeux (et on peut les comprendre). Pas de risque à avoir ; ils le laissent finalement sortir en estimant que personne ne se déplacera pour le voir. Résultat : le film remporte le Grand Prix au Festival de San Sebastián et concourt pour la Palme d’or. Pas de bol.
À la recherche de Frankenstein
Soyons honnêtes, le film ne se livre pas facilement. S’il est mûrement réfléchi, il demande un réel effort de concentration pour ne pas laisser son esprit vagabonder face à son rythme contemplatif. Les plans s’étirent parfois à l’extrême et l’austérité est de mise. Néanmoins, ces partis pris sont justifiés. La composition des plans n’est jamais laissée au hasard. Les cadres isolent les acteurs, tandis que les décors rappellent inconsciemment le monde des abeilles où les alvéoles composent la ruche.
Pour cela, le metteur en scène sait s’appuyer sur le travail de son directeur de la photographie, Luis Cuadrado, qui perdait malheureusement la vue au moment du tournage. En parsemant son image de teintes jaunes, il donne une texture singulière à l’ensemble, où les personnages, coincés dans ces alvéoles visuelles, semblent aussi indépendants que connectés. Le cinéaste réussit également la lourde tâche de diriger son jeune casting, avec une mention spéciale pour Ana Torrent, que l’on retrouvera trois ans plus tard dans Cría Cuervos.de Carlos Saura Elle possède ce visage naturel de l’enfance auquel on aurait retiré les couleurs de la vie. Sa quête de Frankenstein la guidera vers un déserteur qui disparaîtra aussi vite qu’il est venu, à l’image des opposants au régime.
L’Esprit de la ruche est considéré par beaucoup comme un chef-d’œuvre, un manifeste politique dissimulé dans un imaginaire poétique. Le film a beau parler de l’enfance, du passage à l’âge adulte et de métaphores en tout genre, il reste facile de passer à côté sans en connaître son contexte historique et de ne le regarder qu’avec un regard poli.
Image
La copie se concentre particulièrement sur l’harmonie des couleurs, qui ressort avec beaucoup de naturel. Restaurée en 2K, elle offre des contrastes de noirs savamment tranchés, même si le grain se montre parfois un peu trop insistant. Les détails apportés rehaussent le film, notamment dans les scènes de la bergerie ou à travers de la peinture qui s’étiole, à l’image des sentiments. L’ensemble général se révèle très convaincant malgré le peu de moyen à l’époque.
Son
Mixée en 2.0, la piste sonore de L’Esprit de la ruche souffre d’une bande-son régulièrement saturée lors des dialogues. En revanche, le soin apporté à la musique de Luis de Pablo se montre bien plus convaincant, tout comme les ambiances sonores du village.
Interactivité
Marcus Uzal, critique chez Trafic, revient sur le film avec un point de vue intéressant, notamment à travers sa comparaison du choc que peuvent produire les images d’un film sur l’individu. Selon lui, elles peuvent hanter le spectateur, exactement comme elles hantent la petite fille du film. Il n’en oublie pas de souligner également l’importance de son aspect politique et de la présence du franquisme tout au long du récit.
Le documentaire proposé en complément revient quant à lui sur les actes de résistance du cinéma espagnol pour dénoncer le régime franquiste, avant de replacer ce film dans le contexte historique. Riche en interviews et en extraits, il offre un panorama aussi passionnant que méconnu de cette période du cinéma espagnol.
Liste des bonus
« Voir le monde autrement » par Marcos Uzal (28’), « Les Empreintes d’un esprit » : documentaire (48’), Bande annonce (3’).





