LA TRILOGIE DU JEU

最も危険な遊戯 + 殺人遊戯 + 処刑遊戯 – Japon – 1978/1979
Support : Bluray
Genre : Action, Thriller
Réalisateur : Toru Murakawa
Acteurs : Yusaki Matsuda, Keiko Tasaka, Yôko Ichiji, Daigo Kusano, Yutaka Nakajima, Kojiro Kusanagi, Kaori Takeda, Lily, Yoshiro Aoki, Ryûji Katagiri…
Musique : Yuji Ohno
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 89, 92, 100 minutes
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 19 mai 2026
LE PITCH
Le Jeu le plus dangereux : Shohei Narumi est un tueur à gages indépendant, engagé pour libérer la fille d’un homme politique victime d’un enlèvement. Très vite, la mission révèle un réseau complexe mêlant entreprises, politiciens et organisations criminelles…
Le Jeu de la mort : Narumi est engagé pour assassiner une femme liée à une affaire criminelle majeure. Contre toute attente, il choisit de ne pas l’exécuter, brisant ainsi les règles tacites de son métier…
Le Jeu de l’exécution : Narumi est impliqué dans une affaire opaque liée à la mort d’une femme et à une série de manipulations orchestrées par des forces invisibles. Les frontières entre victimes, coupables et commanditaires vont bientôt devenir de plus en plus floues…
Tiercé gagnant
Restés inédits en France, les trois films qui composent la « trilogie du jeu » ne sont pas justes quelques films d’exploitations de plus, productions pleines d’actions et d’érotisme à direction des jeunes générations masculines. Ce sont aussi trois remises en question du genre, modèles d’efficacité et de cool attitude qui devinrent rapidement d’authentiques références tandis que leur interprète, Yusaki Matsuda, devenait une star et un pur fantasme viril.
Après une décennie largement occupée par une vaste remise en question de l’économie du cinéma japonais, de la structure des studios et de réinventions des formes, le polar japonais est largement trusté par les chroniques de yakuzas brutaux à la Fukazaku : figures amorales, mise en scène rêche, description de l’effondrement de la morale… En soi, Le Jeu le plus dangereux ne peut pas totalement échapper à cette vision d’un anti-héros solitaire et de certains contours directement nourris par la culture des 70’s. Mais il prend tout de même de nombreuses distances déjà en donnant corps à un nouveau personnage, inédit, l’assassin Shohei Narumi, figure froide, ultra-professionnelle et implacable, mais qui dès la mission achevée reprend son look de péquenaud et hante les bars à prostituées et les salles de mah-jong à demi-beurré. Comme un lointain cousin des personnages incarnés par Thomas Millian dans les polizottescio, emporté, caricatural, avachis mais aussi indéniablement inquiétant et doté de la vivacité d’un fauve. Quelques poses et attitudes rappellent aussi l’énergie de Bruce Lee alors que la fluidité du mouvement prescient quelques héros à venir comme celui de l’anime Cowboy Bebop. Narumi doit beaucoup à son interprète, Yusaki Matsuda (La Preuve d’un Homme, Black Rain…) multipliant sur les plateaux les improvisations et les expérimentations sur la gestuelle et les looks de son tueur à gage.
Le professionnel
Presque une icône dès la première image dont s’empare énergiquement le réalisateur Toru Murakawa, venu du roman porno, offrant un spectacle sans temps morts qui enchaine les rixes, les poursuites et les gunfights avec une rigueur exceptionnelle. Tourné en indépendant pour la toute nouvelle branche Toei Central du producteur mythique Mitsuru Kurosawa, en un peu moins de deux semaines et pour un budget ridicule, le film déploie des trésors d’inventivité pour dissimuler la pauvreté et surtout imposer un vrai style visuel. Si le film culmine dans sa fusillade centrale en plan-séquence, tournée presque intégralement dans la pénombre et à contre-jour faisant jaillir les silhouettes comme dans un théâtre de papier mortel, les longs travellings en caméra portée, les cadrages toujours tranchants et la photographie bleutée donne le pouls d’un film noir racé et percutant. Le tempo lui est assuré les compositions jazzy, déhanchées et langoureuses de l’excellent Yuji Ohno, définitivement associé à l’univers de Lupin The Third.
Tourné presque dans la foulée, le suivant Le Jeu de la mort reprend presque à l’identique toutes les qualités du premier opus, s’efforçant surtout de profiter de son petit succès, et surtout de sa reconnaissance technique, pour pousser plus loin certains éléments bien typés. La mise en scène préserve la même rudesse presque documentaire, mais s’essaye à quelques hypers ralentis intenses placés aux moments clefs du film, tandis que ce nouveau contrat avec ses inévitables twist façon « tous pourris » met plus volontiers l’accent sur les aspects excentriques de son héros. Le cadre de la guéguerre économique entre les entreprises modernes est remplacé par un affrontement plus classique entre clans yakuza où Narumi joue toujours autant les agitateurs, ne faisant aucune pitié envers ceux qui le trahisse. On note surtout des figures féminines, la fille et la maitresse de l’une de ses anciennes cibles, nettement plus développées que l’amoureuse transie (après avoir été violé par notre héros…) du premier film et qui viennent auréoler sa trajectoire froide d’un soupçon d’humanité bienvenue.
Le dernier contrat
Un très léger glissement mais qui prépare le revirement culotté de Le jeu de l’exécution qui efface totalement les petits moments de légèreté et plonge à pied joint dans la nature plus mélancolique du personnage, son fatalisme et creuse son image de bête aux abois. Il est ici kidnappé, forcé d’accepter des contrats douteux, manipulé de bout en bout, après avoir finalement eu un vrai moment de faiblesse avec une femme rencontrée dans un bar (la chanteuse à la voix rauque Lily), dont on redécouvre peu à peu la romance désenchantée en flashback. Ouvertement inspiré du Samouraï de Melville, ce troisième film plonge dans des nuits bleutées annonçant les années 80 et adopte une mise en scène plus contemplative, des échos musicaux plus lancinants, des lumières plus rasantes et un scénario aussi tortueux que taiseux. Les rares dialogues, en dehors de ceux servant juste à faire avancer l’intrigue, soulignent surtout la nature solitaire du héros, le mal-être persistant de son choix de vie et le temps et son potentiel qui ne cesse de fuir. On pourrait presque se dire parfois, dans l’épure voulu des gestes, du montage et des cadres, que l’esprit de Michael Mann (Le Solitaire) n’est déjà pas si loin. Murakawa n’en oublie certainement pas son sens du divertissement bis et assure une nouvelle fois quelques longues scènes d’action impeccablement fluides, éreintantes et intenses, mais offre des adieux plus poétiques et amers à cette brute professionnelle, canaille mais pas franchement des plus recommandables, qui a clairement gagné en épaisseur en seulement trois films, souvent taillés jusqu’à l’os, où renaissait le polar hard boiled à la japonaise.
Image
Produits par la Toei et peaufinés par Arrow Video les masters HD de la trilogie ne sont pas totalement exempts de défauts. Quelques petites scories de pellicules persistent à l’écran, les contours sont parfois envahis d’un léger halo bleuté et la définition bataille régulièrement avec les scènes à basse luminosité, les paysages envahis de brume et le grain de pellicule. Cependant, un effort de restauration est bien visible avec des cadres assez stables et plutôt propres, une bonne restitution des matières et un piqué qui redonne une belle patine aux métrages. Le réétalonnage permet aussi l’affirmation de contrastes bien marqués et de teintes vives renouvelées.
Son
Inédits en France, les films ne sont tout logiquement disponible que dans leurs versions originales. Un mono toujours clair et confortable avec uniquement quelques chuintements assez typiques des prises son des films nippons de l’époque.
Interactivité
Fourreau cartonné, digipack élégant et livret plutôt conséquent ouvrent la voie à une très jolie édition. Rédigé par Dimitri Ianni ce dernier explore la riche carrière du producteur Mitsuru Kurosawa, et son impact colossal sur toute l’industrie, avant de se tourner vers une analyse complète de la trilogie. Un ouvrage précis et éclairant.
Sur les disques Bluray, on retrouve les interviews enregistrées par l’éditeur anglais Arrow, soit en premier lieu le réalisateur Toru Murakawa qui retrace ses débuts, sa relation avec Kurosawa, sa découverte de Yusaki Matsuda et les tournages éreintants mais particulièrement créatifs des trois métrages. La parole est ensuite donnée au critique Yutaka Oki, vieux camarade de la star Matsuda, qui se remémore les soirées mouvementées passées en sa compagnie et revient sur sa carrière fulgurante avec émotion. Pour Le Jeu de l’exécution c’est le scénariste Soichi Maruyama qui aborde le revirement du dernier chapitre, le modèle Le Samouraï, l’absence presque totale de dialogues et sa collaboration avec une équipe de tournage bien rodée et investie.
Liste des bonus
Le livret « Réinventer le cinéma d’action japonais : Mitsuru Kurosawa, Toei Central et la Trilogie du jeu » rédigé par Dimitri Ianni, chercheur indépendant et spécialiste du cinéma japonais contemporain (64 pages), « L’Aventurier » : Entretien avec Toru Murakawa (20’), « Souvenirs de Yusaku Matsuda » : Entretien avec Yutaka Oki (18’), « Changer la donne » : Entretien avec Shoichi Maruyama (22’), Bandes-annonces originales.







