LES OIES SAUVAGES

The Wild Geese – Royaume-Uni – 1978
Support : 4K Ultra HD & Bluray
Genre : Action, Guerre
Réalisateur : Andrew V. McLaglen
Acteurs : Roger Moore, Richard Burton, Richard Harris, Hardy Krüger, Stewart Granger, Winston Ntshona…
Musique : Roy Budd
Durée : 134 minutes
Images : 1.85 16/9
Son : Anglais & Français 2.0 DTS-HD
Sous-titres : Français
Éditeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 25 février 2026
LE PITCH
Recrutés par un banquier véreux, un groupe de mercenaires endurcis est envoyé en Afrique Centrale pour libérer le président Limbani, victime d’un coup d’état dans sa nation du Zembala. Malgré le succès de la mission, ils sont trahis par leur commanditaire et vont devoir survivre en territoire hostile…
C’est dans les vieux pots…
Sous-genre particulièrement apprécié des amateurs de films de guerre et d’action, le film de « mercenaires » (ou « men on a mission » dans la langue de Boris Johnson) ne manque pas de valeureux représentants, des Douze Salopards de Robert Aldrich aux Expendables de Sylvester Stallone, en passant par Le Dernier Train du Katanga (c’est quand vous voulez pour un blu-ray français, hein!) ou Retour Vers l’Enfer avec feu Gene Hackman. Authentique petite pépite made in Britain aux effluves de sueur, de Guinness frelaté et de poussière de brousse, politiquement très incorrecte, Les Oies Sauvages rempilent en 4K chez BQHL. Gaaaaarde à vous !
Un temps baptisé « The Thin White Line », cette histoire de vieux mercenaires envoyés à la rescousse d’un dirigeant africain en passe d’être exécuté par son successeur est imaginée à la fin des années 70 par Daniel Carney, un romancier rhodésien, fils d’un diplomate britannique. Un bonhomme pas forcément prolifique (5 romans à son palmarès) mais néanmoins fasciné par les histoires de barbouzes et d’anti-héros sévèrement burnés. Pour son roman, Carney s’inspire des coups d’état de Mobutu Sese Seko, de la chute de Moïse Tshombe et de l’implication des mercenaires parmi lesquels un certain Bob Denard, barbouze français de sinistre réputation. En quête d’un succès à l’américaine, le gentleman et producteur indépendant Euan Lloyd s’empare des droits du manuscrit (qu’il juge prometteur) avant sa publication et engage le scénariste Reginald Rose – rien moins que l’auteur de Douze Hommes En Colère ! – pour en signer l’adaptation.
Particulièrement investi, Lloyd ne se prive pas d’imposer ses choix, devant comme derrière la caméra. Le réalisateur Andrew V. McLaglen, artisan chevronné et imposant, ancien assistant de John Ford et de Bud Boetticher est préféré à Michael Winner (Un Justicier dans la Ville, La Sentinelle des Maudits). McLaglen s’entourent alors de deux piliers de la franchise James Bond, le monteur John Glen et Maurice Binder, créateur des génériques des aventures de 007. Ce qui tombe plutôt bien puisque Roger Moore est de la partie, embauché après le désistement de Michael Caine (qui refuse de tourner en Afrique du Sud en raison de l’Apartheid). Autour d’un Richard Burton à la santé fragile, choisi en raison des similitudes avec son rôle dans Quand Les Aigles Attaquent, Euan Lloyd remplace Burt Lancaster et Curd Jurgens par Richard Harris (dont l’alcoolisme notoire lui vaut un contrat de travail aux conditions inédites) et Hardy Krüger. Tourné entre l’Afrique du Sud et l’Angleterre à l’été 1977 sans incidents notables, Les Oies Sauvages débarquent dans les salles du monde entier l’été suivant et s’offrent un joli succès. Plutôt mérité pour un film qui ne prend jamais les spectateurs pour des imbéciles et leur offre précisément ce que l’on est en droit d’attendre d’un tel postulat.
Bad Motherfuckers !
S’il retouche une bonne portion de l’intrigue du roman de David Carney, modifiant le troisième acte en profondeur, se débarrassant d’un personnage de mercenaire bien plus jeune que ses frères d’armes et ajoutant un épilogue à la fois revanchard et émouvant, Reginald Rose vise à la même efficacité, sans trop se soucier de ménager les sensibilités de son époque. Franche camaraderie, répliques cinglantes, action généreuse, morts violentes, le tout traversé de saillies que certains n’hésiteront pas à qualifier de racistes, paternalistes, homophobes et misogynes ! Or, s’il est vrai que le film se complaît par instants dans un discours à la fois rétrograde et simpliste et que le racisme du personnage de Coetzee (interprété avec une jouissance ambiguë par un Hardy Krüger au sourire carnassier) fait grincer des dents, d’autres aspects du scénario plaident pour une réconciliation entre blancs et noirs, quand il ne vise pas méchamment juste sur le cynisme de l’interventionnisme des anciennes puissances coloniales. Un équilibre relativement précaire sur le fond, donc, mais qui illustre le souhait du producteur Euan Lloyd de ne pas se voir coller l’étiquette d’indécrottable droitard par des critiques toujours à l’affût de la moindre polémique.
Film d’hommes avec un H majuscule (il faut voir les deux courtes scènes où apparaissent des personnages féminins : une cruche et une emmerdeuse !), trempé dans l’acier et le jus de slip, Les Oies Sauvages oscille entre une naïveté héritée d’un cinéma d’aventures tel qu’il se pratiquait dans les années 40 et 50 et une férocité qui se concentre dans un dernier tiers éprouvant et meurtrier. Dans sa mise en images, Andrew V. McLaglen privilégie le rythme et un réalisme aussi brutal que possible. La patine indiscutablement télévisuelle des scènes se déroulant à Londres (on croirait voir un épisode d’Amicalement Vôtre ou de Mission Impossible) est vite abandonnée au profit d’une mise en scène plus ample et spectaculaire dès lors que l’intrigue se délocalise sur le continent africain. Mais, là encore, McLaglen se garde bien de toute sophistication et fait honneur à ses pairs avec un découpage lisible et dynamique, porté par un montage à la sécheresse quasi-minérale.
Redevable d’un casting au charisme magnétique (personne ne mâche un cigare comme Roger Moore ou ne tire la gueule comme Richard Burton !) et d’une réalisation dont la précision et la solidité mériterait d’être disséquée dans toutes les écoles de cinéma, Les Oies Sauvages se redécouvre avec un plaisir évident, manifeste vibrant d’une époque où l’on ne cherchait pas à divertir le public en le caressant dans le sens du poil. Reeeeeepos !
Image
Déjà proposé en haute-définition en 2013 par Seven7 puis en 2017 par Movinside et ESC, Les Oies Sauvages tirent tous les avantages d’un lifting en 4K pleinement convaincant. Le précédent master, correct mais terne et largement perfectible, est ici oublié au profit d’une restauration qui n’a rien de clinquante ou d’artificielle (du grain demeure) mais qui, grâce au Dolby Vision, fait mouche à tous les étages. Les couleurs revivent et la définition est impeccable, avec un soin évident porté aux visages des acteurs et aux paysages africains. On retiendra tout particulièrement la scène du parachutage des commandos et l’attaque de leur convoi sur un pont en pleine brousse.
Son
Simple mais efficace. Pas de 5.1 mais une paire de mixages mono nets et sans bavures. Pas de souffle ou de saturation, à l’exception de la chanson du générique d’ouverture, un peu nasillarde. Bien que centrée à l’avant et sans réelle ouverture acoustique, les explosions et les mitraillages tous azimuts ne déméritent pas. Ne reste plus pour le cinéphile que le choix cornélien entre la version originale ou un doublage français mémorable. Authenticité ou nostalgie, faîtes vos jeux !
Interactivité
ESC avait fait l’impasse sur l’indispensable commentaire audio assuré par Euan Lloyd, Roger Moore et John Glen. Il est ici de retour, sous-titré qui plus est. On retrouve également le portrait du producteur Euan Lloyd, le reportage d’époque consacré à la première prestigieuse du film à Leicester Square à Londres et un making-of riche en images de tournage. Outre le passage au support 4K, BQHL ajoute sa pierre à l’édifice avec un packaging réussi qui s’inspire de l’affiche de 1978, un livret bien fourni de 28 pages et un entretien complet et passionnant avec le journaliste cinéma Olivier Desbrosses, rédacteur en chef du site Underscores. Du tout bon !
Liste des bonus
Commentaire audio de John Glen, Euan Lloyd et John Glen (VOSTF), Première du film (7’), « Euan Lloyd, le dernier des gentleman producteurs » (37’), « L’Envol des Oies Sauvages » – Making-Of (24’), Entretien avec Olivier Desbrosses (28’).





