LES MAUVAIS COUPS

France – 1961
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : François Leterrier
Acteurs : Simone Signoret, Reginald Kernan, Alexandra Stewart, Marcello Pagliero, Serge Rousseau, Nicole Chollet…
Musique : Maurice Leroux
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Anglais
Durée : 104 minutes
Éditeur : Pathé
Date de sortie : 25 mars 2026
LE PITCH
Voilà dix ans que Milan et Roberte sont mariés, et leur couple se délite depuis l’arrêt brutal de la carrière automobile de Milan après la mort de son rival et ami. Ils se retirent dans une maison isolée de la campagne bourguignonne pour tenter de se reconstruire, mais l’ennui fait basculer Roberte dans l’alcool et le jeu tandis que Milan échoue à écrire son livre. L’arrivée d’Hélène, jeune institutrice, ouvre un jeu de manipulation où Roberte tente de raviver le désir de son mari en la plaçant entre eux.
Amour : Saisons mortes
Certains films disparaissent des radars sans raison valable. Sorti en 1961, Les Mauvais coups de François Leterrier fait partie de ces œuvres qui méritent une seconde vie. Adapté d’un roman de Roger Vailland, ce premier long métrage révèle un cinéaste inclassable et propose une vision du couple d’une rare noirceur. Un film austère, sans concession, qui semble annoncer une partie du cinéma français des années suivantes.
Le parcours de Leterrier surprend encore aujourd’hui. Acteur chez Robert Bresson avant de passer derrière la caméra, il adaptera aussi bien Vailland que Giono avant de réaliser des comédies populaires dans les années 1980. Les Mauvais coups occupe une place singulière dans cette filmographie éclatée, comme si le réalisateur avait condensé ici toutes ses ambitions avant de suivre des chemins plus inattendus.
Milan et Roberte s’installent dans une grande maison bourguignonne pour tenter de sauver un couple qui s’effondre. L’arrivée d’Hélène, une jeune institutrice, transforme rapidement cette retraite en jeu de manipulation où chacun cherche à reprendre le pouvoir sur l’autre. Le film avance sans effets spectaculaires, accumulant les petites cruautés, les humiliations et les silences. Ce marivaudage poisseux évoque, à la même époque, autant le cinéma bourgeois de Claude Chabrol que les rapports pervers de l’adaptation des Liaisons dangereuses par Roger Vadim, auxquels Vailland avait participé. La campagne hivernale, les pièces trop grandes et la maison isolée deviennent les témoins impassibles d’une lente décomposition des sentiments dont l’issue paraît inévitable dès les premiers plans.
Le jeu de la dame
Un an après son Oscar pour Les Chemins de la haute ville, Simone Signoret livre avec Les Mauvais coups une composition impressionnante. Blessée, sarcastique, alcoolique, manipulatrice, elle domine le film et fait presque disparaître ses partenaires. Face à elle, Alexandra Stewart apporte une douceur qui accentue encore le malaise, leur relation ambiguë devenant le véritable moteur du récit. Plus que le triangle amoureux, c’est ce duel silencieux entre deux femmes que filme Leterrier, l’une cherchant à façonner l’autre comme une dernière tentative pour retenir un homme qui lui échappe.
Cette guerre sentimentale annonce déjà Le Chat, où Signoret retrouvera dix ans plus tard un autre couple en ruines. Leterrier accompagne cette descente avec une mise en scène élégante et dépouillée, des dialogues très écrits qui gardent une vraie fluidité et une superbe photographie en noir et blanc de Jean Badal qui enveloppe le récit d’une lumière froide. Tout semble figé, comme si les personnages étaient prisonniers d’un hiver qui ne finirait jamais.
Longtemps oublié, Les Mauvais coups apparaît aujourd’hui comme un précieux représentant de ce cinéma français littéraire du début des années 1960, attaché aux ambiguïtés du sentiment amoureux plus qu’aux rebondissements. Un film discret mais profondément venimeux, porté par une immense Simone Signoret et par un François Leterrier dont le parcours atypique mérite autant d’être redécouvert que cette œuvre singulière.
Image
Vingt ans après un premier DVD, Les Mauvais coups revient en 4K dans une restauration 2025 signée L’Image Retrouvée, à partir du négatif 35 mm. Sans grande surprise, le film gagne immédiatement en précision et en stabilité, avec une définition nettement supérieure qui redonne de la profondeur aux images en noir et blanc de Jean Badal. Dans un souci d’authenticité, le grain argentique est fin, bien préservé et correctement encodé. Les contrastes restent équilibrés, avec des noirs solides et une belle richesse de gris, y compris dans les scènes les plus sombres. Quelques plans en mouvement montrent de légères limites de mise au point, sans altérer la lecture générale.
La copie est propre, nettoyée et exempte de défauts visibles, avec une très bonne gestion des basses lumières et aucun artefact notable. Face au DVD d’origine, plus terne et moins stable, cette édition 4K s’impose comme une restauration de référence, qui redonne au film sa texture et sa rigueur visuelle.
Son
La restauration sonore restitue correctement le mixage mono d’origine. La dynamique reste globalement mesurée, avec quelques pics plus marqués lors des rares interventions musicales. Les dialogues occupent une place centrale et conservent une bonne clarté, tandis que les ambiances, volontairement discrètes, s’intègrent sans déséquilibre notable. Le nettoyage est globalement efficace, même si subsistent quelques sifflantes et un léger souffle perceptible, sans réel impact sur l’écoute.
Interactivité
Les suppléments reviennent d’abord sur l’univers de Roger Vailland à travers une analyse fine des Mauvais coups comme “roman de la fin”, marqué par un regard froid sur le couple et par des expériences personnelles transposées dans la fiction. Le personnage de Roberte y est particulièrement mis en avant, décrit comme une figure centrale du récit, à la fois manipulatrice et organisatrice du jeu relationnel, tenant sous contrôle Milan comme Hélène, dans une dynamique de pouvoir ambivalente où la domination s’accompagne d’une forme d’adhésion consentie. L’ensemble éclaire la noirceur du récit, proche des structures tragiques classiques, tout en rappelant l’intérêt de Vailland pour le cinéma et l’écriture dialoguée.
Le second supplément propose un témoignage d’Alexandra Stewart, qui retrace son parcours depuis le Canada jusqu’à ses débuts parisiens avant d’évoquer son rôle dans Les Mauvais coups. Elle revient sur la confrontation avec Simone Signoret, expérience marquante mais difficile, dans un tournage où les tensions semblaient prolonger celles du film. Elle évoque également le choix de Reginald Kernan, figure inattendue au physique de “Gary Cooper”, dont la présence contribue selon elle à déséquilibrer le trio dramatique au cœur de cette histoire de couple en décomposition.
Liste des bonus
« Les Drôles de jeux de Roger Vailland » (28’), « Alexandra Stewart : Face à face avec Simone Signoret » (17’).







