RAISONS D’ÉTAT

The Good Shepherd – États-Unis – 2006
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Robert De Niro
Acteurs : Matt Damon, Angelina Jolie, Alec Baldwin, Tammy Blanchard, Billy Crudup, Robert De Niro, Michael Gambon, William Hurt, Timothy Hutton, Joe Pesci…
Musique : Bruce Fowler, Marcelo Zarvos
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 167 minutes
Editeur : Rimini Éditions
Date de sortie : 23 septembre 2026
LE PITCH
Les États-Unis, de la fin des années 30 aux années 60. Étudiant brillant, Edward Wilson, pour qui l’honneur et la discrétion sont des valeurs primordiales, est recruté par la CIA, qui vient tout juste d’être créée. Edward gravit les échelons, devenant, au fil des évènements dans lesquels est impliquée l’agence, de plus en plus puissant et de plus en plus suspicieux. Plus son pouvoir augmente, plus Edward se coupe de ses proches.
Le Soldat inconnu
Plus qu’une star, Robert De Niro est une référence, la figure même de l’acteur américain qui après soixante-ans de carrière reste un modèle de talent, de présence et d’intégrité. Avec plus d’une bonne centaine de présences à l’écran, il n’est cependant passé derrière la caméra qu’à deux occasions, le drame scorcesien Il était une fois dans le Bronx, et ce thriller historique et politique Raisons d’état, porté par ses convictions et là encore une certaine vision du mal qui ronge les États-Unis.
Si De Niro a dirigé lui-même si peu de film c’est bien évidemment parce qu’il s’agit à chaque fois de projets qui lui tenaient à cœur et qu’il a laisser murir longuement. Il a ainsi œuvré pendant près de dix ans à la mise en image de Raisons d’état, reflet de sa passion pour les histoires secrètes et les méandres de la constitution de la fameuse CIA. Si les noms et quelques détails ont été changés pour des raisons fictionnelles, il s’agit ainsi bien ici de revenir sur la lente transformation des services secrets américains en sa version plus opaque et idéologique dite Central Intelligence Agency, sous le regard d’homme de pouvoirs et d’agents convaincus comme James Jesus Angleton dont le Edouard Wilson joué par un Matt Damon impassible et renfermé, n’est qu’une fidèle extrapolation. Rédigé par l’excellent scénariste Eric Roth (Forrest Gump, Révélations, Munich…), The Good Sheperd de son titre original, avait été initialement imaginé pour Francis Ford Coppola (qui restera comme producteur lointain) et faisait naturellement écho au récit totalement paranoïaque du chef d’œuvre Conversations secrètes. Une filiation que préserve Robert De Niro et qu’il semble même creuser consciencieusement tout du long observant son sujet avec la même froideur mécanique, suivant à très légère distance la déshumanisation progressive d’un homme qui va choisir de sacrifier son existence, sa vie amicale et sa vie de famille, pour la protection de son pays.
Froid intérieur
La transformation est consciencieusement scrutée, le film mélangeant constamment les contextes historiques, de premières opérations menées dans les ténèbres de la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux manipulations assumées de la Guerre Froide, avec la structure d’un drame humain où on tente de capturer sur le visage toujours figé (ou presque) de Matt Damon les dernières traces d’émotions, de conscience, de résistance. Ici les proches qui gravitent autour du protagoniste (le premier amour, le fils, l’épouse admirablement incarnée par une Angelina Jolie aussi convaincante que dans L’échange) ne semblent le plus souvent n’être que des satellites, des outils de façade pour une normalité faussée, et qui gênent le plus souvent ce dernier dans sa mission. A personnage froid, baignant dans la culture du secret et de la défiance envers les autres, répond forcément une mise en scène relativement académique, mais qui montre par sa photographie, ses valeurs de plans et son montage, la progressive transformation d’une esthétique encore séduisante du film noir à l’ancienne (omniprésence du noir, contrastes poussés, jeux de lumière et de brouillards…) avec la vision nettement plus blafarde et crue du thriller des années 70, accompagnant ainsi autant le changement de régime que les évolutions cinématographiques du genre jusqu’à, par quelques notes et allusions, glisser quelques références à l’Amérique de l’après 11 septembre dans lequel il a été tourné. Raisons d’état est un film conscient, pensé et bien souvent riche et passionnant. C’est aussi un film qui ne sait pas toujours faire le tri dans ses ambitions, préservant quelques élans de suspens (la vidéo analysée laborieusement tout du long par exemple) finalement assez mal maitrisée, se déstructurant peut-être inutilement dans une surabondance de flashbacks et s’étirant longuement sur presque trois heures un peu inégales.
Même si Raisons d’état affiche un ton qui peu déstabilisé et reste marqué par quelques défauts structurels, il est cependant un film dossier tout à fait passionnant, capturant avec pertinence les changements d’une société américaine obnubilée par le conflit, le contrôle et le sens du devoir en suivant l’un de ses plus ferveurs défenseurs en perdition. Robert De Niro n’est sans doute pas un cinéaste aussi essentiel que sa carrière d’acteur, mais son cinéma affiche une logique profonde et personnelle.
Image
Edité déjà il y a quelques bonnes années par StudioCanal en Bluray, Raisons d’état y apparaissait en pleine forme profitant d’une captation pellicule et d’une post-production numérique soignée et aisément transposable sur disque HD. Aujourd’hui Rimini reprend la même source, la seule existante, qui forcément impressionne un tout petit peu moins à l’heure des restaurations 4K mais qui reste tout à fait solide. Le piqué pourrait être plus poussé, certains arrière-plans restent un peu trop plats et le grain un poil bruité n’est pas toujours à la pointe de la stabilité, mais la définition générale est toujours aussi appréciable et les séquences passées en mode Film Noir soulignent toujours autant le talent du chef op Robert Richardson (JFK, Hugo Cabret…).
Son
Le film ne fonctionne pas par éclats et les pistes sonores anglaise et française restent dans le ton avec des ambiances plutôt feutrées et une mise en avant des dialogues, même à mi-voix. Quelques moments plus tendus laissent la musique s’imprégner sur les enceintes arrière, quelques déambulations nocturnes ou scènes de groupe ouvrent un peu plus les canaux, mais ici aussi la discrétion est de mise.
Interactivité
A sa première sortie le film n’avait pas brillé par son interactivité développée. Ici comme aux USA seule une sélection de sept scènes coupées venait étendre quelque-peu la durée du programme, mais sans explication ou commentaire. Celle-ci sont toujours présentes ici (en SD) et donnent à voir quelques dialogues et tensions supplémentaires entre les personnages, mais toujours aucun making of ou interview de De Niro à l’horizon. Rimini s’efforce d’élargir un peu la réflexion avec une présentation signée Nathalie Bittinger qui aborde le film par les ponts constants qu’il effectue entre la paranoïa contemporaine (le monde post-11 septembre) et celle qui habitait les thrillers des années 70 et le Nouvel Hollywood. Elle y voit DeNiro comme un passeur, une mémoire du cinéma américain. Intéressant.
Liste des bonus
Présentation du film par Nathalie Bittinger, maître de conférences en cinéma (35′), Scènes coupées (16′).






