LE TRACASSIN

France – 1961
Support : Bluray & DVD
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Alex Joffé
Acteurs : Bourvil, Maria Pacome, Pierrette Bruno, Rosy Varte, Armand Mestral, Yvonne Clech…
Musique : Georges Van Parys
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourd et malentendant
Durée : 105 minutes
Editeur : Coin de Mire Cinéma
Date de sortie : 3 mars 2026
LE PITCH
Le « tracassin », c’est la maladie du siècle : le trop-plein d’ennuis en un minimum de temps. Le pauvre André Loriot en est atteint jusqu’à la moelle ! Entre les réveils au bruit des poubelles, les klaxons, les patrons exigeants et les amours contrariées, sa vie devient un tourbillon d’absurdités quotidiennes. Pour tenir le coup, il avale des pilules B.H. 33, dynamisant euphorisant censé redonner la joie de vivre. Mais à haute dose, toute sa maîtrise s’effondre et les ennuis, cette fois, deviennent incontrôlables…
Un Brave homme dans la ville
Troisième collaboration entre Bourvil et Alex Joffé, bien placée entre Fortunat et Les Culottes rouges, Le Tracassin est sans doute leur essai le plus original, pour ne pas dire presque expérimental parfois. Peu connu et peu diffusé, il eut cependant les honneurs d’un Grand Prix de l’humour cinématographique au Prix Courteline de 1962.
Si Bourvil appréciait professionnellement et amicalement le réalisateur Alex Joffé c’est sans doute parce qu’il lui proposait régulièrement de changer légèrement de registre dans le mode de l’humour. Après le petit drame historique tout en tendresse Fortunat, il lui permettait ici de s’essayer aux frasques d’un burlesque assumé jusqu’à la petite moustache à la Chaplin arboré par l’acteur. On n’est jamais très loin des ressorts du muet dans cette exploration par le menu d’une journée bien remplie de cet employé d’un labo pharmaceutique dont la grande mission, faire connaitre ces pilules B.H. 33 qui promettent énergie et euphorie constante, va naturellement tourner à la catastrophe. Dès le matin c’est ainsi le monde moderne qui l’agresse par les bruits de travaux qui envahissent une capitale en pleine modernisation, puis la géographie même de sa chambre étriquée pleine de gadget censée lui faciliter la vie (lit escamotable, cafetière électrique…) et optimiser son espace. La suite ne sera que source de stress et de courses effrénées dans les rues à la recherche de sa belle 2CV (la rue est remplie du même modèle), de services rendus à son patron peut reconnaissant, d’achat de fleurs en plein milieu d’un embouteillage pour l’anniversaire de son joli couple ou un repas à moitié assis dans un restaurant où tout le monde, même le cuistot, a les yeux fixés sur une télé qui passe de vieux western.
Les temps modernes
Le film est aussi titré avec beaucoup d’ironie Les Plaisirs de la ville, et s’amuse ainsi à critiquer les nombreux petits travers déjà très présents de ce monde contemporain qui se perd dans une urgence constante, la sur-concentration en milieu urbain (le restaurant ou la salle de sports sont autant bondés que les rues), les fausses technologies facilitatrices et les petites drogues du quotidien qu’André ingurgite régulièrement pour tenir le coups… jusqu’à s’embarquer dans un fou rire maladif et communicatif pour la dernière bobine. Le Tracassin est forcément très influencé par le succès récent du mémorable Mon Oncle annonçant plus étonnement par ses thèmes et ses gags visuels le Playtime à venir. Mais Joffé n’est pas Jacques Tati et s’il affirme dans la première moitié d’une film une belle imagination et une énergie inspirante, il s’essouffle un peu en cours de route, l’arrivée de la jolie Pierrette Bruno (Le Capitan) et la mise en avant de la bluette romantique fonctionne un peu moins bien et aborde des ressorts comiques nettement plus classiques et prévisibles. Reste tout de même ces nombreuses scènes tournées directement dans les vraies rues parisiennes (trois semaines de tournage sur place, c’était plutôt rare à l’époque) qui donnent aussi un petit cachet de témoignage quasi-documentaire au Tracassin.
Quelques réserves qui n’empêchent cependant pas le film d’être un joyeux divertissement plus que plaisant. Bourvil et sa bonhommie légendaire y est forcément pour beaucoup, mais on y prend aussi un grand plaisir à retrouver l’excellente Rosy Varte (Maggie mais pas que) en gérante souriante mais agacée d’un restaurant sans places, ainsi que la toujours formidable Mario Pacôme en bourgeoise prise en stop et qui ne fera qu’ajouter de belles contraventions supplémentaires sur la note du protagoniste.
Image
Encore un film sauvé du vieux catalogue René Château Vidéo et restauré avec soin par Coin de Mire. Un travail éprouvé, effectué à partir d’un scan 4K des négatifs originaux et qui permet une véritable redécouverte de l’objet : les cadres sont incroyablement propres, toujours stables et profitent de contrastes noirs et blancs ravivés. Tous les charmes du cinéma d’antan avec un beau retour du grain d’origine, fin et vibrant, et des gracieux reflets argentiques.
Son
La piste mono d’origine a connu un même soin et se redécouvre aujourd’hui avec un DTS HD Master Audio 2.0 clair et ferme. Pas de scories, saturations ou sons gênants durent le visionnage, tout est sobre et maitrisé.
Interactivité
Le Tracassin est proposé par Coin de mire en combo Bluray / DVD avec le fourreau cartonné qui reprend la jaquette intégralement noire de la collection « La Séance ». A l’intérieur du boitier scanavo on retrouve aussi une reproduction du dossier de presse d’époque.
Sur le disque Bluray il est bien entendu question de cette fameuse Séance à l’ancienne proposant en avant programme optionnel de redécouvrir les actualités de la 51eme semaine de l’année 1961. Rien de bien grave à priori puisque le commentateur s’amuse du délogement par les forces de l’ordre de pacifistes anglais s’efforçant de bloquer des centrales nucléaires, avant de passer à un concours de maquettes, à un tournoi de billard et des reportages du coté de la modernisation de L’Iran, d’une école d’animaux pour le cinéma et du nouveau spectacle du Lido. Après l’intermède avec la bande annonce de Dans l’eau… qui fait des bulles (disponible dans la même collection) c’est l’heure des réclames oldies avec des bonbons, du Nesquick pour le petit déjeuné, du maquillage pour femme élégantes, la modernité Arthur Martin et les voyages exotiques d’Air Algérie.
Mais l’éditeur nous a aussi dégotté trois interviews d’archives, courtes mais non négligeable. La première réunie Bourvil et Pierrette Bruno durant la promotion du film. Le premier présente le sujet du film et évoque les petites difficultés à tourner en plein Paris avant de passer à quelques infos sur son actualité. La seconde revient sur ses débuts et son admiration pour son partenaire. C’est ensuite au tour d’Alex Joffé de revenir sur le film, le choix des acteurs, le regard porté sur la vie citadine et plus généralement la nécessité de la comédie au cinéma.
Enfin le dernier document est une rencontre un peu plus ancienne avec Bourvil où il discute avec beaucoup de modestie de son travail et de sa carrière, il laisse échapper quelques informations sur sa vie privée « très simple » et cite le précédant Fortunat avec Joffé, annonçant sa participation au futur Tout l’or du monde de René Clair et un projet sur la vie parisienne qui deviendra Le Tracassin.
Liste des bonus
Un livret reproduisant en fac-simile le dossier de presse d’époque (8 pages), La séance complète (22’), Interview de Bourvil et Pierrette Bruno, Interview de Alex Joffé, Interview d’André Bourvil sur sa vision du métier d’acteur.





