LA CITÉ DES MONSTRES

Freaked – États-Unis – 1993
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur, Fantastique
Réalisateur : Alex Winter, Tom Stern
Acteurs : Alex Winter, Brooke Shields, William Sadler, Randy Quaid, Megan Ward, John Hawkes, Mr. T., Keanu Reeves…
Musique : Kevin Kiner
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 79 minutes
Éditeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 26 mars 2026
LE PITCH
Vaniteuse vedette de sitcom, Ricky Coogan accepte contre un gros chèque de tourner un spot publicitaire vantant les mérites d’un dangereux fertilisant chimique. Flanqué de son ami Ernie, un obsédé sexuel de premier ordre, il fait route vers le plateau, en Amérique du Sud, quand il rencontre Julie, une belle écologiste. Il ne faut pas longtemps pour que le trio tombe entre les mains d’Elijah Skuggs qui, à la fois patron de ménagerie et savant fou, les transforme en monstrueuses créatures. Captifs, ils font connaissance d’autres malheureux dans leur cas. Résolus à ne pas se laisser faire, ils fomentent une révolte…
La fabuleuse parade
Adulé par les petits chanceux qui avaient pu mettre la main sur la trop rare VHS française du film ou longtemps fantasmé par ceux qui avaient dû se satisfaire des photos hallucinantes publiées dans les magazines spécialisés, La Cité des monstres reste un pur OFNI, un énorme délires crétin et irrévérencieux aux effets spéciaux impressionnants.
Comment diable un film comme Freaked (sont vrai nom) a pu tout simplement voir le jour ? Produit par une 20th Century Fox aveuglée par le succès inattendu de L’excellente Aventure de Bill & Ted (truc totalement culte aux USA) et celui de la première série de MTV, The Idiot Box, et la petite aura grandissante de l’acteur Alex Winter (vu aussi dans Génération perdue), le projet au budget plutôt confortable n’aura bien entendu à l’arrivée absolument rien du produit facilement marketable et identifiable. La première projection test sera catastrophique, la communication à coté de la plaque et le film sortira finalement seulement dans quelques salles comme un petit film indépendant. Mais l’objet va rapidement se faire une horde d’adeptes, subjugués par l’incongruité absolue de la chose. Et pour cause ! Vaste parodie de L’Ile du Docteur Moreau nourrie d’une culture bis éprouvée allant bien entendu jusqu’au Freaks de Todd Browning, cette Cité des monstres conte les mésaventures d’un ancien enfant-star qui par appât du gain a accepté de devenir la nouvelle égérie d’une grande entreprise connue pour fabriquer un engrais ultra toxique et polluant. On découvrira rapidement qu’ils sont de mèche avec un forain psychopathe caché dans la jungle, transformant les pauvres gens égarés en véritables monstres mutants grâce au même produit. Ricky et ses amis vont faire partie des victimes. Lui devient un être monstrueux au visage suintant et à moitié déformé aux airs de troll infâme, tandis que Ernie et Julie sont fondu en un être siamois. Ils rejoignent une écurie composée par un homme-vache, un pétomane incontinent (et inflammable), un homme grenouille très colère, un ver de terre géant, un homme marionnette à tête de chaussette, un autre au nez gigantesque… et même une pauvre clé à molette transformée en marteau (le flashback est absolument déchirant).
Monster Mash
Absolument n’importe quoi. Totalement débile. Grotesque. Mais absolument réjouissant ne serait-ce que parce que ces créatures relativement ridicules ont été en grande partie imaginées et conçues par le génial Screaming Mad George (Predator, Le Cauchemar de Freddy, Re-animator II…) et réalisé par des maquilleurs de talents. De la même façon les superbes décors, géants et délirants, ont été crée par Catherine Hardwicke, célèbre chef décoratrice sur des films comme Tank Girl, Tombstone, Les Rois du Désert ou Twilight. Le plus fou sans doute, c’est que tout ce savoir-faire est entièrement dévoué à une œuvre profondément potache, follement absurde mariant à la volée les gags de cartoons avec la démultiplication et la frénésie des films des ZAZ (Y a-t-il un pilote dans l’avion ?). Du pur non-sens où on croise il faut bien le dire une Brooke Shields toujours adepte des films déviants, un Mister T devenu femme à barbe et donnant ses conseils beauté sur scène ou un Randy Quaid en monsieur loyal machiavélique annonçant presque le Captain Spaulding de Rob Zombie. Des petits airs de gros doigt d’honneur mais toujours agrémentées d’un humour gamin ou d’une blague à déguster au millième degré. Là-dedans peut-être que la meilleure blague serait ce personnage d’homme-chien incarné par un Keanu Reeves, alors sans doute la plus grosse star du projet, méconnaissable et même pas crédité au générique !
Preuve s’il en est que Freaked ne respecte rien ni personne, et surtout pas le studio qui a commandité le film, sabordant presque sa propre commercialisation après avoir allégrement vomi sur le capitalisme américain, Disney, la télévision, la culture geek, la mode et le bon goût. Un pur petit joyaux totalement punk et absolument irrésistible pour tout ceux qui ne sont pas hermétique au surréalisme crétin et à la poésie du grotesque.
Image
Après de longues années de disettes, La Cité des Monstres profite enfin d’une véritable restauration. Celle-ci a été effectuée par les australiens d’Umbrella Entertainment et les Américains de Drafthouse Films pour un résultat assez impressionnant. Le retour à la source est frappant, accompagné d’un nettoyage ultra poussé qui révèle à nouveau toutes les richesses de l’image. La copie est dotée d’une très belle profondeur, mais surtout le piqué appuie à merveille sur tous les trésors (parfois bien dégueux) des maquillages et la grandiloquence des décors improbables, tout en préservant avec délicatesse le grain de pellicule et ses reflets argentiques. On ne serait pas loin du sans faute si le traitement Dolby Vision ne poussait pas autant la palette vers les rouges, dénaturant parfois un peu trop la carnation naturelle.
Son
Les pistes stéréo nous parviennent dans des mixages DTS HD Master Audio 2.0 très fidèles à leur époque et aux intentions d’origines. Forcément c’est beaucoup plus équilibré et fluide du coté de la version originale avec un bon mariage entre les dialogues, les bruitages de dessins animés et les musiques allumées de Kevin Kiner. Le doublage français qui fait de beaux efforts pour maintenir le ton écrase un peu trop, comme toujours, les arrière-plans sonores.
Interactivité
Invisible chez nous depuis sa sortie en VHS, Freaked s’offre grâce à BQHL une triple sortie DVD, Bluray et UHD avec à chaque fois le même contenu. On y trouve ainsi trois scènes coupées (un Jeopardy improvisé et deux gags rallongés) bizarrement en vf, ainsi qu’une présentation du film signée Stéphane Moïssakis qui insiste (un peu trop) sur l’aspect « doigt d’honneur » du film. Plus d’une demi-heure où l’intervenant se répète parfois un peu mais qui délivre tout de même d’intéressantes informations sur la trajectoire du duo à l’écriture / réalisation, l’aspect improbable du projet, l’embarras du studio et quelques petites anecdotes de tournages. Des informations cela dit en grande partie déjà évoquées dans le très bon entretient enregistré avec Alex Winter qui revient sur la très longue gestation du film, ses nombreuses transformations, la longue quête du casting, l’aventure folle du tournage et l’aura culte presque immédiate du film. La conversation se prolonge dans la foulée via une conversation croisée entre lui et Bill Corso, l’un des maquilleurs centraux, occasion idéale pour se remémorer les différents designs, les techniques utilisées, les difficultés rencontrées et rivaliser d’anecdotes.
Liste des bonus
« Naissance d’un film culte » : entretien avec Alex Winter (33’), Conversation entre Alex Winter et Bill Corso (25’), Entretien avec Stéphane Moïssakis (36’), Scènes coupées (5’), Bande-annonce (VO).








