LA TOUR DE GLACE

France, Allemagne, Italie – 2025
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Fantastique, Drame
Réalisateur : Lucile Hadzihalilovic
Acteurs : Marion Cotillard, Gaspard Noé, August Diehl, Clara Pacini, Lilas-Rose Gilberti, Dounia Sichov…
Musique : Divers
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français pour Sourds et malentendants
Durée : 117 minutes
Editeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 12 mars 2026
LE PITCH
Années 1970. Jeanne fugue de son foyer de haute montagne pour rejoindre la ville. Dans le studio où elle s’est réfugiée, la jeune fille tombe sous le charme de Cristina, l’énigmatique star du film La Reine des Neiges, son conte fétiche. Une troublante relation s’installe entre l’actrice et la jeune fille.
La captive
Lucile Hadzihalilovic revisite de manière on ne peut plus personnelle le célèbre La Reine des neiges. Très très loin des lumières de Disney, La Tour de glace retrouve toute la noirceur du conte originel dans une évocation moderne et troublante.
Certes tout à fait confidentiel, le cinéma de Lucile Hadzihalilovic a cependant le mérité d’exister et surtout de proposer depuis 1996 et La Bouche de Jean-Pierre d’étranges voyages dans une enfance constamment envahie de rêves et de mythes qui mettent en garde contre un réel bien trop cauchemardesque. Cinquième long métrage de la réalisatrice, La Tour de glace est celui qui se confronte avec le plus d’évidence à la figure du conte, mais aussi en le projetant constamment dans une double perspective. Celle du texte de Hans Christian Anderson qui obsède la jeune Jeanne (Clara Pacini, jolie découverte) et lui donne l’espoir de découvrir loin de son foyer une figurine féminine éternelle pouvant remplacer sa mère disparue, et celle d’un film qui se tourne quelque-part dans une ville isolée de haute montagne. Jeanne tombe par hasard sur le tournage, réussit à se faire engager comme figurante et surtout tombe en adoration devant cette star iconique, inaccessible et froide, incarnée par Marion Cotillard. Mais une relation déroutante nait entre elles-deux, la voyeuse et l’objet, l’apprentie et la grande actrice, l’enfant et la femme, la dominé et la dominante, alors qu’à l’image le réel et l’irréel, le concret et la fiction, ne cessent de se mélanger dans un tourbillon neigeux.
Le film perdu
Les cadres sont sublimes, l’atmosphère musicale dissonante transporte ailleurs, tandis que les lumières décomposent la « normalité » de la nostalgie des années 70 à l’évocation d’un film russe dans ses ambitions picturales, et le tout se berce dans une langueur ouatée, entre l’assoupissement d’une fin de soirée et la lente plongée dans un piège délicatement tissé. Même si son récit est relativement simple et, finalement, un peu trop prévisible (là où le superbe Innocence continue de questionner) il met en perspective la fascination que l’on continue d’avoir pour les contes primordiaux, les légendes orales, et les projections cinématographiques qui, ici comme chez beaucoup d’autres, reposent finalement sur la même notion de songe projeté en grand format. Les mises en gardes sont finalement presque les mêmes dans La Reine des neiges que dans une œuvre terrifiante comme le Suspiria de Dario Argento, et Lucile Hadzihalilovic multiplie les passerelles, transformant même le temps d’une séquence la gracile Jeanne en véritable géante traversant et scrutant les décors miniatures des cimes enneigées où trône la fameuse tour de glace. Le film est ainsi habité de fulgurances poétiques, de fantasmes de cinéma capturés avec délicatesse et cruauté, mais peut aussi se perdre dans ses émois et ses afflictions s’étirant un peu inutilement au-delà des 90 minutes, et perdant parfois, par trop de mystère, la véracité de ses personnages. Les secondaires, même Gaspard Noé en cinéaste écrasé par son actrice, sont quasiment absents, tandis que Jeanne et Cristina n’arrivent jamais à s’extirper vraiment de leurs atours symboliques.
Inégal donc, mais La Tour de glace est une œuvre purement cinématographique, une proposition des plus intéressantes, et souvent fascinante, qui permet à Lucile Hadzihalilovic de continuer à creuser son propre sillon dans un cinéma français qui manque si souvent de personnalité.
Image
Sans grande surprise, le transfert de La Tour de glace est splendide. Issu de la source numérique il affirme en 4K toutes les richesses de la photographie, les nuances des lumières et la profondeur des zones d’ombre sans jamais faillir. La profondeur de l’image, la finesse des détails et la fermeté des contours accèdent à un certain niveau de perfection qui permet de se faire absorber totalement par ce conte visuel. Le disque UHD est naturellement plus riche et pointu, en particulier du coté de l’amplitude des teintes, mais le Bluray s’en sort très élégamment et sans aucun souci de compression.
Son
Pas de proposition Dolby Atmos ici. Mais même si elles sont essentiellement feutrées, parfois étouffées, les ambiances sonores n’en restent pas moins évocatrices et mystérieuses. Le DTS HD Master Audio 5.1 de la seule version française assure cependant une restitution méticuleuse que ce soit pour les dialogues, souvent énoncés assez bas, où les nombreuses dissonances musicales, englobantes et curieuses.
Interactivité
L’édition Combo de Metropolitan ne propose un peu tristement comme suplément qu’un seul commentaire audio. Pas de making of, d’interview ou de scènes coupées, mais heureusement ce dernier, qui réunit la réalisatrice avec ses associés techniciens (décorateur, directeur photo et monteur son) s’avère extrêmement fourni et précis. Tous les quatre s’attachent à raconter les réflexions minutieuses autour de l’image et du son, les petites expérimentations pas toujours réussies, les détournements d’un budget relativement réduit, l’utilisation de localisations réelles ou les références musicales et picturales qui émaillent le métrage. Cela change des commentaires audio pseudo-analytiques et aux anecdotes collégiales : on met un pied ici véritablement dans les coulisses de la fabrication d’un film.
Liste des bonus
Commentaire audio de Lucile Hadzihalilovic, Julia Irribarria (chef déco.), Jonathan Ricquebourg (dir. photo.) et Ken Yasumoto (chef monteur son).







